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Full text of "Sainte Lydwine de Schiedam [microform]"

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' LES SAINTS " 



Sainte Lydwine 

de Schiedam 



(1380-1433) 



par 



HUBERT MEUFFELS, C. M. 



DEUXIEME EDITION 



Victor Lecoffix 



Sainte 
Lydwine de Schiedam 



"LES SAINTS" 

Goilection publiée sous la direction de M. Henri JOL Y, de l'Institut. 

DERNIERS VOLUMES PARUS : 
Le 8^= Pierre Canisius, car l'abbé Cristiani. Deuxième édition. 
La Bienheureuse Thérèse de l'Enfant Jésus, par le Baron 

J. Angot des Rotoors. Sixième édition. 
Saint Pierre Glaver, par Gabriel Ledos. Deuxième édition. 
Le Bienheureux Robert Bellannin,parleR.P. J. Thermes. 2* ^diV. 
Saint Jean, par l'abbé Louis Pirot. Troisième édition. 
Saint ÂÎbert de Louvain, par Dom B. Del Marmol. 2^ édition. 
Saint Norbert, par l'abbé E. Maire. Deuxième édition. 
Saint Bonaventure, par le R. P. EvsèseClop. Deuodème édition. 
Saint Paul, par le R. P. F. Prat. Dixième édition. 
Saint Jean Berchmans, par le R. P. H. Delehaye. 6' édition. 
Saint Grégoire Vlljpar Augustin Fltche. Troisième édition. 
Les B"" Ursulines de Valenciennes, par l'abbé J. Loridan. 5« édit. 
Saint Sigisbert, par l'abbé Guise. Deuxième édition. 
Les Martyrs de Septembre, par Henri Welschiuger. 2' édition. 
Sainte Radegonde, par l'abbe R. âigrain. Troisième édition. 
Sainte Faule, par le R. P. Génier. Troisième édition. 
La Bienheureuse Postel, par S. G. M»' Georges Grente. 3' édit. 
Saint Nicolas de Myre, par l'abbé Marin. 2« édition. 
Sainte Claire d'Assise, par.MAURiCE Beaufreton. Troisième édit. 
Saint Jean-de-ia Croix, par M*' DémimuiD;' Quatrième édition. 
Saint Pie V, par S. G. M»' Georges Grente. Troisième édition.. 
Les B'"' Filles de la Charité d'Ârras, parL. MisERtiom.é^édit. 
Saint Justin, par le R. P. Lagrange. Deuxième édition. 
Saint François Régis, par Joseph V^ianey. Sixième édition. 
Saint Athanase, par l'abbé G. Bardy. Troisième édition. 
Saint Cyprien, par Paul Monceaux. Deuxième édition. 
Saint Césaire, par l'abbé M. Chaillan. Deuxième édition. 
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Sainte Marguerite-Marie, par Me^ Demimuid. Huitième édition.^ 
^aînt Charles Borromée, par Léonce Celier. Cinquième édition. 
Le B^ Urbain V, par l'abbé M. Chaillan. Deuxième édition. 
La 6^° Louise de MariUacM"" Le (|ras,par E.deBrogue. 6° édition. 
Saint Patrice, par M. l'abbé Riguet. Deuxième édition. 
La Vénérable Catherine Labouré,par Edmond Grapez. 9^ édition. 
Saint Léon le Grand, par Adolphe Régnier. Deuxième édition. 
Saint Léger, par le R. P. Càmerlinck. DeuoAème édition. 
Saint Ferdinand III, par Joseph Laurentie. Deuxième édition. 
Saint Sidoine Apollinaire, par Paul Allard. Deuxième édition. 
La B" Mère Barat, par Geoffroy de Grandmaison. Huitième édit. 
La Vénérable A.-M. Javouhey, par V. Gaillard. Troisième édit. 
Saint Thomas Becket, par Ms' Demimuid. Deuxième édition. 
Saint Benoît-Joseph Labre, par M. Mantenay. Cinquième édition. 
Saint Séverin, par André Baudrillart. Deuxième édition. 
Sainte Mélanie, par Georges Goyau. Dixième édition. 
Les Martyrs de Gorcum, par Hubert Meuffels. Troisième édition. 

Chaque volume se vend séparément. Broché : 4 fr. 
Avec reliure spéciale ; 8 fr. 

Typographie Piimiu-DiGot et C*. — faria. 



' LES SAINTS " 




Lyd wine de Schiedam 



par 



HUBERT MEUFFELS C. M. 
Il 



DEUXIÈME ÉDITION 



PAKIS 

LIBRAIRIE VICTOR LEOOPFRE 
J. GABALDA, Éditeur 

RUE BONAPARTE, 90 

1925 



5 l&ï*" 



D 



Q>if 



NIHIL OBSTAT 



Patrice Mac Hale C M. 
A. Veneziani, C. m. . 



PERMIS D'IMPRIMER 



F. Verdier 
Sup. gén. 



le 16 décembre 1924. 



IMPRIMATUR 

Parisiis, die 16* deeembris 1924. 
V. DupiN 







vAA^ 



SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM 



. CHAPITRE PREMIER 

SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM 

Au soir d'une fête de famille nous voyons 
parfois la reconnaissance de tous, parents et 
invités, se concentrer avec émotion, sur une 
vieille servante de la maison. Tout en peinant 
au service, elle a joui, plus que personne, du 
bonheur de tous. Elle est depuis quarante, 
cinquante ans dans cette famille. Elle a connu et 
servi les parents et les grands-parents de ce jeune 
prêtre, de ces nouveaux mariés que l'on fête en 
ce jour. A son dévouement discret sont dues les 
habitudes traditionnelles d'ordre et de paix qui 
ont assuré à la maison l'aisance. et la prospérité. 
Rien d'étonnant que la famille entière ait voué à 
celte humble et discrète personne un vrai culte, 
tout fait de reconnaissance et d'amour. 

Ainsi dans la grande famille humaine, il est de 



: 6 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

ces âmes hucàibles et, en apparence, inutiles, qui 
sont arrivées ilisensiblement à occuper une place 
importante dans l'histoire d'un peuple ou de 
l'humanité entière. Sainte Lydwine de Schiedam 
est de celles-là. Pendant sa vie elle n'a rfait que 
soufiPrir et expier pour des fautes qui ne furent 
point les siennes ; après sa mort, elle est universel- 
lement aimée. 

Elle a vécu de i38o à i433, au temps de grandes 
crises nationales et religieuses, des luttes fratricides 
des Guelfes et des Gibelins, des^Hameçons et des 
Cabillauds, des Armagnacs et des Bourguignons, 
de la guerre de Cent Ans et des événements qui 
précédèrent la prise de Constantinople par les 
Turcs. G!était l'époque troublée du Grand Schisme 
d'Occident où l'Église désorientée fournissait — 
mieux que dans les persécutions sanglantes -<— 
la preuve sans réplique de sa fondation divine, 
car nulle institution ihumaine n'eût survécu à ce 
jdésordre où; deux et parfois trois Papes; devbonne 
foi peut-être, se disputaient leigouyernementùde 
l'Église du Ghrist. C'était, l'époque^ où le Tèlâche- 
•ment grave et presque général de la i discipline 
chrétienne, frayait la ivoie à îa rjéïolntîftnj^reli- 
giieuse ?du xvi^ «ièol^e, q«î,;fa;u^eil4&.)8eîla«'ieiajvec 
Autoritéret mission : légitime, ifutyd4plQrialsyieî*.tpir;e 
que le mal qa^Ue prétendait guérir. 

Bans ces temps :de troubles et de malheiurs, loù 
de faibles femmes, Catherine de Sienne, Colette éde 
Gorbie, Jeanne d'Arc: reçurent une mission^. visible 



SAINTE.LYDWINE.DEcSCHÎEDARÏ. 7 

et.publiquç, la part de;Ly.dwinç, leur contençipo- 
raiae^, fut celle de la douce créature , qui, peine, et 
comme ses émules en sainteté, exerce néanmoins 
une influence qui déborde le pays et le tenips où 
elle vécut. Elle fut une de ces âmes d'élite qui se 
trouvent échelonnées le loog des siècles pour faire 
contrepoids aux iniquités du monde par une immo- 
lation, et des souffrances héroïquement acceptées, et 
pour ajouter a l'efficacité du sacrifice du Calvaire ce 
complément, personnel que Dieu confia à l'homme 
par un touchant ; mystère ;de condescendance et 
de bonté ^. 

Sa vie se passe tout entière dans la ville de 

I. Sainte Catherine de Sienne mourait, un. ton mois apcès 
la naissance de sainte Lydwine. Vers le même temps nais- 
saient sainte Colette de Corbie, saint 'Bernardin -de -'Sienne 
■et Thomas a Kempis le grand ascète.i.Quantjà-.sàinte > Jeanne 
d'Arc, née le 6 janvier de l'année i4ia...qui seraîmarquée.poar 
Lydwine par la plus célèbre de ses épreuves et de ses visions, 
elle monta sur le bûcher de Rouen le' 3o • mai Y^Si, ^deux 
ans avant que Lydwine ' ne consommât :son martyre iidlun 
autre, genre. Parmi les autres contemporains, delà. Sainte.,qui 
furent quelque peu ses compatriotes, nous pouvons encore 
citer Ruysbroek (fi 38 ; Gérard Groote (f i384) le" fon- 
dateur des Frères deJa -Vie Gpmnmne .avec F Florent ;Biade- 
ivynsz (•{• 1899) .son; principal. collaborateur. dans. le mouve- 
ment de Windesheim, et Denys le .Chartreux (•{• 1471) qui 
était très' lié avec"Brugman' l'historien 'de notre- Sainte. 'Trois 
/grands ^docteurs mystiques de -Perdre de-'saintsDonniaïique 
■éta.i©ot morts-. avant la. naissaace.de. Lydwine, .Tauler- en i.3.fii, 
Henri Suso en i365, etEckhard en 1329. 

a. «Qui nunc gaudeoin passioriibus pro Tobiset adimpieo 
ea quaedesunt passîonum Christ!;, ia carncmea pro. corpor.e 
ejus.quod est Ecclesia! » (Col., i, 24.) 



8 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

Schîedam, au cœur du comté de Hollande, où ve- 
naient de succéder aux princes de la maison de 
Hainaut, ceux de la maison de Bavière. Elle était 
née dans les. dernières années de Guillaume V, à 
qui succèdent Albert de Bavière (i389-i4o4) et 
Guillaume VI (i4o4-i4i4)) et les vingt dernières 
années de sa vie coïncident avec le règne agité de 
la célèbre Jacqueline de Bavière. Lydwine meurt, 
l'année même où, vaincue par ses infortunes, la 
malheureuse princesse se voit contrainte de re- 
mettre ses Etats à Philippe le Bon, duc de Bour- 
gogne, le père du Téméraire et le grand-aïeul de 
Charles-Quint. 

Quand, venant de France par la Belgique, la 
Meuse a traversé le Limbourg et le Brabant et 
baigné successivement les villes de Gorcum, Dor- 
drecht et Rotterdam, ses eaux, capables désormais 
de porter les plus grands bateaux du monde, 
atteignent, à quelques kilomètres en aval de Rot- 
terdam, la ville de Schiedam, avant d'aller se 
perdre, quelques lieues plus loin, dans la mer du 
Nord. 

Mieux connue aujourd'hui par ses distilleries, 
qui en font le Cognac de la Hollande, Schîedam 
emprunte à un passé lointain de beaux souvenirs 
historiques. Son origine remonte au milieu du 
xiii^ siècle, où des riverains de la Meuse jettent 
sur un de ses affluents, la Schie, un « dam » 
ou digue, qui la canalise, et donne à l'agglomé- 
ralion qui bientôt se forme à cet endroit, le nom 



' SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 9 

bien hollandais de Schiedam. Les habitants, pour 
la plupart des pêcheurs et des marins, avaient 
gagné la faveur d'Adélaïde, sœur du comte Guil- 
laume II et régente du comté pendant la minorité 
de Florent V, son neveu ' . De La Haye dont Guil-^ 
laume II ^ est le fondateur et où, dès lors, la cour 
avait sa résidence préférée, Adélaïde allait visiter 
souvent ses propriétés de Schiedam dont le château 
de « Maison à la Rivière » était la plus riche ^. 
Elle s'occupait des intérêts des habitants avec une 
touchante sollicitude, réduisant leurs impôts et 
leurs servitudes, leur assurant les exemptions et les 
privilèges des villes libres, instituant des marchés 
et libérant leur église de redevances onéreuses. 
Grâce à cette faveur princière et à sa belle situation 
sur la Meuse et son affluent, Schiedam aurait pu 
prétendre à l'importance commerciale réservée à 
Rotterdam et à l'influence politique qu'allait acquérir 
Delft son autre voisine. Il n'en fut pas ainsi. Trop 
dépendante des hasards de la navigation et de la 
pêche, laborieuse au reste et économe, mais man- 



£. Adélaïde avait épousé Jean de Haiaaut, seigneur 
d'Avesnes. 

2. Guillaume II occupe une place de choix parmi les 
Comtes de Hollande. Innocent IV le fil couronner Roi de 
Rome avec droit de succession au Saint-Empire, pour l'oppo- 
ser à Frédéric II. Mais il succomba, peu de temps après, à 
Hoogwoud, dans sa lutte contre les Frisons (ia56). 

3. Cette propriété s'appelait aussi « maison de Mathenesse » , 
nom qui se retrouve dans un des quartiers les plus animés 
de Rotterdam sur les confins de Schiedam. 

1. 



,10 SAINTE .LYDWINE DE SCHIEDAM. 

quant rf,dc'iiniûativ.e et ..d'eflVieïgure * , ^elle m'a npas 
jeojxfl» le abien-être des -fégions agricoUs ;iie Jia 
I{QUan.dje;et de larFrise oi/la prospéritéfpraveirbiale 
des villes-industrielles du Brabant et des'Elandr^s . 
Pendant tout le Moyen Age, Schiedam est . restée 
une ,>dlle de rang secondaire, vérifiant aa devise 
d'une légère mélancolie : «.le sable coUle, et l'heure 
passe '^ ». Mais si la fortune lui a moins. souri. qu'à 
certaines cités de son voisinage, elle n'est inférieure 
à aucune autre ville de Hollande pour son passé, de 
labeur ionnéte et de loyale fidélité. 

Si nous voulons évoquer la.physionomie de la 
ville en i38o, Tannée. où naquit Lydwine, il .nous 
faulsupprimer dans le Schiedam actuel les édifices 
modernes et les quartiers nouveaux, ne garder que 
la vieille cité avec ses aspects vraiment pittores- 
ques, remplacer la plupart des rues actuelles par 
des icanaux, .les distilleries par des habitations de 



I. 'Alors -que 'Rotterdam et Délft creusaient^ chacune <ie 
son côté^.au prix de .grands sacrifices, un canal mettantila 
Schie en communication avec la Meuse, la ville de Schiedam 
hésitait et finalement reculait devant les dépenses néces- 
saires, pour, l'entretien de son port qui s.'ensablait. Aussi le 
célèbre Oldenbarnevelt pouvait attribuer là prospérité de 
Rotterdam « au formalisme de ceux de Delft etàla .parci- 
tt monieide, ce.ux de Schiedam .'De precîesheid van die van 
« . Delftîen ; de schaarschheid van die van . Schiedam hebben 
a Rotterdam; grootgemaakt. » 

a. Les. armes de la ville sont trois sabliers avec la.devise : 
« Finit ..arena, ruit hora» : traduction en vieux hollandais : 
« hçt sant .vloeyt, het uur spoeyt ; le sable coule et l'heure 
passe ou se presse » . 



sainte: LYDWINE. DE .SCmEMM. - .11 

pêchençs de harer||g, les ^maisons .en bri^q.ues,jpar 
des maisons ^n bois, comme étaient la plupart, des 
habitations diuMoyen 4ge. Dominant, le tout, ae 
dressait la vieille église de Saint-rleanTBaptiste, 
afifectée maintenant au culte protestant. L',église 
n'avait rien de remarquable, sauf une. statue. de la 
Sainte Vierge très vénérée de la. population qui lui 
attribuait une origine miraculeuse. iNî^guère — 
raconte Brugman — un sculpteur était arrivé à 
Schiedam avec une statue de la. Sainte Vierge. qu'il 
comptait aller vendre à Anvers. Elle était: en. bois 
et si légère qu'un seul homme pouvait la manier 
aisément. A l'heure du départ, vingt matelots et 
plus ne purent faire démarrer le .bateau. Mais à 
peine le sculpteur était-il descendu à terre avec 
son précieux fardeau que le navire obéit, comme 
toujours, à la manœuvre. Comprenant à. ce sjgneque 
Marie avait choisi ce lieu, le propriétaire vendit la 
statue au. clergé de la paroisse .qui la transporta,^ avec 
beaucoup de dévotion et d'honneur, .dans l'église ,de 
Saint-Jean-Baptiste^. L'édifice n'avait tpas encore 
souflFert du grand incendie qui désola la ville cinq 
ans avant la mort de Lydwine ; sa tour, plus élancée 
que de nos jours, guidait les vaisseaux qui descen- 
daient la Meuse. Le droit de patronage de l'église 
avait été donné par Adélaïde aux Prémontrés de 
Koningsveld près Delft. D'ordinaire ils présentaient 
pour le service religieux de Schiedam . leurs con- 

I. Act. S. S. Aprilis, tond. II, p. 273, n" 8. 



12 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

frères de l'abbaye de Mariënweerd, située à quel- 
ques lieues nord-est de Gorcum ^ ; c'était l'établis- 
sement le plus florissant des Norbertins aux Pays- 
Bas, après celui de Middelbourg en Zélande. 

Bien que dotée, au cours des âges et des événe- 
ments, de remparts, de fossés et de quatre grandes 
portes d'accès, Schiedam n'était pas une ville forti- 
fiée et n'avait pas de garnison. Mais rien ne lui man- 
quait de ce qui donnait aux villes du Moyen Age leur 
cachet d'organisation simple et familiale : elle avait 
ses confréries et ses corporations, ses gardes civiques 
et ses veilleurs de nuit, ses kermesses et ses fêtes 
populaires, sa maison communale et son école, son 
béguinage, institution classique de beaucoup de 
villes des Pays-Bas et jdes Flandres^, ses établis- 
sements charitables pour les pauvres, les malades 
et les orphelins, tels l'hospice Saint-Jacques fondé 
et doté par Adélaïde 3, la maison du Saint-Esprit et 
le couvent de Sainte-Ursule^ des Tertiaires de 
Saint-François. Ces deux derniers furent fondés 
du vivant de sainte Lydwine. Quant au couvent de 
Sainte- Anne dont les religieuses suivaient la règle 



1. Sur le lerriloire de la commune actuelle de Beesd. 

2. Celui de Schiedam est déjà mentionne dans un docu- 
ment de i3oi, près de quatre-vingts ans avant la naissance 
de notre Sainte 5 il était situé au sud de l'église, 

3. Il avait une chapelle publique et un aumônier pour la 
desservir. 

4. Celui de Sainte-Ursule vers i4o5. Il était dans le voisi- 
nage immédiat et comme adossé à l'église.^ 



SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 13 

de saint Augustin et la maison des pères croisiers, 
]e seul monastère d'hommes de la ville ^', ils sont 
tous lés deux postérieurs de quelques années k la 
mort de la Sainte. 

Les magistrats de la ville, dont il est maintes 
fois question dans la vie de Lydwine, étaient les 
bourgmestres et échevins, qui aidaient le bailli 
ou représentant local du comte à gouverner la 
ville et à rendre la justice. La population semble 
avoir oscillé, au temps de Lydwine, entre les deux 
ou trois mille âmes. 

Au spirituel, Schiedam ressortissait à l'évêché 
d'Utrecht. Cet immense diocèse qui englobait 
presque tous les Pays-Bas du Nord vivait, en ce 
moment, son âge d'or sous le gouvernement éner- 
gique de Frédéric de Blankenheim (1898-1423), 
ancien évêque de Strasbourg, et l'un des plus cé- 
lèbres de ses Princes-Évêques : le cardinal Pitra 
l'appelle le « Salomon des Bataves- ». Dans le 
Grand Schisme, Utrecht tenait généralement pour 
l'obédience d'Urbain VI et de ses successeurs les 
Papes résidant à Rome. 

Telle était dans les grandes lignes, à la fin du 
xiv** siècle, la ville de Schiedam où naquit, souffrit 
et mourut sainte Lydwine, la plus pure gloire de l'in- 
téressante cité. Des cinquante-trois années de sa 
vie, elle en passa trente-huit dans d'étranges mala- 

I. Hermans. Annales... Ordinis. s. Crucis, Silvae-Ducis, 
in-80, i858. I, p. iix. 

2." Pitra, La Hollande Catholique^ Paris, i85o, p. 189. 



14 SAIKTE ^ LYDWIKE vDE i^CHIEÏXàM. V 

^dies^etdesspuffcanc.esthumainememinsuppi»r.tabks. 
jA nulle autre créatur^e ;ue > semble iapplieable.ayec 
:pius:de justesse le mot :que Thomas a Kempis,-son 
contemporain et un de ses principaux historiens, 
savait dit du Sauveur Jésus : « Toute sa vie fut une 
croix et un martyre. » L'histoire de cette crucifiée 
nous mettra souvent en contact avec le surnaturel 
le plus caractérisé. Les difficiles et délicats pro- 
blèmes que soulève cette intervention continuelle 
du miracle, il appartient au théologien de les scru- 
ter et à l'Eglise elle-même de les trancher au be- 
soin. L'historien, lui, ne peut se dispenser de les 
relater, de les harmoniser avec les faits qui sont 
davantage de son domaine. Raison de plus pour 
nous, de n'avancer dans notre récit qu'à la suite 
de guides de première valeur et absolument dignes 
de foi. Dieu merci, ces^guides existent. Qu'il nous 
soitpermis, avant tout, de les présenter au lecteur. 



CHAPITRE II 



SES HISTORIENS 



Quand Lydwine mourut, en i433, son nom était 
déjà célèbre dans son pays. Le peuple et le clergé 
de Schiedam, les magistrats de la ville, les comtes 
de Hollande, des médecins illustres, des religieux, 
des docteurs en théologie, le Coadjuteur d'Utrecht, 
bref les hommes les plus autorisés à tous les 
degrés de l'échelle sociale s'étaient préoccupés de 
cette femme, remarquable par l'excès de ses souf- 
frances et par sa sainteté. 

:Moins.de!;quatre années après sa. mort, quelques 
traits de sa vie furent brièvement consignés par 
un dominicain nommé Herman Korner (-1-1437) 
dans sa Chronica Noçella^. C'est ce qui explique 
l'inscription de son nom en tète d'une liste qui 

I. Editée par Eccard àans .Corpus Hist. medii aevi, hi]^s. 
lyaS, t. .II, p. 1263. la Chron. Novella fut rééditée ea 
1895 à Gottingue. Le passage de Korner relatif à sainte 
Lydwine se borne à une douzaine de lignes, où il signale le 
jeûuQ absolu de la Sainte ; répuisement et la déformation 
de sou corps ; l'épreuve à laquelle la soumit maître André. 



16 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

fut remise à Rome quand se traitait le procès de la 
Confirmation du Culte de la Bienheureuse i. 

Quelques années plus tard, une Vie de Lydwine 
fut écrite en hollandais par un certain Jean Ger- 
lac. Au sujet de sa personne nous savons seule- 
ment qu'il était apparenté à Lydwine et qu'il avait 
habité plusieurs années avec elle sous le même toit. 
Tous les autres détails qu'on a voulu donner sur 
lui reposent sur des suppositions, parfois même 
sur des confusions manifestes-. Quant à son tra- 
vail 3, il se répandit d'abord en manuscrit et ne 

1. Libellus supplex... quem obtulît G. P. Wilmer Epis- 
cop. Harlemensis. Appendîx X. Elenchus prœcip.' auctorum 
qui de B. Liduina scripserunt, p. xxvii. 

2. C'est ainsi qu'on Ta confondu communément avec l'au- 
teur du Soliloque enflammé, Gerlac Peters, Chanoine Régu- 
lier de Saint-Augustin de Windesheim (•{- 18 novembre i4ii). 
Et avec un autre Jean Gerlac, plus exactement, Gerlac Jans- 
sen « Gerlacus Johannis », comme l'appelle Thomas a Kem» 
pis dans la Chronique du Mont-Sainte-Agnhs (édit. Pohl.' 7 
p. 465). Ce Gerlac Janssen naquit à Dese (Dieze) près Zwolle 
en 1400 et mourut le la février 147 1 au Mont-Sainte-Agnès 
où il avait passé cinquante-trois ans comme frère laïque. Il 
est le dernier qui, dans la Chronique du Mont-Sainte-Agnès, 
ait sa notice rédigée de la main de Thomas a Kempis qui 
mourut lui-même le a5 juillet suivant (... in festo S. Jacobi 
majoras. Chron. Pohl. 7, p. 466). 

3. Le titre exact est : y leven van Liedwy die Maghet 
van Scyedam. Les deux premières éditions connues sont 
de 1487 et 1490. Nous avons à notre disposition un exem- 
plaire de chacune des deux que conserve la Bibliothèque 
Royale de La Haye. Ce sont des incunables in-8<^ de 47 folios 
chacun. Le premier a été imprimé à Delft a voleyndt le 
Delft den derden dach van Maerte (3 mars 1487); le se- 
cond, également à Delft chez Hombergh c op sint Odulphus 



SES HISTORIENS. 17 

fut imprimé qu'à la fin du même siècle à Delft. 
C'est à peine si on peut le retrouver encore dans 
quelque grande bibliothèque dans sa forme origi- 
nale. Mais il eut le mérite de devenir la source 
principale à laquelle Brugman emprunta les maté- 
riaux de sa Vie de sainte Lydwine. Nous venons 
de nommer le véritable historien de la Sainte, le 
franciscain Jean Brugman. 

Né vraisemblablement à Kempen vers i4po, il 
entra, jeune encore, dans l'ordre de Saint-François, 
enseigna la théologie à Saint-Omer, fut gardien 
de plusieurs couvents de son ordre et provincial 
des Frères Mineurs de Basse-Germanie, se mon- 
trant partout un promoteur ardent de la réforme 
de l'Observance. Mais il fut surtout un grand 
remueur de foules, le Bernardin de Sienne des 



avont » (i2 juin 1490). — La Bibliothèque Royale de 
Bruxelles possède un exemplaire d'une autre édition datée 
du 10 juin 1496 et due aux Frères de la Vie Commune de 
Gouda « in Hollant toi die Collaciebroeders ». — Nous 
avons utilisé également un manuscrit de Gerlac, remontant, 
lui aussi, à la fin du xv^ siècle et conservé à la Biblio- 
thèque Royale de La Haye. Il a 42 folios format in-S". Sauf 
quelques divergences de détail le contenu est identique aux 
éditions imprimées. Dans le manuscrit il manque pourtant 
tout le chapitre xx correspondant aux n''^ io4, io5, 106 de 
la Fita Prior de Brugman (l'histoire de l'échevin obsédé 
de suicide et de la femme tentée de désespoir, tous les deux 
délivrés par l'intervention de la Sainte)... Ces renseigne- 
ments n'intéresseront que les érudits. Mais à la succession 
rapide de ces éditions, tous nos lecteurs devineront déjà la 
grande place tenue par Lydwine dans la vénération publique 
dès le siècle qui l'avait vue mourir. 



18 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

Eays-rBas. A.cet égard sa réputation est restée_ pro- 
verbiale dans nos régions du Nord. De nos jours 
encore, quand nous voulons souligner le caractère 
disert et entraînant d'un orateur populaire, nous 
disons qu'il «parle comme Brugman ». Sa manière 
rappelait celle de Savonarole quand il flagellait des 
injustices ou des abus. On a souvent donné ce 
passage d'un de ses sermons au temps où il. ren- 
contrait de Topposition pour établir, un. couvent de 
l'Observance à Amsterdam. Dans une. série .d'in- 
terrogations typiques il s'interpelle lui-même de- 
vant le peuple et le clergé assemblés : « Eh bien, 
Brugman, es-tu un si méchant homme?... Vas-tu 
armé de grands couteaux pour maintenir les mau- 
vais lieux?... Dis-moi, Brugman, pourquoi es-tu 
venu en cette ville?... Pour faire durer le mal?... 
Certes non, tu veux le proscrire, car il n'y a per- 
sonne autre qui veuille s'en charger..... Brugman, 
es-tu venu pour capter les charges et les béné- 
fices?... Certes non, tu ne veux pas de simonie, un 
pauvre froc tout rapiécé te suffît... Brugman, 
veux-tu entendre les confessions pour de l'argent?. .. 
Non certes, Brugman veut laisser aux brebis leur 
laine et confesser les gens pour l'amour de Dieu 
sans profit -personnel... Brugman, veux^tiu abjan- 
donner 'les gens q.ûi ont la peste comme certains 
le font?... Certes inon, tu veux .rester, toujours 
auprès d'eux; riches ou pauvres, tu veux coller 
ta bouche sur leur bouche et leur rester fidèle 
jusqu'à la mort. » Après quoi, il demande à ses 



SES HISTORIENS. 19 

auditeurs de l'aider dans sa fondation. Et quand 
tous ont levé le doigt devant le crucifix qu'il tient 
en mains, lui promettant ainsi aide et assistance, 
il conclut son étrange discours par ces mots qui 
le couronnent dignement : « Eh bien, mes Frères^ 
je veux rester avec vous et laisser mon vieux cou, 
s'il le faut, pour réussir dans notre commune en- 
treprise. » ;0n, comprend la magie qu'exerçait sur 
l'auditoire .une, . parole. si.enflammée et les émotions 
des, assistants, bien différentes, suivant qu'ils se 
sentaient visés ou encouragés. Les protestants 
n'ont pas manqué de faire de Brugman un ce pré- 
curseur » bien que, de leur propre aveu, son atta- 
chement au Pape, sa piété simple et sincère, son 
orthodoxie irréprochable l'aient toujours maintenu 
dans le sein de l'Eglise catholique. Il mourut à 
Nîmègue, en juin 1473. 

C'est à cet homme, étrange parfois dans la fougue 
de sa parole mais toujours éminent par sa doc- 
trine et ses vertus morales* , que nous devons la 

I. Dans la préface de deux petits livres sur la Doctrine elles 
Règles de la Fie chrétienne , écrits à la demande de Brugman 
eÇqu'illui dédie, Denys le Chartreux appelle son ami a Re- 
li^lQse. ac deyotissime Pater in.Xto, praedilecte ^ confrater, 
{QaQQies \Brflgman»q!aiJux.ta.nominis interpretationem, recte 
VQsacis^Qaançs, ..utpote yas-,gratiae.Dei.et nec ..minus apte 
^^îïëfWa.n, vir.poatis,, qui^iiwiefesse.,ac sapienter.aunctis ,fa- 
■bricas... exemplis et verbis....po,ntem quem transeundo per- ■ 
tingiint ad portum salutis aeternae » . Moins discret dans la 
louange est .un vieux compilateur du Martyrologe ftanciscain 
..qui avait .rhabitude d'inscrire parmi les Saints et les Bien- 
heureux toutes les célébrités de l'ordre. La grande figure de 



20 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

vraie Vie de sainte Lydwine de Schiedam. Il l'a 
écrite en latin à trois reprises différentes. 

La première rédaction semble n'avoir été qu'une 
ébauche remontant aux années qui ont suivi d'assez 
près la mort de Lydvsdne. Peu développée et com- 
posée à l'aide de relations orales et écrites re- 
cueillies par Brugman et de quelques entretiens 
qu'il avait pu avoir avec le confesseur de la Sainte, 
cette toute première œuvre est certainement an- 
térieure au temps où Brugman a pu prendre con- 
naissance de la vie hollandaise de Jean Gerlac, le 
parent et le commensal de Lydwine. Aussi cette 
toute première rédaction nous intéresse moins ^ . 

Brugman ne pouvait lui échapper. Mais, comme la date de 
sa mort lui était inconnue, il lui assigna pour jour de fête 
le dix-neuf octobre « avec cette même autorité pontificale 
— ajoutent non sans malice les BoUandistes — avec laquelle 
il venait de lui décerner le titre de « Bienheureux Confes- 
seur », Act. SS. Aprilis, t. II, p. 268, n" 6. 

I. On la croyait perdue, mais elle a été retrouvée dans une 
célèbre Legenda Sarictorum éditée en 14 83 à Cologne et 
deux ans plus tard (i485) à Louvain. Faisant suite à la Lé- 
gende dorée (quae alio nomine dicitur « Hystoria Longobar- 
dica ») de Jacques de Voragine qui forme la première partie, 
il y a un ensemble d'autres notices « Historiae. .. sanctorum 
noviter additae » qui forment comme la seconde partie du 
célèbre ouvrage. C'est dans celte seconde partie — nous 
avons entre les mains l'édition de i483 conservée à la Biblio- 
thèque Royale de La Haye — que se trouve (entre les notices 
« De Virgine quadam Antiochena » et « De Sctis Sergio et 
Baccho Martyribus » ) l'histoire « De Sancta Lydewy virgine » . 
Bien qu'elle ne porte pas de nom d'auteur, ce qui lui est 
commun avec les autres notices de cette compilation, les Bol- 
landistes et tous les critiques la considèrent comme la pre- 



SES HISTORIENS. 21 

Tout ce qu'elle conlient de substantiel et d'histo- 
rique a été reproduit par l'auteur dans ses deux 
rédactions ultérieures. Celles-ci, dont la première 
semble antérieure à i448 et la dernière à i456, les 
Bollandistes les ont insérées intégralement, les ap- 
pelant respectivement la Fita Prioret la Fita Pos- 
terior^ . Celte dernière, la Fîta Posterior, devait 



mière rédaction de Brugman. Dans l'exemplaire (grand in-4°) 
que nous utilisons el[e va du folio 422 au folio 427 et 
occupe 17 colonnes de ce format. A remarquer une note qui se 
trouve à la fin du précieux volume, folio 456 : « Nota quod 
omnes hisloriae hic additae merito dicuntur novae quia, 
licet quaedam de istis etiam reperiuntur apud plures, non 
tamen ita emendatae et prolungatae sicut in hoc libro. » 
Le compilateur ignorait donc encore en i483 les deux au- 
tres Vies de Brugman qui sont manifestement plus longues. 
Brugman était mort depuis dix ans déjà (i473). 

I. Le lecteur voudra bien remarquer que la Vita Prior 
est chronologiquement le deuxième travail de Brugman et 
la Posterior, le troisième. N'ayant pas inséré la toute pre- 
mière rédaction, les Bollandistes furent naturellement 
amenés à cette anomalie de dénomination consacrée main- 
tenant par l'usage. Les Actes de sainte Lydwine ont été 
commentés et édités par Papebrock dans les ^cia Sanclonim^ 
tome II du mois d'avril, à la date du i4, le jour de la fête 
de la Sainte. Les deux Vies, la Prior et la Posterior, avec les 
études et les notes qui leur sont consacrées, occupent dans 
ce volume loa pages à deux colonnes (p. 267 à 369). Pape- 
brock a donné la Fita Prior d'après un manuscrit de Co- 
logne de 1499 et la Fita Posterior d'après une étude com- 
parée entre divers exemplaires de Schiedam, Turnhout, Co- 
logne, Louvain et Anvers [Act. SS.^ lom. cit., pp. 268-269 ^^ 
p. 319 Annot., lettre c). Pour cette biographie de sainte 
Lydwine nous nous servons de l'édition « princeps » (Anvers, 
Michel Cnobar, 1675} et c'est d'après elle que nous faisons 
nos citations. Aux lecteurs qui voudraient aller à la même 



22 SAINTE LYDWmE'DE*^SCHIEDAM. 

être dans la pensée dé Fauteur et deis adûiirateuts 
de Lydwine, un monument plus digne de la Sainte 
que la Vita Prior, mais le contraire est arrivé. 
Certes la dernière rédaction; ne manque ni d'ori- 
ginalité ni de détails nouveaux et intéressants^ 
les deux œuvres se complètent mutuellement; au- 
'cune des deux ne peut entîèrenient remplacer 
l'autre. C'est la raison pour laquelle les Bollandistes 
les ont insérées toutes les deux, <c exemple unique 
dans notre œuvre, disent-ils, et qui peut-être 
ne se reproduira plus jamais^ ». Mais dans la /^ïïfl 
Posterior le genre de l'écrivain est tout différent 
de ce qu'il était, dans la Vita Prior, ce n'est plus 
une histoire mais un panégyrique ininterrompu. 
L'auteur s'est attaché malencontreusement à un 
plan préconçu : il a ramené toute l'histoire de 
Lydwine aux trois degrés de la Vie ascétique, la 
Purgative, l'IUuminative et l'Unitive; Il s'est affran- 
chi absolument et systématiquement, cette fois, de 
l'ordre chronologique qui lui paraît moins « con- 

source nous signalons quelques détails : à la page 276 le 
n» 28 doit être 25; à la page 352, la numérotation des pa- 
ragraphes passe fautivement du n^aîg à 34o, au lieu de 240 
et se poursuit ensuite dans le sens de la faute: 3ii, 3fyx, 
343, etc. Au haut des pages 3i2 et 3i4 il y a Pars -II au lieu 
de Pars LA la page 336 le n° 253 doit être i53 et à la page 
suivante le n° ï85 doit être i 58. Ce sont simples incorrections 
mate'rielles (reproduites, avec des variantes, dans l'édition 
Carnandet de Palmé, 1866), elles ne causent aucune diffi- 
culté sérieuse dans la consultation. 

I. « Novo exemple et nunquam fortassis per totum hoc 
opus redituro. 1, Act. S.S.j apfilis, II, p. 269, n" 3i. 



SES HISTORIENS; 23 

venablé' ». Sacrifiant à la conception que beau- 
coup de ses contemporains se faisaient de l'his- 
toire, il s'excuse d'être si mauvais littérateur pour 
traiter un tel sujet. Et pourtant son récit n'est 
autre chose, à propos des événements grands et 
petits de la vie de Lydwine, qu'un tissu de passages 
de la Sainte Écriture, de réflexions personnelles de 
l'auteur, de périodes fleuries, d,' exclamations tou- 
chantes, de gradations et d'antithèses bien mé- 
nagées, bref tout l'appareil d'une rhétorique pom- 
peuse et quelque peu naïve et enfantine 2. De l'avis 
de tous les critiques, ce n'est pas ce panégyrique 
mais bien la. Pita Prior qui est restée, comme 
ceuvre d'histoire, la vraie F^ie de sainte Lydwine 
de Brugman. C'est d'elle que nous nous inspirerons 
d'ordinaire sans nous priver, à l'occasion, de l'ap- 
point utile des autres sources^. 

i^ « Incongruum mihi visum est secundum ordinem tem- 
porum pi:ocedere. » Act S.S., t. cit., p. 3o5, n° 12. 

2. La différence de conception et de style est telle dans les 
deux Vies queHirsche est même allé jusqu'à nier l'authenti- 
cité de la Fita Piior. Mais il est seul. Tous les autres criti- 
ques expliquent cette différence par le désir de l'auteur de 
« glorifier » son héroïne dont il avait simplement & raconté » 
la vie dans hi Fila Prior. Et tous restent unanimes à attri- 
buer les deux Vies à Brugman. La Bibliothèque Royale de 
La Haye a de la Fita Posterior un bel exemplaire in-S», comp- 
tant i«4 folios, sans pagination et imprimé probablement à 
Schiedam même. Un autre exemplaire, édité à Schiedam en 
1498, se trouve au Walrafium de Cologne ; Moll en donne une 
description détaillée (Johannes Brugman, t. II, Amsterdam^ - 
1854, p. i36). 

3. Dans le corps de notre récit, pour ne point encombrer 



24 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

Entendons maintenant Brugman lui-même nous 
révéler avec ingénuité les garanties de vérité que 
présente son récit. Après une entrée en matière 
quelque peu solennelle, où l'orateur perce sous 
l'historien, il continue en ces termes : « Que ceux 
qui liront ces pages sachent que la plupart des 
choses qui y sont racontées, me sont personnelle- 
ment venues de la bouche de maître Jean Wouters 
de Leyde, qui fut, pendant huit ans, le confesseur 
de cette vierge et qui avait tout appris d'elle-même. 
Le reste, je l'ai emprunté, en partie, aux écrits de 
Jean Gerlac son parent qui longtemps avait demeuré 
avec elle dans la même maison et, en partie, à une 
lettre que les magistrats de Schiedam remirent à 
Jean Engels de Dordrecht, religieux Prémonlré de 
l'abbaye de Mariënweerd et curé de la ville de 
Schiedam, quand ils voulurent porter témoignage 
sur les maladies de Lydwine ^ Restent quelques 
autres faits, peu nombreux, que m'ont communi- 
qués d'autres personnes, dignes de foi ; encore les 
ai-je soumis, auparavant, à l'examen et à l'appro- 



le bas des pages d'un « apparatus criticus » qui serait inu- 
tile et prétentieux dans l'espèce, nous ne consignerons les 
références de Brugman que lorsqu'elles nous sembleront 
offrir quelque intérêt spécial pour le lecteur. 

I . Cette lettre, utilisée déjà dans la Vita Prior fut insérée 
en entier dans la f^ita Posteiior. Cf. Act. SS., t. cit., p. 3o5 seq. 
Elle forme un document public de premier ordre, d'autant 
plus précieux qu'elle fut confirmée officiellement et munie 
de son sceau (5 août i48i) par Jean de Bavière, duc de Hol- 
lande. L'original se trouve aux Archives de l'Etat à La Haye. 



SES HISTORIENS, 25 

bation de Jean Gerlac. Bref tout ce que j'ai pu 
découvrir, en faisant appel à leur conscience et en 
recherchant la vérité, je l'ai consigné par écrit 
avec le plus de soin que possible, suppliant la 
Bonté et la Vérité éternelles du Saint-Esprit, au 
cas où il me serait échappé quelque détail moins 
conforme à la vérité, de le démentir publiquement 
et d'empêcher, à tout prix, que le faux ne se mêle 
au vrai... » 

C'est là, nous semble-t-il, le langage d'un homme 
prudent et sincère tout à la fois. Brugman n'a pas 
connu Lydwine personnellement * . Mais il est son 
compatriote et son contemporain : à la mort de 
la Sainte, en i433, il avait trente-trois ans. S'il 
n'a pas été, lui-même, témoin oculaire des faits 
qu'il raconte, tout ce qui fait le fond de son 
récit, il le doit à des témoins oculaires qui ont 
approché la Sainte de plus près, tels, son parent 
Gerlac, son confesseur, le curé de la ville, les ma- 
gistrats de la cité ^. Tout le reste — une partie infime 
sur l'ensemble de la Fie — il l'a appris d'autres 
témoins dignes de foi, dont, au surplus, il a fait con- 
trôler les dires par les témoins de tout premier 
ordre que nous avons énumérés. Dieu n'aura pas 



1. « Virginem non vidi, viventem non audivi. » Post. 
II. 

2, Il a pu les consulter tous sur place lors d'un voyage fait 
à Schiedam. « Vous savez, écrit-il à Willem Sonderdank le 
fils du mëdecin qui soigna la Sainte, ce que je vous ai dit 
quand j'étais chez vous^ dans votre maison, » Post. ix. 

2 



26 SAINTE LÏDWÎÏs'Ë^DÏl SCHIEDAM. 

eu à le prendre ati mot, à le démentir en cas d'er- 
reur et à le couvrir de confusion; Brugman, lui 
aussi, avait fait de la critique — • et de l'excellente 
critique — « sans le savoir » et sans en prononcer 
le mot. Grâce à ce besoin d'exactitude, à ce cons- 
tant souci d'information sérieuse et à cettedoyauté 
qui alla toujours de pair avec son noble caractère^ 
Brugman sera pour nous un guide sûr dans l'étude 
historique que nous voulons entreprendre; sa Vie 
de sainte Ljdwine de Schiedam est une histoire 
fidèle et véridique. Elle forme, sans contredit, la 
pièce maîtresse de « ces magnifiques documents 
sur sainte Lydwine qui, au dire des BoUandistes, 
n'ont pas leurs pareils pour l'intérêt et la certi- 
tude parmi les monuments relatifs aux autres saints 
de ce mois d'avril ^ ». 

Entendons-nous pourtant. Le témoignage que 
nous rendons ici à Brugman tombe sur l'exactitude 
des faits qu'il raconte et non pas toujours sur l'in-- 
terprétation qu'il donné lui-même des faits. Malgré 
son talent et sa sincérité, Brugman reste avant tout 
un orateur populaire et un homme de son temps. 
Il raconte et explique maint événement comme 
on les concevait encore couramment au xv® siècle. 
Dieu d'un côté, le démon de l'autre, semblaient 



I, « Prae omnibus tamen singulariter excellant eximiapul- 
cherrimaque monumenta quaede sanctaVirgine Schiedamen- 
sl Lidwina collecta hic habentur. Nihil illis toto hoc mense 
mirabiliùs séd nec quidquam certiùs ab oculàtis testibus 
]niblica et privata auctoritate probatûm. Act. SS., t. cit., p. i. 



SES HISTORIENS. 27 

être., non seulement le principe, mais aussi la 
cause immédiate du bien ou du mal; ils ne se 
contentaient pas de le proposer, de l'inspirer à 
l'homme, ils l'accomplissaient vraiment eux-mêmes. 
Quand notre historien se trouve devant un événe- 
ment obscur ou merveilleux, il manque rarement 
l'occasion de conclure à une intervention qui 
dépasse la .marche ordinaire de la nature. Ainsi à 
l'entendre, c'est le diable en^ personne qui trouble 
l(^s i éléments, qui renverse pots et cruches delà 
maison, à la mort du grand-père de Lydwine, qui 
jette le père de la Sainte dans un canal de la ville, 
qui dénoue un pendu, etc., etc. Les exigences de 
la véritable Jiistoirë et d'une critique élémentaire 
nous imposeront plus d'une fois des interprétations 
différentes de celles de notre auteur. Le lecteur 
averti appréciera. S'il est amené à se séparer, ici 
et là, de Brugman exégète, nous sommes le pre- 
mier à demander que cette sage indépendance ne 
diminue jamais, à ses yeux, l'autorité de Brugman 
témoin, ni la valeur de son témoignage, quand il 
s'agit 'des faits eux-mêmes. Dieu seul et son 
Église, là ou Dieu l'assiste, sont infaillibles toujours 
et de tout point. 

•Aux noms -de Gerlac et de 'Brugman historiens 
de sainte Lydwine, viendra toùjojars se joiridre le 
nom, plus connu encore, de Thomas aKempis. Né 
vers 1 38o % à 'Kempen en Rhénanie, sur les con- 

!.. La date- exacte. chevauche entre le 29 septembre 1879 
et le 24 juillet i38o. 



28 " SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

fins de cette Hollande où il passera toute sa vie, 
Thomas Hemerken (Malleus ou Malleolus) avait 
suivi, tout jeune encore, son frère aîné Jean au 
couvent de Windesheim, d'où est partie, au 
XIV* siècle , la célèbre réforme monastique de 
ce nom ' . Après avoir fait ses études à Deventer, 
sous la direction immédiate de Florent Radewijnsz, 
il se rendit en 1 899 au couvent récemment fondé 
du Mont-Sainte-Agnès près de Zwolle dont Jean, 
son frère, était le prieur. C'est là qu'il a écrit tous 
ses ouvrages. Dieu a permis que Vlmitation soit le 
seul de ses livres pour lequel on n'ait pas encore 
trouvé la preuve absolument sans réplique d'une 
authenticité qu'il semble difficile de contester dans 
l'état actuel de la question. 

La Fie de Lydwine^ par Thomas a Kempis 
répondait à un besoin qui s'était fait sentir immé- 
diatement après l'apparition du livre de Brugman. 



I . La Congrégation de Windesheim des Chanoines Régu- 
liers de Saint-Augustin, fondée en 1387 par Florent Rade- 
wynsz, ami et continuateur de Gérard Groote, comptait déjà 
une trentaine d'établissements à la mort de sainte Lydwine 
(1433) et plus de cent à la fin du même siècle. 

a. Vita Lidcwigis Firginis. Nous suivons l'édition de 
PohI, Voiumen sextum, année 1906, des Opéra Omnia 
Thomae a Kempis Hemerken. Fribourg, Herder. — Pour éditer 
la f^ita Lidewigis, Pohl a suivi lé manuscrit dit de Louvaiu, 
La Fita LidewigLi n'a pu être écrite qu'après ii^6, car c'est 
en cette année qu'eurent lieu les trois miracles attribués à 
l'intercession de la Bienheureuse que Thomas raconte au 
dernier chapitre de son livre et qui ont été insérés par les 
Sollandistes. Jet. SS.y t. cit., p. 3oa. 



SES HISTORIENS. 29 

Chez le fougueux orateur populaire, la mesure 
et la discrétion n'avaient pas été à la hauteur de 
ses autres qualités d'historien. D'autre part, son 
style, son réalisme surtout ne pouvaient convenir 
à tous les lecteurs. Dans les milieux ecclésiasti- 
ques et religieux on réclamait un ouvrage qui 
joignît à une égale valeur historique le mérite 
d'un langage plus châtié et plus conforme à la 
douce majesté de cette victime de la souffrance. 
Les Chanoines Réguliers de Saint-Augustin du 
monastère Sainte-Elisabeth ^ de Brielle envoyè- 
rent à leur confrère du Mont-Sainte-Agnès la Vie 
de la Sainte — .les critiques sont unanimes pour 
affirmer que c'était la J^ita Pj^oj' de Brugman, 
comme il résulte avec évidence de la comparaison 
des deux textes — et le prièrent avec instance de 
l'abréger et de la refaire à son tour. Thomas a 
Kempis s'est rendu à leur désir. Sa Vie de la 
Vierge Lydwine est écrite dans un style plus lim- 
pide, plus grave, plus onctueux que celle de 
Brugman. Ne voulant instruire et édifier que par 

I. Le monastère Sainte-Elisabeth de Te Rugge situé hors 
la porte du Nord de Brielle, avait été fondé et incorporé à 
Windesheim en 1406. Il fut saccagé et livré aux flammes par 
les Gueux de mer, au lendemain de leur entrée dans la ville 
(ler avril 1572). C'est dans une vieille grange à tourbe, qui 
avait échappé au désastre, que les saints Martyrs de Gorcum 
consommèrent leur martyre le 9 juillet de cette même année 
157a. L'un des dix-neuf confesseurs de la foi était Jean 
d'Oosterwyk qui avait passé la majeure partie de sa vie reli- 
gieuse dans ce lieu sanctifié pendant plus d'un siècle et demi 
par les Chanoines Réguliers de Saint-Augustin, ses confrères. 



'30 SAINTE I.XI>W1I«ÎE DE :SÇHIEDAM. . 

«ies^trjaitsid'uaepôtn^^nçtncfiret d'»]Qe^¥é?itériflL.OQn- 
^estaMies, irbiomaS;|ait:4i5p!çaître, dansiVçeiiyre de 
£rugman des rcrudités, ,jqles IboursQwfiuçesuet sen 
•général,« tout ce qui pourrait paraître doutewx/et 
compliqué à certains de ses lecteurs '». vMème 
aiasi allégée, l'histoire. de la Samte n'est pas de- 
venue plus courte SOUS; la plume de Thomas. Elle 
s'est trouvée, au contraire, enrichie de détails 
vraiment intéressants et caractéristiques sur la 
grande extatique, grâce peut-être à des renseigne- 
ments nouveaus. fournis par les confrères de 
Brielle^ qui n'est qu'à quelques lieues de Schie- 
dam. L'ensemble du travail de.Thomas.a Kempis 
laisse deviner chez le moine du Mont-Sainte- Agnès 
une încontestaWe supériorité de tact et de mesure 
et une connaissance bien plus approfondie des 
voies de la spiritualité. Toutefois sa Kie de sainte 
Lydwine n'est pas ; une vie nouvelle, une œuvre 
original^ et indépendante ;;C2€^st la ./T^eiïlc^Brjignaan 
remaniée et >. revisée -à la manière digne fet pieuse 
des autres écrits de Thomas a Kempis. Le fond 



I. Kempis,. édit, PohI. Vol, VI. Pcologus, p. 3i8. 

a. Ce n'est pas une simple supposition. ! La fin du 
ohap. xiii de la II"^ Pars confirme nos soupçons -par un 
exemple très net. Ayant raconté comment la Sainte ;désîgna 
clairement par leurs uoins un jeune Chartreux de Diest et un 
religieux d'Eemstein sans les connaître auparavant, Thomas 
a Kempis en appelle à rautorité, :non de Brugman . qui ra- 
conte les deux faits au long, mais à celle a de Hugues, sous- 
prieur de Brielle qui les, avait appris personnellement, ;dit.-il, 
de ceux-là mêmes à qui le fait était, arrivé ». T. cit., p. ^xi. 



SES HISTORIENS. 31 

du zvéjét iCSt celui de Brugman qui reste, , même 
apïès la -magistPiale rretQuche -de Thomas a^Rempis, 
le véritable historien de sainte Lydwine de 
Schiedam. 

]En , rjésumé , Jean G.erlac, le commensal de 
Lydwine, -absorbé et richement complété par 
Brugman et celui-ci, contrôlé et revisé par l'émi- 
nent observateur et ascète qu'était Thomas a 
■Kempis, tels sont les guides sûrs qui nous condui- 
ront dans l'étude de l'admirable Vie de sainte 
Lydwin^.de Schiedam. 

En plus de ces trois sources principales nous 
avons pu mettre à contribution les archives de la 
ville de Schiedam et du diocèse de Harlem et à 
peu près tout ce que l'hagiographie a consacré à 
notre Sainte. Nos lecteurs en trouveront une 
bibliographie, sinon complète, du moins assez 
détaillée, à la fin de notre ouvrage. Parmi ses his- 
toriens plus récents, certains comme Huysmans, 
ont fourni, avant tout, œuvre littéraire'; d'aucuns, 

I. Les préoccupations littéraires de Huysmans lui font 
trop souvent rejeter au second plan les qualités qu'on est en 
droit d'attendre de l'historien. De là dans sa. Sainte Lydwine 
de Schiedam beaucoup d'inexactitudes, des à peu .près, des 
généralisations et un parti pris d'absence de critique dans 
l'usage et la citation des sources. En voici quelques exemples : 
nous citons la 28° édition de son ouvrage (PJon-Nourrit, 
1921, Paris). II fait une même personne (p. 76) de deux 
médecins célèbres, André de Delft, et Godefroy de La Haye 
(surnommé Sonderdank) qui soignèrent, tous les deux^ la 
Sainte à des moments différents. Il confond constamment 
Jean Gerlac, le parent et le commensal de Lydwine avec le 



32 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

comme Coudurier et Kronenburg se sont proposé 
de préférence un but d'édification et de récon- 

religieux Augustin de ce nom (pp. 2; 64; 67). Il reproche à 
Thomas a Kempis de « faire mourir une nièce de Lydwine 
a en 1426 alors qu'il nous la montre assistant chez sa tante 
« à une scène (celle des Picards) oii elle fut blessée en l'an 
8 i4a8 (p. 10) ». Or Thomas a Kempis, tout comme Gerlac 
et Brugman, place nettement cette scène en ï425; c'est 
Huysmans qui se trompe en imputant gratuitement à Thomas 
cet anachronisme ridicule. — A la mort de Jean, grand-père 
de Lydwine, a le diable, dit Huysmans, secouait du haut en 
K bas la maison, chassait les domestiques, brisait la vaisselle 
« sans cependant, spécifie assez bizarrement Gerlac, que le 
« beurre contenu dans les pots, qui se cassaient, se répandît 
« (p. 67). » Le trait bizarre attribué à Gerlac par Huysmans 
est en réalité de Brugman et non de son devancier : on voit 
à ce détail que Huysmans ne distinguait pas très bien l'ap- 
port spécial des deux sources qui se combinent dans la Eita 
Prior telle que les Bollandistes nous l'ont conservée. (Cf. 
Act. SS.y t. cit., p. 278, Annot. f. expliquant les passages 
unciés.) — Huysmans dit de Jean Angeli (Engels) « qu'il 
« n'occupa pas très longtemps la- cure de Schiedam et qu'il 
« semble n'avoir tenu qu'une place intérimaire,' n'avoir été 
« qu'un passant dans la vie de Lydwine (p. i54) ». Autant 
d'erreurs : Jean Engels devint curé de Schiedam à là mort 
de Maître André en i/ji3 et le resta jusqu'en septembre 
1426. C'est à lui qu'est adressé le document, si important 
dans l'histoire de Lydwine, dont nous avons déjà parlé, 
l'Attestation des Magistrats de la ville sur les maladies de 
Lydwine. — Ce que dit Huysmans p. 3 18 du culte de 
Lydwine montre à l'évidence qu'il n'a que des idées fort 
superficielles sur la béatification, canonisation et confirma- 
tion du culte des Serviteurs de Dieu. — A la page Bai il 
fait mourir à Gorcum les Martyrs de Gorcum et y place 
leur célèbre pèlerinage, confondant ainsi Gorcum d'où ils 
venaient avec Brielle où le comte de la Marck les fit mourir 
et où toute la Hollande catholique vénère leur tombeau..... 
Quant au style de Huysmans il reste, dans la vie d'une si 



SES HISTORIENS. 33 

fort moral ' ; d'autres en£n comme Meyer, ScuUy, 
Nuyen et Mercator, n'ont fait que traduire l'une ou 
l'autre source, Brugman ou Thomas a Kempis^. 

Dans les pages qui vont suivre nous voudrions, 
nous, faire simplement de l'histoire. Certes les 
sources ont leur limpidité et leur incomparable 
fraîcheur. Mais elles ont aussi leurs mystères, leurs 
secrets, leurs principes cachés de vie et de fécon- 

douce Sainte, ce qu'il est dans l'ensemble de son œuvre, 
violent, outré, réaliste, n'excluant ni le mot cru, ni Timage 
osée. Toutefois, en dépit de ces contrastes, de ces inconve- 
nances même, un charme de bon aloi se dégage de la rie 
de sainte Lydwine de Huysmans : on sent qu'il admire et 
qu'il aime cette sainte victime éprise d'amour de Dieu et de 
désir d'expiation pour l'humanité coupable. Aucun écrivain 
n'a réussi comme lui, à la faire connaître et aimer jusque 
dans des milieux profanes et jouisseurs. On trouve aussi dans 
la Sainte Lydwine de Huysmans sur le rôle de la souffrance, 
de la maladie, de la prière, de l'expiation, du détachement 
des créatures et de l'abandon total à Dieu, des pages de 
toute beauté où le mot d'admirables ne nous semble avoir 
rien d'excessif. La Fie de sainte Lydwine de Schiedam de 
Huysmans parue en 1901 chez Stock (Paris), est à l'heure où 
nous écrivons (igaB) à sa 23^ édition, sans parler de l'édition 
de luxe que lui a réservée la collection Le Livre Catholique^ 
Paris, 1922. 

I. Coudurier, Bourg-en-Bresse. Vie de la B. Lidwine, 
i86a. Réimprimée Retaux, Paris^ 1899. Kronenhurg, Neer- 
lands Heiligen in de Middeleeuwen. De H. Lidwina, Bekker, 
Amsterdam, 1899. 

2. itfejer,HetLeven v. d. H. Lidwina (Brugman) , Malmberg, 
Nimègue, 1890. — Scully, St Lydwine of Schiedam Vir- 
gin. (Thomas a Kempis), Burns et Oates, London, 1912. — 
Nuyen, Leven van de Maagd Lidewyde (Thomas a Kempis), 
Thone, Amsterdam, igaS. — Mercator. Het Leven v. d. H, 
Lidwina (Kempis). Amersfoort, 1924. 



34 SAINTE .LYDWINE-pErSCHIEDAM. 

dite. C'est ^dire assez qu'elles gardent ,une place 
pour l'histoire. Sans doute notre récit ne pourra 
prétendre k cet accent de piété et de suavité des 
premiers biographes de la Sainte, comme nulle 
histoire de Jésus ne saurait égaler le charme divin 
de l'Évangile. Mais, d'autre part, l'histoire tout 
court ^r — quand elle veut rester simple et vraie tou- 
jours -r- donne, î aussiibien que itaute .autre, Kiis-ci" 
pline morale, satisfaction à l'intelligence et à la 
volonté de l'homme, lumière dans les^/obseurilés, 
patience dans la souffrance, énergie devantle idevoir 
de chaque jour : tout autant de biens qui sont 
encore quelque peu utiles au genre humain et dont 
la vie d'une héroïque et sainte femme peut rappeler 
ieperpétuel à propos. 



CHAPITRE III 



LA JEUNE FILLE 



Lydwine naquit à Schiedam en i38o le dimanche 
des Rameaux qui tombait cette année là « le i5 des 
kalendes d'avril », c'est-à-dire le i8 mars. Sa mère 
Pétronillej brave femme, originaire du village voisin 
de Kethel, s'était rendue à la grand'messe, mais 
elle dut rentrer précipitamment à la maison qui 
était tout près de l'église. Et — coïncidence sou- 
lignée piar tous ses historiens -^ Lydwine vint au 
monde» ài'heure même où, à deux pas de chez elle; 
se chantait solennellement la Passion dé Notre- 
Seigneur. Elle fut encore baptisée le jour même. 

Son père^qui semble n'avoir été qu'un modeste 
journalier, s'appelait Pierre, fils de Jean. Il était 
de Schiedam et appartenait, selon Brugman et 
Thomas a Kempis, à une famille qui avait eu au- 
trefois une distinction dont il restait peu de trace 
dans le ménage actuel. Quatre garçons avaient pré- 
cédé et quatre autres allaient suivre leur unique 
sœuT. Polir faire face aux charges d'une famille de 



36 SAINTE LYDWINE DE SCHffiDAM. 

neuf enfants, Pierre dut joindre au rude labeur du 
jour, le fatigant métier de veilleur de nuit de la 
ville. 

Les historiens de Lydwine ne nous ont conservé 
que peu de détails sur sa jeunesse. Seule fille dans 
une famille nombreuse, elle était pour sa mère une 
aide précieuse dans les détails du ménage. En por- 
tant à manger à ses frères, quand ils étaient à l*ér 
cole ou au travail, elle aimait à entrer dans l'église 
et à y prier longuement devant la statue de la 
sainte Vierge que tout Schiedam vénérait. Plus 
d'une fois elle dut y perdre la notion exacte du 
temps, et sa mère ne la voyant pas revenir, s'im- 
patientait. Une fois entre autres que le retard avait 
par trop dépassé la mesure, Pétronille ne put con- 
tenir sa mauvaise humeur au retour de sa fille. 
Mais la brave femme se calma bien vite, quand elle 
entendit l'enfant lui raconter avec autant -d'assu- 
rance que de naïveté qu'étant allée saluer la sainte 
Vierge à l'église,. « Marie lui avait souri gracieuse- 
ment ». 

Hors de l'église, d'autres aussi commençaient à 
lui sourire. Ses historiens louent àl'envi, chez elle, 
des grâces et des charmes singuliers, une vraie 
beauté, toute faite de santé et de joie juvénile, d'in- 
nocence et de candeur. Bien qu'elle ne fût encore 
que dans sa quinzième année, plus d'un jeune 
homme de Schiedam l'avait déjà remarquée et s'oc- 
cupait discrètement d'elle. L'un d'eux alla jusqu'à 
faire une démarche auprès des parents de Lydwine. 



LA JEUNE FILLE. 37 

Brugman nous fait assister à un entretien de fa- 
mille où nous voyons la mère objecter l'âge encore 
si jeune de leur unique fille, alors que le père ne 
semble pas opposé à quelque promesse qui incline- 
rait vers un parti sage et heureux l'avenir de leur 
enfant. Mais la question fut vite tranchée par Lyd- 
wine elle-même. Quand son père la questionna 
discrètement, elle lui déclara, tout net, qu'elle ne 
voulait appartenir qu'à Dieu seul. Et elle supplia 
Dieu delà rendre infirme et difforme, si ce devait 
être la le seul moyen de couper court, pour tou- 
jours, à des assiduités qui effarouchaient son uni- 
que amour. Dieu allait agréer bientôt, dans les 
termes où il était offert, le sacrifice de cette âme 
pure. 

Cet incident eut-il quelqu'influence sur le carac- 
tère de Lydwîne? La jeune fille devînt-elle plus 
hésitante, moins épanouie, plus repliée sur elle- 
même? Rien dans les relations de ses biographes 
n'autorise cette supposition. Nous croyons, au con- 
traire, que, sans se départir d'une certaine réserve 
que les jeunes personnes de sa piété et de sa vertu 
observent naturellement envers les jeunes gens, 
Lydwine est toujours restée pour son entourage, 
cette nature joyeuse et aimable, taquine même et 
pleine de saillies spirituelles qui se révélera de 
plus en plus en elle, au fort même de ses plus 
grandes souffrances. 

Elle allait avoir quinze ans. Dans l'hiver de iSgS 
à 1396 elle fit une maladie assez grave sur laquelle 

SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 3 



38 SAINTE LYDWINE DE S€HIEDAM. 

»ons n'avons pas d'autre renseignement. Elle s'en 
relevait doucement lorsque eut lien, vers le 2 fé- 
vrier, l'accident, point de départ du longp et dou- 
loureuix. martyre qu'allait être sa vie. 

Bans ce pays détrempé d^eau et découpé en tous 
sens de rivières^ et de cananx, la pratique de la 
glace est, en hiver, le délassement national par 
excellence. Tout le monde glisse et patine en Hol- 
lande, jeunes et vieux, hommes et femmes, la reine 
tout comme l'ouvrier^ le séminariste comme le 
jeune écolier. On va à la glace non seulement pour 
prendre de l'exercice ou pour se délasser, mais on se 
promène et on voyage en patins ; on fait en pati- 
nant ses courses, ses afiFaires, son commerce. Plus 
Fhiver est long et rigoureux, plus la vie de tout ce 
peuple se transporte, pour un temps, sur la glace. 
Dès que celle-ci a fait son apparition, on patine 
avec entrain et avec passion, et même avec une 
témérité et une insouciance du danger qui décon- 
certent chez un peuple d'ordinaire calme etréflé- 
©hi. 

L'hiver était rude à Schiedam en i SgS j la Schie 
et les canaux qui découpent la ville comme un 
damier étaient tous gelés. Un après-midi aux 
(snvirons de la Chandeleur, les compagnes de Lyd- 
mne viennent l'inviter au jeu. préféré. Il favorisera, 
ajoutent-elles, la convalescence de sa récente ma- 
ladie, en lui procurant du mouvement et du délas- 
sement. Point ne fut besoin d'insister. Lydwine 
— ses biographes notent le détail — « se munit 



LA JEUNE FILLE. 39 

de la permission de san père » et la voilà partie 
avec ses- amies. Elles n'ont pas à chercher bien loin 
un lîeu' propice. La joyeuse bande n'a qu'à 
ouvrir la porte de derrière de la maison et à 
s'avancer jusque dans la rue. Lî milieu de cette 
rue, — il en est encore ainsi dans maintes villes 
hollandaises — est occupé par un canal et ce canal 
est maintenant gelé. On se trouve tout de suite 
sur une glissoire idéale qui, grâce à ses ramifica- 
tions nombreuses, permet d'évoluer des heures 
entières sur la glace sans avoir à revenir sur ses 
pas. 

Ce jour-là, hélas, le plaisir fut de courte durée. 
Après avoir chaussé les patins et fait quelques faran- 
doles sur le canal solidifié, le groupe des jeunes 
filles respirait un instant avant de prendre un 
nouvel élan, lorsqu'une retardataire arrivant à fond 
de train, ne pouvant s'arrêter à temps, enlaça 
brusquement au milieu de ses compagnes en repos, 
la pauvre Juydwine qui, chancelant sur ses patins, 
culbuta, tomba avec violence sur un glaçon et 
se brisa une des fausses côtes du côté droit. Les 
jeunes filles crient et sont consternées, d'autres 
témoins de l'accident accourent, on relève la pau- 
vre enfant, et avec d'infinies précautions, on la 
transporte chez elle. 

Tout le monde luî~ donne les témoignages les 
plus sincères d'attachement et de compassion. 
Ses parents et ses frères la soignent avec ten- 
dresse. Mais le mal, loin de diminuer, empirait et 



40 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

prenait des proportions étranges. Tout près de la 
côte brisée s'était formé un abcès durci. Des jours 
et des semaines, des mois entiers passaient sans 
apporter de soulagement. L'accident était arrivé 
a la Purification et l'on était maintenant à la veille 
de la Saint- Jean-Baptiste, la grande fête patronale 
de Schiedam.#Quand au soir de ce jour, le vieux 
Pierre vint, comme d'habitude, s'asseoir au che- 
vet de sa fille malade, celle-ci, dominée par l'acuité 
de la souffrance, s'élança tout d'un coup hors du 
lit, dans les bras de son père. Ce violent effort fit 
crever l'abcès à l'intérieur et causa à Lydwine des 
vomissements si pénibles que longtemps elle en 
resta comme morte. Cette crise, il est vrai, passa, 
mais sans procurer à la malade le moindre soula- 
gement. Bien au contraire elle n'avait fait que 
rendre plus aiguës ses souffrances habituelles. Un 
mal mystérieux avait commencé par miner sa 
constitution jusque-là si saine. Lydwine souffrait 
dans tout son être. Incapable de se tenir au lit, 
elle se levait, elle rampait de meuble en meuble 
pour aller boire l'eau tiède de la marmite qui 
pendait dans la cheminée. Parfois à l'aide d'une 
béquille ou d'un petit escabeau elle se traînait 
autour de la maison, pour boire l'eau froide du 
canal. Car une fièvre ardente la dévorait, ne lui 
laissant de repos ni le jour ni la nuit. A cela 
venaient s'ajouter des rages de dent, des maux de 
tête intolérables et un irrémédiable besoin de 
changer de place. Elle ne pouvait rester ni cou- 



LA JEUNE FILLE. 41 

chée, nî assise/ ni se tenir debout, tant étaient 
vives ses douleurs. 

Malgré leur pauvreté, les parents de Lydwine 
avaient, dès le début, apjpelé au chevet de la ma- 
lade, médecin sur médecin. Ce n'étaient pas seu- 
lement les praticiens de la ville ou des environs. 
La notoriété de l'accident et surtout les étranges 
complications qui étaient survenues avaient amené, 
auprès de la jeune fille, plusieurs spécialistes. Ils 
employèrent à la soigner leur savoir et leur dé- 
vouement, mais les uns après les autres, durent 
avouer que leur science était impuissante devant 
ce mal. 

L'un d'eux, maître André de Delft, semble, 
mieux que ses collègues, avoir eu l'intuition de ce 
qui allait arriver. Après avoir examiné Lydwine, 
il déclara nettement que toute médication humaine 
lui semblait inutile et seulement propre à grever de 
dépenses une pauvre famille.. Et expliquant sa pen- 
sée sur le caractère surnaturel de la maladie de 
Lydwine, il dit à ceux qui l'entouraient : « Dieu 
opérera en celte malade de tels prodiges que je 
donnerais le pesant d'ôr de sa tète pour être le père 
d'une telle fille \ » — Depuis lors des siècles ont 
passe, la médecine a fait de grands progrès. De. 



I. La J^ita Posterior corrigeant en ce point mais à tort, 
croyons-nous, les deux Vies antérieures de Brugman et celle 
de Thomas à Kempîs, attribue celte prophétie non à André 
de Delft mais à Godefroy Sonderdank. [Post i5. — ^ P'rior 
la annot. c). 



42 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

tout temps, ides jmédecins se sont intéressés au cas 
de Lydwine. La multiplicité et l'intensité inDUïe de 
ses souffrances, ils les onttrouvées clairement notées 
par les historiens. Ceux-ci ont relevé, parfois avec 
une rare précision, dans sa personne, les symp- 
tômes et les complications de presque toutes les 
maladies connues. L'accident vulgaire qui -en fut 
appariemment le point de -dépaTt, n'a rien d'extraor- 
dinaire. Et néanmoins aucun médecin n'a «réussi à 
tirer de ces données un diagnostic naturel de la 
maladie de Lydwine. Le jugement porté par André 
de Delft n'a jamais été réformé. Dans notre 
Sainte se vérifiait, dans un sens éminent, la parole 
de plus tard : « il n'y a pas de maladies, il n'y a 
que des malades ». Lydwine était une malade 
extraordinaire, en qui Dieu lui-même opérait des 
prodiges de maladie. Elle ne soufiraît pas d'un 
mal déterminé et caractérisé. « Dans son :pauvr« 
corps, dit Benoit XIV, la grande armée des mala- 
dies avait fait irruption ^ », et rarement expression 
figurée répondit mieux à la réalité 2. Toittes les 



1 . Magniis autem morborum exercitus corpus ejus învasit 
Bened. XIV. De Serv. Dei Seatif. -et Canonîz. lib. ■HI. cap. 
i8d. nui». 7, 

2. « Derrière elle, dit à son tour Huysmans, commençait 
à se profiler, en une ascendance lointaine, la grande figure 
de Job, ipleurant -sur -sa couche de fumier. Elle en est la 
fille et les mêmes scènes se reproduiront, à travers -Ifô âges, 
des confins de FIdumée aux bords de la Meuse, d'ârriéducti- 
bles souffrances endurées avec une inébranlable patience... 
avec cette différence pourtant que les épreuves du Patriarche 



LA JEUNE FILLE. 43 

infirmités et les douleurs qui sont l'apanage de 
l'humanité souffrante avaient été comme distillées 
dans sa personne, pour un motif dont Dieu allait 
bientôt lui livrer le secret. 

prirent fin de son vivant et que celles de sa descendante ne 
cessèrent qu'avec sa mort » . Sainte Lydwinc de Schiedam^ 
p. 73. 



CHAPITRE IV 



LA PAUVRE MALADE 



Ce caractère surnaturel que le médecin de Delft 
avait entrevu le premier dans l'infirmité de Lyd- 
wine, la malade elle-même l'ignora longtemps. 
Nous la connaissons jeune fille candide, douce et 
pieuse. Mais dans les trois premières années qui 
suivirent l'accident, Lydwine éprouvait l'horreur 
instinctive de la nature humaine pour la maladie 
et pour les multiples désolations qui en sont la 
conséquence. Ce n'était pas encore le temps où, 
touchée par la sainte folie de la croix, elle suppliait 
Dieu de frapper sur elle à coups redoublés, le 
temps, par exemple, où, affligée de deux bubons 
de la peste, elle en souhaitait et en obtenait un 
troisième en l'honneur de la sainte Trinité. Pauvre 
percluse de seize à dix-sept ans, torturée par d'in- 
tolérables douleurs, c'est de tout son être qu'elle 
redisait avec le Sauveur : « Père, que ce calice 
passe loin de moi ! » Elle avait besoin de toute sa 
foi et de toute son énergie, pour ajouter le mot 

.3. 



46 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

suprême de résignation « toutefois, ô mon Dieu, 
que votre volonté se fasse et non la mienne ». Nous 
ne le comprenons que trop : les Saints restent 
encore de « chez nous », même quand ils s'éta- 
blissent lentement dans les régions sereines qui 
nous dépassent. 

Comme tous les malades^ Lydwine se sentait 
pleine de répugnance pour la soujffrance, très sen- 
sible à son étreinte, toute préoccupée de connaître 
son mal et de le guérir, ou tout au moins de se 
procurer un peu de soulagement et de diversion. 
Elle soufiPraitde se voir arrêtée, réduite à Timpuis- 
sance, alors que près d'elle tout le monde allait 
et venait et travaillait à son aise. Elle voulait se 
lever, courir, vivre enfin et prendre sa part au dur 
labeur de son entourage. Elle était honteuse aussi 
— de celte honte, vraie torture des malades à sen- 
timents délicats — des embarras, du surcroît de 
travail et de dépense dont elle était l'occasion pour 
iepauvre ménage. -C'est sans doute un de ces sen- 
timents qui la dominait le fameux soir, où, broyée 
par la souffrance et avide de consolation et de sou- 
lagement, elle se jeta éperdue, hors de son litjdans 
les bras de son père assis à son chevet. 

Ils durèrent près de trois ans (i SgS- 1 SgS) , ce rude 
noviciat de la souffrance joyeuse et sereine, cette 
lutte entre la nature qui voulait faîr la croix et les 
douces invites de la Providence qui cherchait à la 
lui faire embrasser avec amour. Plus tard, au 
cours de sa vie extatique, Lydwine apprendra di- 



LA PAUVRE MALADE. 47 

rectemenl de Dieu ses désirs sur elle, mais au 
seuil de cette wie si extraordinaire, rien ne se fit 
par révélation subite, par coup de foudre, ©ienne 
luiehvoya pas non plus de théologien docteur, dont 
sainte Thérèse souhaiterait les lumières pour la 
direction des consciences. C'est par le moyen 
ordinaire, par la parole d'un bon prêtre, son con- 
fesseur, que la Sainte allait connaître sa Toie. Ce 
bon prêtre s'appelait Jean Pot. Bivers indices, à 
défaut de données certaines, nous font croire qu'iL 
était prémontré et vicaire de la paroisse de Schie- 
dam*. D'un réel dévouement pour la malade, il 
lui faisait de fréquentes visites et la consolait dans 
sa langueur et ses abattements. Doucement, sans 
complication de paroles mystiques et de sentiments 
recherchés, il l'engageait à méditer sut la Passion 
du Sauveur et à unir ses souffrances à celles du 
Divin Maître pour l'expiation des péchés du monde- 



r. Notre opinion se base sur les faits suivants. Dans ua 
trait qui sera raconté plus tard (les chapons de maître André), 
c'est Jean Pot, bien au courant, semble-t-il, des choses de 
la cure, qui apprend à Lydwine que les chapons ont été 
mangés par les rats, la nuit qui précède le festin. Dans un 
autre trait (l'histoire de l'échevin tenté de suicide) Jean Pot 
est nommé le « vice-curé » de la ville. D'autre part, les his- 
toriens le désignent simplement sous le nom de « confesseur » 
de la Sainte, celui qui la visitait souvent, l'encourageait^ lui 
portait la sainte communion; le même probablement qui 
lui rapportait de l'église les cendres du mercredi des Cendres; 
toutes choses qui supposent, non quelque service rendu par 
un prêtre de passage, mais un ministère ordinaire exercé par 
tin prêtre de la paroisse. 



48 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

Certes Lydwine écoutait avec docilité, mais long- 
temps encore les conseils de son directeur ne furent 
pour elle que de bonnes paroles, sans grande effica- 
cité. Elle ne pouvait encore supporter une nourri- 
ture si substantielle; l'heure de Dieu n'avait pas 
encore sonné. Le bon prêtre ne s'en étonliait, ni 
ne se décourageait; il ne pressait pas sa pénitente, 
mais, en directeur consommé, avec onction et 
patience il lui conseillait de surmonter ses dégoûts, 
de persévérer dans ses efforts et de compter sur 
l'aide du Bon Dieu. Et, en effet, à mesure que la 
Passion du Sauveur devint pour Lydwine le sujet 
ordinaire de ses pensées et de sa méditation, ses 
yeux, lentement, progressivement se dessillèrent. 
Son intelligence comprit que Dieu lui proposait une 
vocation de victime et d'holocauste pour les péchés 
du monde, et sa volonté accepta cette mission avec 
joie et avec amour. Elle sentit son cœur s'échauffer 
et pour la première fois elle éprouva dans ses 
souffrances un vrai bonheur. Il lui semblait que 
Jésus lui-même habitait dans son âme et l'aidait 
à porter sa lourde croix. Elle divisa l'histoire de 
la Passion en sept parties qu'elle appelait ses 
Heures Canoniales. Elle les méditait jour et nuit 
aux heures correspondantes, avec une régularité 
si parfaite, ajoute son historien, qu'au seul fil de 
ses méditations elle indiquait avec précision l'heure 
qu'il était, soit le jour, soit la nuit. Et bientôt le 
résultat se dessinait : souffrir devenait pour elle 
non plus une souffrance mais une indicible jouis- 



LA PAUVRE MALADE. A9 

sance ; elle en vint jusqu'à dire que, s'il suffisait 
de réciter un Ave Maria pour recouvrer le santé, 
elle ne le réciterait pas, elle n'en aurait même pas 
le désir. 

Aux privations et aux souffrances que Dieu lui 
envoyait, elle en ajoutait de son choix. C'est ainsi 
qu'elle fit échanger contre une couchette de paille, 
le lit de plumes que la charité de ses parents lui 
avait procuré mais qui envenimait son mal, pré- 
texta-t-elle. Plus tard même ce misérable grabat 
était encore du luxe ; elle prétendit qu'elle se 
trouverait mieux de deux ou trois planches nues 
sur lesquelles elle se faisait étendre, se couvrant 
de vieux habits et d'une vieille couverture qui ne 
la préservaient guère contre l'humidité et contre le 
froid. 

Elle souffrit beaucoup du froid dans le rude 
hiver de i4o8; la famille était impuissante à la 
soulager; le vieux Pierre, son père, avait le pied 
gelé et se voyait contraint de passer à son fils 
Guillaume, l'emploi de veilleur de nuit. Comme 
il arrive d'ordinaire quand la souffrance est vive 
et générale, chacun songeait d'abord à soi. Un 
prêtre assez célèbre dans les Pays-Bas, Wérembold 
dé Gouda * vint voir la malade ; il la trouva bien 



I. Wérembold, né à Boskoop près Gouda, était, sinon 
pour l'éloquence, au moins pour l'esprit apostolique, un pré- 
curseur et émule de Brugman. II était le visiteur extraordi- 
naire de beaucoup de maisons religieuses et le confesseur 
ordinaire du couvent de Sainte-Cécile d'Utrecht. Très lié 



50 SAINTE LYDWINE DE SCfflEDAM. 

abandonnée et lui remit une large aumône. Ensuite, 
par une intervention énergique faite en sa faveur, 
en pleine église, il intéressa la compassion et la 
charité des habitants au grand besoin de Lydvrine 
et de sa famille. 

La sainte communion acheva dans cette crucifiée 
le travail commencé parla méditation de la Passion. 
Hélas, on était dans ces temps de « refroidissement 
de la piété » dont parle le décret libérateur de 
Pie X, où les âmes, même les mieux disposées, 
étaient tenues loin du Dieu de l'Eucharistie. Avant 
sa chute sur la glace, Lydwine n'aura été admise 
à communier qu'une fois l'an, à Pâques. Et guère 
plus souvent les trois premières années de sa 
maladie, où, pauvre éclopée du Bon Dieu, elle réus- 
sissait à l'aide de sa béquille ou de son petit esca- 
beau à se traîner jusqu'à l'église, le saint jour de 
Pâques et à conquérir, comme de haute lutte, le 
Pain des Forts, dont la réception fréquente eût 
certainement hâté, pour elle, le temps de la rési- 
gnation, de la joie même, dans ses grandes souf- 
frances. Quand elle fiit définitivement teirassée 
par le mal, on lui permit de communier une fois 
de plus, et bientôt tous les deux mois, et « aux 
grandes fêtes de l'année ». Tout en se pliant à ces 



avec Gérard Groote et Florent Radevvynsz, sans appartenir 
lui-même à l'ordre des Chanoines Réguliers, U fonda près 
d'Utrecht, le couvent de Vredendaal (Domus vallis Pacis) pour 
des Tertiaires de Saint-François qui passèrent, cinq ans après 
sa mort, à la réforme de Windesheim. 



LA PAUVRE MALADE. 51 

règles sévères que d'autres avaient établies, Jean 
Pot ne négligeait xien pour assurer à l'âme. de 
Lydwine les ineffables ressources de l'Eucharistie. 
Quand il lui ^portait la sainte communion il lui 
rappelait, en termes de la plus grande simplicité, 
que sous les Saintes Espèces était caché son Dieu et 
son Sauveur qui avait tant souffert pour elle et 
était mort pour son salut, Celui-là même <qui récom- 
pensait, avec usure, la moindre souffrance acceptée 
pour son amour. La Sainte écoulait avec émotion. 
Elle regrettait maintenant amèrement ce qu'elle 
appelait « ses impatiences d'autrefois, son incon- 
cevable aveuglement » . Les larmes qu'elle versait ne 
tarissaient pas; sa mère, ni personne au monde, 
dit Brugman, ne parvenaient à la consoler ou à 
comprendre seulement la raison de tant de larmes. 
Que lui importaient désormais ses propres souf- 
frances? Qu'avait-elle besoin d'une autre nourri- 
ture, qu'elle ne pouvait du reste supporter, du 
sommeil qui fuyait ses paupières ? Selon Thomas a 
Kempis, ie corps du Christ Jésus lui tenait lieu de 
tout; c'était son remède, sa consolation dans ses 
douleurs, son aliment substantiel ' , son repos vrai- 
ment réparateur. Et Brugman avait raison de dire 

I . Cette influence de la Sainte Eucharistie sur la vie cor- 
porelle du communiant est admise par l'Eglise dans ses priè- 
res officielles. Ainsi, par exemple, quand elle évoque « le 
banquet ce'Ieste, qui chez Catherine (ffe Sienne) soutenait 
même sa vie temporelle : mensa cœlestis quœ beatse Catha- 
rinse Virginis vitam etiam aluit temporalem ». {Miss. Rom. 
3o Aprilis. Postcommunio). 



52 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

que (c la méditation de la Passion et la sainte 
communion étaient comme les deux bras avec 
lesquels Lydwine étreignait son Bien- Aimé ». 

Au ïeste elle allait avoir besoin plus que jamais 
d'aide et de soutien, et Dieu seul pouvait les lui 
assurer. Bien que terribles par leur nombre et 
leur acuité les souffrances de Lydwine, pendant 
les trois premières années de sa maladie, n'avaient 
peut-être pas excédé la mesure pleine mais sup- 
portable, après tout, de beaucoup de grands mala- 
des. Mais, passé ces trois premières années — Lyd- 
wine n'avait encore que dix-neuf ans — sa maladie 
prit un caractère vraiment effrayant. Aux maux 
que nous avons déjà signalés viennent s'en ajou- 
ter d'autres qui remplissent de pitié les parents 
et les visiteurs de la pauvre malade : des vomis- 
sements nauséabonds, des migraines horribles, 
des soubresauts de douleur qui successivement al- 
longent, rapetissent, contractent ou tordent dans 
tous les sens son pauvre corps et lui causent des 
syncopes qui la laissent pour morte. — Elle ne 
pouvait plus se lever, ni remuer ses membres saut 
le bras gauche. La beauté de sou visage jusque-là 
bien conservée disparut : la figure se fendit du 
haut du front jusqu'au milieu du nez : la lèvre 
inférieure se détacha à moitié du menton : 
l'œil droit était entièrement aveugle et le gauche 
devint si sensiBle que bientôt elle ne put sup- 
porter la moindre lumière du jour, ni même 
le reflet du feu de la cheminée qui se jouait dans 



LA PAUVRE MALADE. 53 

la demi-obscurité de la chambre. Un nouvel abcès 
se forma à l'épaule droite qui entra en putréfac- 
tion. Bientôt apparaissent aussi les premiers symp- 
tômes de la gravelle : puis c'est le mal des ardents 
qui s'acharne sur elle ; il lui dévore le bras droit 
et lui inflige des névralgies intolérables. Les bras 
et les jambes ne semblent plus tenir au tronc que 
par quelques muscles isolés. Et quand il faut la 
soulever, la changer déplace, on doit auparavant, 
à l'aide de linges, lier ensemble ces pauvres mem- 
bres, de peur que l'un ou l'autre ne se détache 
entièrement. Il semblait que son corps allait se 
décomposer, se désagréger et devenir la proie de 
la gangrène qui la rongeait à l'intérieur. Le comte 
de Hollande Guillaume VI et sa femme Margue- 
rite de Bourgogne lui avaient envoyé leur mé- 
decin, Godefroy de La Haye, non moins célèbre 
par sa science que par sa grande bonté pour les 
pauvres et les petites gens. Il les soignait gratuite- 
ment. A ceux d'entre eux qui n'oubliaient pas le 
merci traditionnel « grooten dank : grand merci », il 
répondait invariablement « sonJer dank », ce qui 
signifie « pas de merci » . De là lui est resté le sur- 
nom glorieux de Godefroy Sonderdank dont la 
reconnaissance populaire a immortalisé, dans notre 
langue, sa touchante charité. Il examina Lydwine 
et la soigna avec toute son habileté et avec son 
inépuisable bonté. Il la mit en rapports avec un de 
ses amis, un médecin de Cologne, qui, lui aussi, 
fut très bon pour Lydwine, allant jusqu'à lui assu- 



54 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

rer ses bons offices par un fidèle intermédiaire ^ 
dépositaire de ses secrets, au cas où lui-même 
viendrait à mourir avant elle. Ces hommes excel- 
lents apportèrent au soulagement de cette grande 
pitié, toutes les ressources de leur science et de 
leur cœur. Chacun d'eux arrivait à quelque résul- 
tat partiel, mais c'était peine perdue ; cette mala- 
die mystérieuse défiait l'art et le dévouement. A 
trois endroits différents s'étaient ouvertes dans le 
corps de Lydwine de larges plaies, où grouillaient, 
comme en autant de nids, d'horribles vers. Pour 
les détruire, Godefroy Sonderdank réussit à com- 
poser des cataplasmes qui, appliqués sur les plaies 
vives, servaient d'appât à la voracité des vers. Ils 
les attiraient à la surface du corps et permettaient 
d'en extraire, journellement, jusqu'à une centaine, 
disent les biographes. Mais ce traitement n'était 
qu'un palliatif, car «ans cesse la meute immonde 
se reformait. Le médecin de Cologne, lui, avait 
essayé en i4i4 de fermer les plaies et ilya^ait 
réussi. Mais alors le corps de la malade avait 
gonflé démesurément sous les effets de l'hydropisie. 
La maladie de Lydwine devint telle qu'à lire 
les historiens de la Sainte et la déclaration offi- 
eielle des magistrats de Schiedam, on croirait assis- 
ter aux scènes mystérieuses de cimetière, qui doi- 
vent se passer dans un cercueil deux ou trois mois 
après la mort. Dans cette chair innocente se réa- 
lisaient à nouveau les expressions énergiques par 
lesquelles, les écrivains sacrés, Isaïe surtout, ont 



LA PAUVRE MALADE. 55 

dépeint le plus Jbeau des enfaDts des hommes, 
devenu par escès d'amour, un Homme de Dou- 
leur, ne présentant, dans son corps virginal, aucune 
partie saine, pas même l'apparence humaine, n'é- 
tant .plus, du sommet de la tête à la plante des 
pieds, que lèpre et plaie, un spectacle d'horreur 
pour ceux qui le contemplaient, un objet d'op- 
probre et de dégoût pour tous ceux qui passaient 
sur le chemin. Toute proportion gardée entre Dieu 
et la créature, cet « Homme de Douleur » revivait 
cette fois dans une jeune fille, autrefois si pleine de 
santé et si belle, . aujourd'hui, selon l'expression 
énergique de Bossuet, une véritable « loque hu- 
maine ». Car — pour parler sans figure — Lyd- 
wine à vingt ans n'était plus qu'un paquet de 
membres humains torturés par la souffrance et 
retenus ensemble et en vie par la puissance de 
Dieu. Elle le resta — c'est là le grand miracle — 
jusqu'à sa mort qui n'arriva que trente-trois ans 
plus tard, lui laissant le temps de montrer une 
(c patience comme on n'en trouve peut-être pas de 
pareille dans les siècles écoulés », dit le commenta- 
teur Bollandiste de sa vie^. Et nous ne nous éton- 
nons plus d'entendre Benoit XIV, à la suite de Cor- 
neille a Lapide, ajouter le nom de l'humble fille de 
Schiedam aux grands noms bibliques de Lazare, 
de Job et de Tobie, quand il signale « les miroirs 

I. « Patientîa cui nescio an similem viderînt ulla prœte- 
rita ssecula. » (Act. SS. t. cit. Commentarius praevius. p. 

2.) 



56 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

et les modèles de patience proposés par Dieu aux 
malades et aux affligés de tous les temps ^ ». 

I. Benoit XIV. De Servoruin Dei Beaiif.^et Canonizhih. III 
cap. 3o. n° 7. « Voluit Deus Lazarum, Job, Tobiam, Lyd- 
-winam omnibus sœculis statuere aegrolis et afflîctis in specu-. 
lum et exemplum patientiae. » 



CHAPITRE V 



LA THAUMATURGE 



Quand la maladie de Lydwine eut pris cette 
gravité inouïe par le nombre et Tacuité de ses 
souffrances, on vit aussi le merveilleux entrer en 
plein dans son existence de martyre. 

Déjà au début de la maladie un événement avait 
vivement frappé la famille. Un jour, après une 
altercation furieuse dont les éclats parvenaient de 
la rue jusqu'à la Sainte, un homme se précipite 
dans sa maison. Il est suivi, l'instant d'après, par 
son ennemi qui, l'épée nue à la main, demande tout 
haletant : « Est-il ici? — Non », répond hardiment 
Pétronille, qui veut, avant tout, empêcher un 
meurtre. Mais, interrogée à son tour, Lydwine ré- 
pond tout simplement : « Oui, il est ici ». Au même 
instant, elle reçoit un vigoureux soufflet de sa 
mère indignée. Et chose étrange, quoique l'homme 
poursuivi se trouve, là, tout près des deux femmes, 
à la portée de son agresseur, celui-ci est seul à ne 
point le voir et il se retire — ajoute Brugman — 



58 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

tout radouci par la réponse de la pauvre malade i. 
a Bonne mère, dit alors Lydwine avec ingénuité, 
j'ai dit la vérité parce que je savais que la vérité 
était capable de sauver cet homme. » L'homme et 
la mère demeurent tout interdits, et Pétronille — 
ajoutent les historiens — eut ce jour-là un soup- 
çon des grandes choses que Dieu allait opérer dans 
sa fille et elle garda de cet incident un grand ré- 
confort dans ses lassitudes qui parfois lui pesaient 
bien fort 2. 

L'alimentation de la malade tenait aussi du pro- 
dige. Au début de la maladie quelques bouchées de 
pain, quelques rondelles de pomme, avec une 
gorgée de vin, de lait ou de bière lui avaient suffi. 
Bientôt tout aliment solide lui devint insupportable; 
elle ne se soutenait qu'avec une demi-pinte de vin 
dans laquelle elle mettait un peu de sucre ou dé 
cannelle et qui durait une semaine. 

Plus tard, elle ne prit que de l'eau de la Meuse 
qu'elle trouvait « meilleure que le vin le plus pur ». 
Enfin tout liquide lui devint insupportable ; elle ne 
parvenait même plus à avaler les quelques gouttes 
d'eau destinées à lui faciliter la réception de la 
sainte communion que, depuisquelque temps, on lui 

1. Huysmans, relatant ce fait, dit du forcené': « Ne le dé- 
couvrant pas, il s'élança dehors pour retrouver ^es traces » , 
p. 79. Brugman au contraire, nous le montre tout changé : 
in mansuetudinem mutatus= ex Virginis responsione, discessit. 
Post. 19. Et Thomas a Kempis ajoute expressément... Reces- 
sit omittens persequi fugient.em, Kempis édit, PohI 6, p. 33o. 

2. Prïor. 14. 



LA THAUMATURGE. 5» 

apportait un pea plus souvent. Seule, la communion 
— les pièces officielles en font foi — la sustenta 
les dix-neuf dernières années de sa vie (i4i4 à. 
i433). 

N'était-ce pas un problème déroutant pour la 
raison que de voir cette malade qui ne prenait 
plus de nourriture ni de boisson, subsister néan- 
moins et recevoir une multitude de visiteurs qui 
venaient se recommander à ses prières, lui de- 
mander conseil, encouragement et consolation? 
Son corps tout déformé, presqu'en décomposition, 
ne causait aucun dégoût à ceux qui la soignaient; 
il répandait, au contraire, « une odeur agréable 
de relents de parfum », tout comme les morceaux 
qui se détachaient de sa chair. Il n'accusait aucun 
besoin naturel, sauf des vomissements fréquents*. 
Et quand on demandait à Lydwine d'où pouvait 
bien venir la matière de ces vomissements aussi 
copieux que douloureux, la malade demandait à 
son tour d'où pouvait bien venir à la vigne qui 
parait desséchée et morte, tout l'hiver, celte ri- 
chesse de végétation qui s'épanouit à chaque nou- 
veau printemps? 

Des faits d'un autre ordre n'étaient pas moins 
étranges. La chamhrette obscure qu'elle tenait habi- 
tuellement fermée, parce que ses yeux, ne pouvaient 
supporter l'impression de la lumière, s'irradiait 
souvent d'une vive clarté dont l'éclat éblouissait 

I. ... Nec naturalià superflua corporis emitlebat praeter- 
quam per vomitum. Prior. 77. 



60 SAINTE LYDWINE -DE SCHIEDAM.' 

les habitants de la maison et les faisait croire à un 
commencement d'incendie. Une personne des plus 
notables de la ville — Brugman apprit le fait de sa 
bouche — fut guérie instantanément par Lydwine 
d'une fistule que plusieurs médecins n'avaient pu 
supprimer. Et un marchand anglais vit se fermer 
une plaie douloureuse à la jambe, après l'avoir 
arrosée avec l'eau dans laquelle la Sainte s'était 
lavé les mains. 

Bien qu'elle ne fût jamais sortie de Schiedam, et 
que depuis de longues années elle fût couchée sur 
son grabat, elle fit au prieur de Sainte-Elisabeth 
de Brielle une description exacte et détaillée de 
son couvent et de la distribution des divers locaux. 
Elle interpellait par son nom un religieux inconnu 
de Eemsteyn à l'instant même où il franchissait sa 
porte. Comme son visiteur lui en exprimait son 
élonnement, elle lui répondit tout simplement : 
« Dieu m'a communiqué votre nom ». Elle fit de 
même avec un inconnu de La Haye, venu pour 
apprendre d'elle le lieu où pourrait bien se trouver 
son fils qui avait fui la maison paternelle. Avant 
qu'il eût eu le temps de lui adresser une seule 
parole, elle le nomma de son nom et de son prér 
nom et lui apprit que son fils Henri — elle ne l'a- 
vait jamais vu ni connu — s'était rendu à Diest en 
Brabantet y avait pris l'habit des chartreux; elle 
rassura ce père inquiet et le félicita des bénédic- 
tions que la vocation de son fils attirerait sur la 
famille. 



LA THAUMATURGE. 61 

Elle consola de niême Nicolas Wit, le prieur des 
chartreux de Schoonhoven, qui lui amenait un de 
ses jeunes religieux, tenté de découragement et de 
désespoir. A leur arrivée, Lydwine, qui se trou- 
vait au plus fort d'une crise de la pierre, ne put 
recevoir que le prieur; elle le raàsura, lui rappela 
son devoir de porter son jeune confrère à la pa- 
tience et de prier pour lui ; la tentation passerait, 
affirmait-elle, de grandes grâces étaient réservées 
au religieux éprou^^. Et tout arriva, dans la suite, 
comme Lydwine l'avait prédit. Ces trois faits, 
Brugman les tenait directement des religieux en 
cause. 

Un autre jour elle déconseilla fortement à un 
armateur de s'embarquer à cette saison de l' année- 
Cet homme, qui recourait souvent à Lydwine, ne 
se rendit cette fois qu'avec grande peine à un avis 
qui contrariait ses projets. Mais bientôt il apprit 
avec stupeur que les vaisseaux qu'il avait voulu 
accompagner venaient de faire naufrage. 

Une nuit de 142 1, elle annonça à son entourage 
la catastrophe qui s'accomplissait à cette heure 
même, dans la partie méridionale du comté de 
Hollande. Soulevée par une tempête d'une violence 
inouïe, les eaux amoncelées rompirent les digues 
de la Meuse et du Waal et se précipitèrent, en tor- 
rent, dans le triangle que forment, entre elles, les 
trois villes de Dordrecht, Gorcum et Bréda. Seize 
à vingt villages de cette région basse et fertile 
furent littéralement engloutis ; un plus grand 

4 



6-2 SAINTE LYDWINE DE SGHIEDAM. 

nombre furent ravagés et l'on évalue à plusieurs 
milliers le nombre des victimes humaines qui péri- 
rent dans les flots ^ Ce désastre national porte 
dans nos annales le nom « d'Inondation de la 
Sainte-Klisabeth » parce qu'il arriva dans la nuit 
du 18 au 19 novembre, à l'aurore de la fête de 
sainte Elisabeth de Hongrie. Ses traces, quoique 
atténuées par le patient labeur de plusieurs siëeles 
déjà, frappent toujours le voyageur quand, entre 
Breda et Dordrecht, il traverse sur le pont monu- 
mental du Moerdyk, la vaste région d'eau formée 
par le Biesbosch (forêt de joncs) et par le Hol- 
landsch Diep (le Pas de Hollande). La Sainte, elle, 
ne put que pleurer et prier avec un peuple en 
deuil. Ses biographes rapportent qu'elle apparut, 
cette lugubre nuit, à une pauvre femme qu'effrayait 
le bruit combiné de l'ouragan et des vagues. 
Lydwine la rassura et lui annonça que le flbt 
n'irait pas plus loin. — Elle apprenait la mort de 
personnes éloignées, par exemple de Baudouin van 
den Velde, le sacristain d'Ouwerschie. Grâce à des 
lumières surnaturelles elle pouvait rassurer une 
pécheresse pénitente et pardonnéé mais toujours 
inquiète de son salut; annoncer à un autre pé- 
cheur qui ne s'en doutait guère, sa mort pro- 
chaine, afin qu'il mît ordre à ses affaires et à un 

I. Gomme il arrive d'ordinaire, l'imagination populaire 
exagéra encore Fétendue du cataclysme et^ dans maints récits, 
Ton parle encore couramment de soixante-douze villages 
engloutis et de quatre-vingtsà cent mille noyés. 



LA THAUMATURGE. 63 

troisième, sa guérison certaine, afin qu'il prît ses 
mesures pour une vie toute nouvelle. Un théolo- 
gien dominicain voulant la mettre à l'épreuve, 
vint la questionner sur les mystères les plus ardus 
de notre Foi. Mais il reçut de la pauvre fille igno- 
rante et illettrée des réponses si claires et si pro- 
fondes sur la sainte Trinité et l'Incarnation, qu'il 
en demeura émerveillé et proclama partout que 
l'esprit de Dieu guidait manifestement cette âme. 
Elle entretenait des relations d'âme à âme avec un 
saint personnage, nommé Gérard, natif de Co- 
logne qui menait dans la lointaine Egypte la rude 
vie de prière et de pénitence des anciens Pères du 
Désert. Il y avait été découvert vers 142 3 par un 
évêque d'Angleterre, pèlerin des solitudes de la 
Palestine et de l'Egypte. Cet évêque avait accepté 
de se faire auprès de Lydwine, le messager du 
solitaire et il éprouva dans la pauvre chambre 
de Schiedam les mêmes sentiments qu'aux Lieux- 
Saints et dans les déserts d'Orient. Nous aimerions 
sans doute à connaître le nom et le siège de ce 
messager. Mais Brugman qui ne nous épargne 
aucun détail sur la corpulence maladive du saint 
ermite^ ne pouvait, de son temps, prévoir sur quels 
points se porterait de préférence la curiosité histo- 
rique de ceux qui viendraient après lui. 

Un autre jour, c'est Jean Pot, le « vice-curé de 
Schiedam » qui trouve auprès de sa pénitente une 
lumière qu'il avait vainement cherchée ailleurs. Il 
comptait .parmi ses dirigés un échevin de la ville, 



64 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

homme pieux et riche mais tourmenté par d'an- 
goissantes pensées de suicide. Quand elles deve- 
naient trop fortes il recourait au prêtre et assis- 
tait avec piété aux messes qu'il faisait célébrer 
pour sa délivrance. Mais le charitable « chapelain », 
comme l'appelle Brugman, multipliait en vain ses 
adjurations, ses prières et ses saints sacrifices; 
l'horrible tentation revenait san^ cesse et tournait 
en véritable obsession. De guerre lasse, Jean Pot 
veut avoir l'avis de Lydwine dont il connaît depuis 
longtemps la sagesse et les lumières extraordi- 
naires. Le plus naturellement du monde, elle 
conseille au prêtre de faire faire à son pénitent une 
bonne confession et de lui imposer ensuite, comme 
pénitence, l'acte même que lui suggère l'ennemi 
de son âme. Elle savait bien — ajoute Brugman 
— que le démon n'accepterait jamais de laisser 
se changer en remède de salut, le poison qu'il 
offrait à cette âme pour assurer sa perte. Jean 
Pot, comme bien l'on pense, se récrie. Il ne suivra 
pas un avis que Brugman, lui aussi, qualifie « de 
conseil méritant plutôt d'être admiré que suivi, 
potius admirandum quam imitandum consilium ». 
Mais calme et sûre d'elle-même, Lydw^ine insiste : 
le démon, pense-t-elle, hait tellement Dieu et son 
sacrement qu'il sera pris dans ses propres filets, 
si sa victime peut lui opposer un acte de véritable 
obéissance. Jean Pot se persuade que la Sainte 
obéit à une inspiration nettement divine ; il se ras- 
sure et se décide à suivre l'étrange conseil. La 



LA THAUMATURGE. 65 

première fois que l'échevin lui revient avec son 
horrible projet, il lui impose, comme pénitence, 
de donner suite à la suggestion. L'échevin se 
montre tout heureux de cet ordre ; il rentre chez 
lui, attache une corde à une poutre, se la passe 
au cou, monte sur un siège, et va s'élancer dans 
le vide. Quand, soudain, les démons se précipitent 
sur lui, saisissent la corde et la rompent en criant : 
Ah ça, on ne se pend pas comme cela..-, ils le jet- 
tent à terre, entre un mur et une caisse où trois 
heures après ses parents le trouvèrent, tout dé- 
monté encore par l'accident mais délivré de sa 
tentation. 

Tel est le récit de Brugman ^ . Faut-il le prendre 
de tout point à la lettre? Est-ce vraiment le démon 
qui est venu dénouer la corde du malheureux 
échevinPSans doute, cette solution ne dépasse pas 
le pouvoir que Dieu a laissé à ses anges déchus ou 
qu'il peut leur accorder en passant. D'autre part, 
si de vieilles gravures reproduisent l'événement 
sous cette forme simpliste, elles soulignent l'inter- 
prétation de Brugman, conforme du reste à la 
manière habituelle du Moyen Age, mais elles ne 
nous renseignent guère sur sa valeur et sur son. 
degré de vérité. Le dénouement n'a-t-il pas pu se 
faire d'une manière plus simple et moins extraor- 
dinaire ? Cet homme, pieux et vraiment obéissant, 
qui n'avait pas cédé à la tentation, tant qu'elle lui 

I. Prior 104 seq. — Post iOQse(\. 

4. 



66 SAINTE LYDWINE DE ^CHIEDAM. 

paraissait un .péché et qui avait accepté de la réa- 
liser lorsqu'il en avait reçu la permission est ^mièoie 
l'obligation, cet homme n'a-t-il pas obtenu d'unie 
manière plus simple le fruit de son abéissancePAu 
dernier momeal, quand il en «tait temps «ncore, 
il a vu se dissiper, tout d'un coup, l'horrible il- 
lusion dont il était le jouet; il a compris la portée 
du commandement ce vous ne tuerez pas ». Le voile 
tomba, la lumière se fit, il recula, par obéissance 
à Dieu, devant l'actecriminel qu'il allait accomplir. 
Et — comme l'avait dit Lydwine — il -battait le 
démon par ses propres armes. Devant la défense 
divine qui lui apparaissait maintenant dans toute sa. 
clarté, son cœur demeurait droit, sa volonté vrai- 
ment docik et obéissante, comme ils l'avaient tou- 
jours été durant la tentation. Et dans le trouble 
et l'horreur de l'acte qu'il était sur le point d'ac- 
complir, il tomba, évanoui, derrière le meuble 
d'où la famille le retira quelque temps après. 

Au reste, quelqu'ait ^été le mode, naturel ou sur- 
surnaturel dont elle s'opéra, la délivrance de l'é- 
chevin fut complète et resta durable. Cet homme 
pieux et vraiment obéissant ne connut plus jamais 
le cauchemar qui l'avait tant fait souffrir, et c'est 
à l'intervention décisive de Lydvrine et à son in- 
tuition nette qu'il se crut redevable de «a délivrance. 



CHAPITRE VI 



l'extatique 



Des faits si surprenants se communiquaient de 
bouche en bouche et valaient à Lydwine une répu- 
tation qui grandissait de jour en jour. Mais bientôt, 
reléguant au second plan ces manifestations isolées 
du miracle, sa vie entière devenait un prodige con- 
tinuel. L'histoire voit en Lydwine une des grandes 
extatiques du xv^ siècle. 

Nous ne pouvons dans une biographie traiter au 
long de ces communications intimes que Dieu se 
plaît à avoir avec certaines âmes privilégiées. Ce 
serait quitter le terrain de l'histoire pour celui de 
la théologie et d'une théologie très « spéciale » 
comme est la Mystique, avec ses problèmes ardus 
et son langage différent souvent d'auteur à auteur. 
Sur ce terrain difficile l'historien doit se borner à 
raconter avec fidélité les faits avérés et les intro- 
duire sous leur vrai jour dans la trame que forme 
la vie de son personnage. Toutefois, sous peine de 
rendre incompréhensible à beaucoup de lecteurs 



68 SAINTE LYDWIiNE DE SCHIEDAM: 

cette page importante de la vie de Lydwine nous 
devons rappeler quelques éléments de spiritualité 
chrétienne' . 

Le vrai bonheur de l'homme est dans la posses- 
sion de Dieu et celle-ci se réalise par l'intelligence 
qui connaît Dieu et par la volonté qui L'aime. 
Quand cette connaissance et cet amour de Dieu 
seront parfaits et définitifs l'homme aura atteint 
sa fin ; il sera heureux tout court. Ici-bas, son vrai 
bonheur consiste à rapprocher sa connaissance et 

I. Les ihéoriciens de la Spiritualité ont créé — c'est leur 
droit — pour leur matière un vocabulaire spécial. Beau- 
coup de termes y sont assez généralement adoptés dans le 
même sens, tels que ceux qui désignent les trois étapes de 
la vie ascétique : la Piïrgative, l'iUuminalive, et l'Unitive. 
D'autres termes, au contraire, révèlent déjà parla signification 
différente qu'ils ont d'auteur à auteur un- désaccord plus 
profond sur les réalités suprasensibles qu'ils doivent désigner. 
« L'état mystique diffère-t-il réellement de l'état ascétique, 
ou bien n'en est-il que le prolongement, le développement 
normal? La contemplation peut-elle être acquise jusqu'à un 
certain degré, ou est-elle toujours infuse? La vie active est-elle 
inférieure à la vie contemplative ? Est-elle chez les contempla- 
tifs un degré distinct, ou simplement une forme plus exté- 
rieure d'une même vie d'union à Dieu? Y-a-t-il des extases 
naturelles? » Toutes questions et d'autres semblables, qui 
resteront discutées tant que leurs objets n'auront pas acquis 
cette délimitation rigoureuse, cette précision de contours 
qui leur manquent. Dans cette histoire, sans nier leur lé- 
gitimité et leur importance, nous passons sous silence ces 
divergences et ces controverses. Quant aux termes spéciaux 
que nous employons, nous leur donnons d'ordinaire le sens 
obvie et traditionnel que leur donnent saint Thomas dans la 
Somme et cet autre génie de la théologie proprement Mys- 
tique^ sainte Thérèse d'Avila. 



L'EXTATIQUE. 69 

son amour de Dieu du -degré qu'ils atteindront au 
ciel. Et sa perfection morale, sa sainteté se mesure 
au zèle qu'il déploie pour conformer son activité 
libre à la réalisation de son vrai bonheur. • 

A lire certains traités de spiritualité ou certaines 
Vies, de saints, il semblerait que la sainteté est 
chose compliquée et qu'elle n'est abordable que 
par ce qu'on appelle les « voies extraordinaires ». 
Ceux qui le pensent, se trompent. ^ Ils confondent 
la nature de la sainteté avec des faveurs exception- 
nelles qui parfois l'accompagnent. 

La sainteté se résume, tout entière, dans Ta- 
mour de Dieu et du prochain, comme ce double 
amour, au dire du divin Maître est toute la loi et les 
prophètes. Et pour y parvenir il n'y aura jamais 
qu'un seul chemin : fuir le péché et accomplir 
avec amour la Volonté de Dieu. Aussi la sainteté 
est-elle accessible à tous les hommes, et la vie d'un 
saint François de Sales ou d'un saint Vincent de 
Paul démontre avec évidence que la voie simple 
et ordinaire peut conduire jusqu'aux plus hauts 
sommets. 

Que cette voie, même ordinaire, ait ses étapes 
différentes, la raison et l'expérience nous l'attes- 
tent. 

Pour posséder Dieu, l'homme doit avant tout 
se purifier de tout ce qui souille, embarrasse ou af- 
faiblit; il doit fuir le péché, maîtriser ses passions, 
combattre ses défauts, ses imperfections même. 
Ces divers exercices forment le premier stade de 



70 SAINTE LYiiyWINE DE SCHIEDAM. 

toute sainteté. Dans le second, la \ie de cet .homme 
s'illumine psœ la. prière, la méditation., l'usage des 
sacrements ; sa connaissance de Dieu devient une 
oraison continuelle et pleine 4'amour. Et cet amour 
s'aflSrme par l'exercice positif des vertus c^brélien- 
nes, par la pratique habituelle des bonnes œuvres; 
les actions de cet homme sont héroïques parfois 
et toujours nobles et généreuses. InsensiWement, 
s'^purant toujours et se perfectionnant SMts cesse 
il arrive à l'union habituelle avec Dieu; il^i'a plus 
que des pensées, des, désirs, des actions agréables 
à Dieu, ce n'est plus l'homme, c'est Dieu Lui-jnême, 
qui semble vivre et agir en cet homme. 

La discipline que nous venons d'esquisser briè- 
vement, constitue Tascétisme chrétien dofut les 
exercices, même les plus parfaits, restent accessibles 
à tout homme de bonne volonté que soutieatJa grâce 
de Dieu. Elle nous permet de parler d'uae véritable 
science de la perfection ou de la sainteté, ^science 
qui a, comme toute autre science, ses disciples et 
ses maîtres, ses lois spéciales, ses exencioes prati- 
ques, sa méthode d'initiation lente et progressive. 

Telle eist, dans son vrai fond, la sainteté.; telle 
est, dans toute sa simplicité, la seule rou'te qui y 
mène. 

Chez certaines âmes cependant la sainteté wa. de 
pair avec des faveurs plus ou moins extraocrdinaires 
qui ne témoignent pas, par elles-mêmes, d'un plus 
haut degré de sainteté, .mais que Dieu^acoorde jpour 
des fins dont U se réserve le secret. L'ensemble de 



L'EXTATIQUE. ' 71 

ces don* et formes extraordîîïaires constitue les 
saints états de la Mystique surnaturelle. Prévenant 
alors tout concours de l'homme, Dieu se plaît à 
inonder son âme de lumière et d'amour. Cet homme 
ne médite et ne prie plus, mais il voit, il contemple; 
il ne sent, ne veut, n'aime plus, maiis il est comme 
fou et comme ivre de bonheur et d'amour. Les sens 
semblent tantôt éteints et tantôt doués de capacités 
étonnantes; l'âme paraît agir comme agissent les 
esprits purs. Gerles, ce n'est pas encore, ce ne peut 
être déjà la vision intuitive, prérogative de l'autre 
vie. Mais, avec les formes multiples qu'il revêt* et 
les faits^ merveilleux qui l'accompagnent 2, l'état 
mystique surnaturel constitue pour les âmes, qui 
en sont favorisées, la dernière étape du « chemin » 
avant l'arrivée au « terme », l'avant-g-oùt du 
bonheur éternel qui défie toute description ; il en 
est, ici-bas, l'image la plus fidèle. 

Chez les âmes privilégiées, les états respectifs 
de la vie ascétique et de la Mystique surnaturelle 
se succèdent d'ordinaire dans l'ordre où nous les 
avons énumérés. Ce n'est toutefois pas une règle 
invariable. S'il plaît à Dieu, un pécheur, à peine 
converti, peut aller jusqu'à l'héroïsme et avoir des 
visions. Et saint Paul, revenant du troisième ciel, 
devra, tout comme un débutant, sentir les révoltes 

1. Pi ex. extase, ravissement, enlèvement, vol de l'esprit, 
fiançailles spirituelles, etc. 

2. p. ex. insensibilité, rayonnement lumineux, lévitation, 
bilocation, stigmates, etc. 



72 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

de la chair et les dompter au prix de bien des com- 
bats. Généralement aussi ces états _ne s'excluent 
pas les uns les autres mais ils se compénètrent, ils 
s'harmonisent merveilleusement. Ce n'est pas 
comme dans l'initiation chrétienne où le candidat 
cesse d'être catéchumène quand il reçoit le baptême; 
c'est plutôt comme dans la vie ordinaire où l'homme 
garde quelque chose des charmes comme des 
défauts de la jeunesse, tout en acquérant les dons de 
l'âge mûr. Bref, dans cette discipline de la sainteté^ 
l'homme peut apporter son concours à l'œuvre 
divine qui s'accomplit en lui, mais c'est bien Dieu 
lui-même qui. en règle toutes les étapes selon sa 
sainte volonté. Ses voies sont variées, incompré- 
hensibles parfois, mais toujours saintes et adorables. 
Depuis| longtemps déjà, Lydw^ine avait parcouru 
la première étape de la vie intérieure, celle où une 
âme, éprise de perfection, se purifie et se détache 
du monde. Avait-elle au reste jamais su, d'expé- 
rience personnelle, ce qu'était le péché? Avait-elle, 
depuis de longues années, éprouvé le moindre at- 
trait pourj les choses de la terre? Sous la direction 
patiente de Jean Pot, elle avait acquis l'habitude de 
la méditation, la pratique de la Passion du Sauveur, 
le goût de la communion, l'amour de la souffrance 
imposée par Dieu et acceptée pour Lui. Elle éprou- 
vait, depuis lors, au [milieu des souffrances et des 
défaillances de son pauvre corps, ce calme, cette 
sérénité parfaite qui trahissait un cœur conquis par 
l'amour divin. De saintes affections d'une volonté 



L'EXTATIQUE. 73 

droite et généreuse répondaient aux lumières que 
Dieu faisait rayonner dans son âme, et ainsi s'ache- 
vait pour elle la période illuminatîve de son ascen- 
sion vers Dieu. Cette ascension ne se ralentissait 
plus. Insensiblement Lydvrine réalisait avec Dieu 
une union des plus étroites, que tra'hissaient chez 
elle un extérieur recueilli, une oraison continuelle, 
une piété ardente, une angélique modestie. Sa pa- 
tience, sa soif de soufifrances tenaient du prodige 
et allaient tout simplement jusqu'à l'héroïsme. 
Avec cela une abnégation, une égalité d'âme, une 
affabilité et une charité vraiment touchantes; de 
son lit — nous le verrons bientôt — elle devenait 
la conseillère, le génie bienfaisant de toute la cité. 
On commençait déjà à l'appeler couramment « la 
Sainte », sa vie avait tous les caractères de la 
perfection morale tels qu'on peut les atteindre ici- 
bas dans les voies ordinaires de la sainteté. Dans 
son humble simplicité, elle ne s'en doutait guère et 
elle était bien loin d'ambitionner des faveurs plus 
éminentes encore, dont elle ignorait jusqu'au nom. 
C'est vers 1407 que commença pour Lydmne 
la participation régulière aux dons les plus sublimes 
de Dieu. Depuis iSgg où elle avait compris et 
accepté, sous la direction de Jean Pot, sa vocation 
spéciale à la souflfrance, huit années s'étaient écou- 
lées dans les exercices ordinaires de la sainteté; 
maintenant Dieu lui-même devenait son maître ; 
c'est sous son action immédiate qu'elle fut introduite 
dans les mystères de la contemplation surnaturelle. 

SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 5 



74 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

Elle avait vingt-sept ans d'âge et quatorze de ma- 
ladie. C'est alors qu'on vit apparaître chez elle des 
caractères merveilleux qui allaient désormais 
accompagner ses visions et ses extases. Brugman ei 
Thomas a Kempis nous la montrent étendue sur son 
grabat de paille, immobile pendant des heures 
entières, insensible à tout ce qui se passe autoui 
d'elle, ne voyant, n'entendant, ne sentant rien, tous 
les sens semblant éteints. La respiration était comme 
arrêtée; d'autres fois, au contraire, elle était préci- 
pitée, haletante. Ses lèvres habituellement closes 
s'ouvraient parfois pour prier ou pour sourire, 
pendant que les yeux, d'ordinaire grands ouverts, 
semblaient fixés sur des scènes ravissantes ou sui 
des êtres invisibles qui lui souriaient ou lui parlaient- 
La figure était rayonnante et comme illuminée, 
avec des expressions vraiment angéliques. Sou- 
vent un reflet merveilleux jouait autour de sa tête, 
parfois même une vive clarté embrasait le lit et la 
chambrette de la pauvre infirme et donnait aux 
parents et aux voisins — quand ils n'étaient pas 
encore familiarisés avec ces faits extraordinaires — 
l'impression et la frayeur d'un commencement 
d'incendie. A-t-elle porté les stigmates ? Nous 
hésitons à le croire, bien que Brugman l'affirme 
dans la Vita Posteiior dont l'autorité historique 
est moins sûre et ne compense pas le silence absolu 
qui est gardé, sur un fait de cette importance, dans 
la P^ita Prioj' et dans la vie écrite par Thomas a 
Kempis. Par contre, le miracle plus grand encore 



L'EXTATIQUE. 75 

de la bilocatîon semble s'être produit plusieurs 
fois. Parfois aussi Lydwine était comme soulevée 
et restait suspendue dans le vide, au-dessus de son 
lit. 

Et que faisait-elle, que voyait-elle dans ces états 
extraordinaires? Fidèles échos des récits de la 
Sainte, une fois qu'elle était revenue à elle, ses 
historiens nous racontent les apparitions dont elle 
était favorisée ; les visites qu'elle recevait de Jésus- 
Enfant, de Jésus-Crucifié, de Jésus-Hostie ; les con- 
versations qu'elle avait avec son ange gardien ; les 
voyages qu'elle faisait, en sa compagnie, aux sanc- 
tuaires de Rome et de Terre Sainte, mieux encore, 
aux régions célestes, à travers des champs magni- 
fiques où roses et lys croissaient si drus — note 
Brugman — que l'ange devait soulever la voyante 
pour lui frayer un chemin. D'autres fois ses envo- 
lées commençaient par une visite à l'église parois- 
siale de Schiedam et à la statue très aimée de la 
Vierge. Parfois elles se bornaient à quelque monas- 
tère voisin, à sa chapelle, à son dortoir, où — 
dit l'historien — elle voyait les anges gardiens des 
Frères endormis, monter la garde au pied de leur 
lit. 

Au Calvaire, elle aidait Jésus à traîner sa croix, 
elle y était clouée avec lui, et mourait avec lui 
dans l'abandon et le miépris. Au purgatoire, elle 
voyait dans des puits de feu et de soufre, des âmes 
qui lui étaient connues, qui l'imploraient et à qui 
elle promettait de hâter leur délivrance par ses 



76 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

prières et par un redoublement de souffrances 
personnelles. Au Ciel, elle était admise à chanter 
des Alléluia avec les anges et les saints; tel jour 
elle y était couronnée de la main de Marie et elle 
chargeait son confesseur de porter cette couronne 
dans l'église paroissiale et de la déposer sur la 
tête de la statue miraculeuse, devant laquelle, 
jeune fille et en bonne santé, elle avait si souvent 
prié. Tel autre jour — raconte Brugman — son 
ange lui rapportait du Paradis un bâton merveilleux 
et odoriférant pour remplacer celui qui lui avait 
servi, jusque-là, pour ouvrir et refermer les rideaux 
de son lit. 

Auxjours de leur fête, elle voyait saint Ambroise 
ou saint Augustin, saint Jérôme ou saint Grégoire 
et le séraphique père saint François, quitter leur 
irône et venir s'entretenir avec elle. Trois ou qua- 
tre années avant sa mort, au jour de la Conversion 
de saint Paul, elle vit le grand Apôtre, rayonnant 
de gloire et revêtu d'un manteau tout constellé 
d'or et de pierreries. Parfois, c'était mieux encore. 
Elle voyait entrer chez elle le Seigneur Jésus, 
entouré d'un brillant cortège d'anges et de saints. 
Il s'arrêtait devant son lit, s'asseyait à la table de 
sa modeste chambrette, et donnait à Lydwine une 
nourriture réconfortante et céleste. 

Telle autre nuit, raconte Brugman, elle vit dans 
une lumière, éblouissante comme celle du soleil, 
une longue théorie de saints précédée de croix et 
de flambeaux. Les Patriarches marchaient en tête, 



L'EXTATIQUE. 77 

puis venaient les Prophètes, les Apôtres, les Con- 
fesseurs, les Vierges, des Prêtres et des Laïques. 
La procession sortait de l'église de Schiedam et 
se rendait à la maison de la voyante où elle venait 
chercher un cercueil; la Sainte comprit que Dieu 
allait lui demander bientôt le sacrifice de sa nièce 
Pétronille. 

Nous ne suivrons pas les historiens de la Sainte 
dans le détail et les variétés de ces récits merveil- 
leux. Il est possible que plus d'une fois Brugman 
et Thomas a Kempis ont parlé d'extases et de vi- 
sions surnaturelles, là où parfois il n'y avait que 
de ces états exceptionnels dont les maîtres des 
sciences expérimentales ont depuis lors mieux 
arrêté les caractères étranges mais toujours natu- 
rels. Tous les théologiens, à la suite de saint 
Thomas d'Aquin ^, nous avertissent que la simple 
aliénation des sens n'est pas l'extase divine et que 
celle-ci peut même avoir ses contrefaçons humaines 
ou diaboliques. Elle est due à des causes diverses, 
acuité de l'attention, excès de douleur, ou de joie, 
épuisement de la nature et parfois tout au contraire 
à son exubérance, jeu combiné et mieux exploré, 
maintenant, des forces de l'imagination, de la 
nervosité et de la sensibilité humaines. L'obser- 
vation journalière confirme, à sa façon, cette 
vérité : l'enfant est aveugle et sourd au danger 
quand il fixe le beau papillon qu'il poursuit; 

I. Summa Tkeol. U^^ IP*". q. ijS. 



78 SAINTE LTDWINE DE SCHIEDAM. 

l'homme qui soufifre ou jouit à l'excès se tient 
là comme interdit et hébété. La a sortie des sens » 
peut exister, durer même un temps considérable, 
sans intervention surnaturelle. Toutefois, en fai- 
sant aussi large que possible la part des causes 
naturelles qui pouvaient provoquer chez Lydwine — 
elle était et restait femme — des phénomènes 
extraordinaires mais foncièrement naturels, on 
observait chez elle le caractère spécifique auquel 
saint Thomas reconnaît l'extase divine : une sortie 
des sens déterminée par une intervention directe 
de Dieu, qui élève cette âme à des actes surnaturels. 
Intervention divine, élévation de l'être, qui ne sont 
pas contraires mais supérieures à la nature de l'âme 
qui en est favorisée. Ses facultés ne sont pas trou- 
blées mais agrandies dans leur champ d'action, 
perfectionnées dans leur mode d'exercice. Etat 
nettement caractérisé, que les théologiens classent 
d'emblée parmi les grâces gratuitement données 
et parmi les dons du Saint-Esprit. Quand Lydwine 
quittait ses sens, son âme venait d'être saisie par 
Dieu lui-même. D'ordinaire, ce saisissement avait 
lieu d'une façon lente et progressive ; quelquefois 
aussi il se produisait d'une manière subite et impé- 
tueuse. Mais « ravissement ordinaire » ou « vol de 
l'esprit », pour employer les mots consacrés, l'extase 
de Lydwine n'allait jamais sans une véritable 
transformation de ses facultés d'agir. Celles-ci 
n'étaient plus les facultés de l'homme, elles se rap- 
prochaient de celles de l'ange. Son âme semblait 



L'EXTATIQUE. 79 

s'être échappée du corps ; son intelligence contem- 
plait d'esprit à esprit; sa volonté n'était qu'amour 
et désir de Dieu ; toute son iexistence, à ces heures- 
là, semblait une image de la vision béatifique qui 
forme le bonheur éternel. Et néanmoins ces joies 
alternaient avec des douleurs, des inquiétudes, 
provoquées par la véhémence même de son amour. 
Elle connut ces heures d'angoisse et de délaisse- 
ment où l'âme, aux abois, jette le cri de Jésus 
expirant : mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez- 
vous abandonné? cette nuit obscure où, craignant 
de perdre son Dieu pour l'éternité, elle demande 
en grâce de pouvoir au moins L'aimer d'autant plus 
en cette courte vie et ces folies d'amour où, avec 
saint Augustin et le séraphique sair^t François d'As- 
sise, elle aurait voulu être Dieu pour redevenir 
créature et faire son Bien- Aimé Dieu à sa place *. 
Un autre caractère que ses historiens relèvent à 
l'envi , est qu'elle reste consciente de sa mission de 
victime jusque dans ses ravissements. Certes, elle 
jouissait dans ses visions, voyant Jésus lui parler, 
Marie lui sourire, les anges l'admettre dans leur 
familiarité et a leurs cantiques célestes. Mais, 
aussitôt après, elle se souvenait de saint Paul 
voulant être anathème pour ses frères; elle priait, 
intercédait, demandait grâce pour les âmes du pur- 
gatoire, pardon pour les pécheurs et s'offrait à 

I . « A quel degré m'aimes tu ? — Seigneur, je vous aime 
tant, que si j'étais Dieu et vous Augustin, je voudrais être 
Augustin et vous laisser devenir Dieu. » 



80 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

retourner vite sur la terre pour souffrir, souffrir 
toujours, souffrir plus encore qu'elle ne souffrait 
déjà. Chaque fois cette prière de Lydwine était 
exaucée. Ses extases — Brugman et Thomas a 
Kempis sont formels à cet égard — étaient toujours 
suivies d'un surcroît de souffrancl&s aiguës. Elle 
les acceptait avec simplicité et force d'âme, avec 
joie et avec entrain, non pas en passant mais sans 
jamais se lasser. Elle avait la passion de la souf- 
france. Benoît XIV, qui donne à Lydwine le nom 
de « Vierge remarquable », « inciytœ Virginis », 
à l'endroit même de son immortel ouvrage où il 
traite des douleurs acceptées par les Serviteurs de 
Dieu pour son amour ^, aura pu vérifier dans celte 
avidité «qu'avait la Sainte pour la croix, l'un des 
caractères du véritable héroïsme qui fait les Saints 
et les Martyrs. 

Ne nous étonnons pas, après cela, que Lydwine 
ait employé, pour raconter ses visions, le langage 
de son siècle et des personnes de son humble con- 
dition. Le Paradis, où elle pénètre, est, sur ses 
lèvres et sous la plume fidèle de ses historiens, ce 
qu'il fut de tout temps, ce qu'il restera toujours 
pour les âmes simples et naïves : un lieu de délices, 
avec de beaux jardins et des parterres odorants, 
avec des bosquets et des arbres chargés de fruits, 
avec des oiseaux et des agneaux, avec de belles 



I. Bened. XIV. De Bealif. et Canoniz.ServorumDei.L. III. 
cap. 3o. n. 7. 



L'EXTATIQUE. 81 

fontaines et des lacs aux poissons d'or, avec des 
ruisseaux limpides et des fleuves majestueux, avec 
des châteaux et des palais où abondent le marbre 
et l'or; bref, un lieu de toute^richesse et de toute 
beauté que domine un firmament plus étoile que 
le nôtre, et qu'éclaire un soleil bien plus étincelant. 
Il ne manque à la description que les traditionnelles 
« hautes montagnes et les vertes collines ». Mais 
elles n'ont pu entrer dans l'imagination d'une 
enfant des Pays-Bas qui n'avait jamais voyagé. 

Tout autre sera, lorsqu'ils parlent du Paradis, 
le langage du docteur ou du poète chrétien. Au 
sortir de leur méditation des grandeurs divines, 
saint Augustin et saint Thomas d'Aquin, sainte 
Thérèse d'Avila et saint Jean de la Croix écriront 
des pages admirables de doctrine et de piété; 
pendant que Dante, Caldéron et Vondel, le com- 
patriote de Lydwine, traduiront leur émotion en 
accents sublimes de lyrisme. Quant à Lydw^ine, 
femme illettrée et fille du peuple, elle raconte avec 
simplicité mais avec la suave onction des âmes 
naïves, les magnificences qu'elle a entrevues et 
dont, comme saint Paul, elle se déclare incapable 
de balbutier avec quelque justesse l'inefiFable gran- 
deur. Nous comprenons aussi que ses historiens — 
Brugman surtout — aient encore renchéri sur la 
Sainte quand ils reproduisent ses récits et qu'ils les 
interprètent*. La simplicité de leur langage fait 

I . Parfois pourtant il est pltis réservé, plus critique, ose- 

5. 



M SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

mieux ressortir la sincérité de leur narration. 
Quand Aristote et les grands Scholastîques, dans 
leurs Traités, saint Bonaventure et saint François de 
Sales, dans leurs livres ascétiques, nous citent des 
traits empruntés à l'histoire naturelle de leurtemps, 
les comparaisons qu'ils emploient nous font sou- 
vent sourire par leur naïveté et par l'excès même 
de leur inexactitude sans que le respect dû à de tels 
maîtres et aux principes qu'ils établissent en re- 
çoive, dans notre esprit, la moindre atteinte^. De 
même aussi, le langage imagé et parfois enfantin 
que la manière et le goût du temps imposaient aux 
historiens de notre Sainte, n'infirme en rien la 
confiance qu'ils nous inspirent pour le côté sur- 
naturel de la Vie de Lydwme. Les Bollandistes 
d'autre part nous avertissent, maintes fois, que 
leur tâche se borne à publier et à critiquer les do- 
cuments et non à se porter garants <le la vérité des 

rions-nous dire. Quand, par exemple, il raconte que de tel 
pèlerinage aux sanctuaires de Rome, Lydwine a rapporté au 
bras quelques blessures d'ëpines, il ajoute ces mots caraclé- 
risliques : « Elle croyait (putabat) avoir été ravie même avec 
son corps. Mais la manière, dont ont pu se faire ces ravisse- 
ments corporels, son ange le sait » et semble-t-il sous en- 
tendre — son ange seul pourrait nous le dire. Prior. 53. — 
Item. Kempis. Pohl. S^S, 

I. « Communies souvent, Philotee et croys moi, les 

« lièvres deviennent blancz parmi nos montagnes en hiver 
« parcequ'ilz ne voyent, ni ne mangent que la neige, et à 
« force d'adorer et manger la beauté, la bonté et la pureté 
« mesme en ce divin Sacrement vous deviendres toute belle, 
« toute bonne et toute pure. » (St François de Sales. Introd. à 
la Vie Dév. II. chap. 21, OEuvres com.pl. T. 3. Annecy iSgS). 



L'EXTATIQUE. 83 

événements qui y sont racontés. En parlant des 
bilocadons de Lydwine le commentateur sort de son 
habituelle réserve et conclut dans une note toute 
personnelle par ces mots : « Voilà un seul et même 
« corps qui se trouve dans sa maison, vivant mais 
<c malade, déformé, sans sensations, et tout à la 
<(. fois plein de santé et de capacité pour tous les 
« mouvements possibles, dans d'autres lieux où il 
« est transféré. Cela dépasse notre intelligence 
« mais non pas notre foi. Celle-ci nous apprend 
« qu'il y a chez les saints beaucoup de faits au- 
« dessus de l'ordre de la nature et nous les croyons 
« avec une admiration respectueuse i. » 

En effet, le surnaturel abonde non seulement 
dans l'Evangile et dans les annales de l'Église an- 
cienne mais aussi dans l'histoire d'une foule de 
saints personnages qui ont vécu plus près de nous 
et dont les faits et gestes sont restés constamment 
à la portée du contrôle le plus minutieux, de la 
critique la plus exigeante ~. La possibilité, la réalité 

I. « Quomodo unum idemque Virginis Corpus eodcm 
lempore simul manserit in suo tuguriolo, vivum sed morbi- 
dum atque déforme et sensationum expers : itemque in istis 
locis sanum et ad quosvis motus membris omnibus expedi- 
tum; licet captum nostrum superet non tamensuperatfidem, 
qui ejnsmodi supra naturae ordinem facta, in Sanctis aliis 
novimus et cum admiratione credimus». Act S, S. AprilisII. 
Ânnotata sub litt. a. p. 342. 

a. Qu'on se rapporte par exemple à la vie du saint curé 
d'Ars, de Catherine Emmerich, de Louise Lateau, etc. etc... 
— Saint Vincent de Paul ayant appris la dernière maladie 
de sainte Chantai et sMtant mis à genoux pour la recom- 



84 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

de nombreux faits surnaturels ne sont niées que par 
une science aveugle ou incomplète. Pour nous, il ne 
saurait y avoir de doute. Dans le jugement à porter 
sur les visions et les miracles de Lydwine nous nous 
en remettons avec confiance, à la prudente sagesse 
de l'Eglise . Nous ne la voyons pas commettre son 
autorité infaillible dans l'appréciation du particu- 
lier et du détail de ces dons extraordinaires. Mais 
nous remarquons aussi qu'elle a toujours blâmé et, 
au besoin, condamné ceux qui veulent poser des 
limites à l'action de Dieu sur la créature et qui sou- 
mettent aux mesquines convenances de la raison 
humaine l'exercice de sa Toute-Puissance et de sa 
Bonté. 

mander à Dieu, vit l'âme de la Sainte monter au ciel comme 
un globe lumineux qui allait s'unir à un globe plus lumineux 
encore (l'âme de saint François de Sales) avant d'aller se perdre 
dans un troisième globe, vrai soleil de lumière et de gloire, 
qui représentait l'Essence divine . La même chose se repré- 
senta à la première messe qu'il célébra pour la défunte. Ce 
fut l'unique vision, mais vision très réelle qu'eut ce Saint, 
homme calme et rassis, s'il en fût, et âgé alors de soixante ans. 
Lui-même la raconte dans une attestation écrite de sa main. 
Elle se termine par ces paroles caractéristiques de l'habi- 
tuelle prudence du. Saint : « ce, qui peut faire douter de cette 
vision, c'est que cette personne — il s'agit de lui-même — 
a une si grande estime de la sainteté de cette âme bien- 
heureuse, qu'il ne lit jamais ses réponses sans pleurer, dans 
l'opinion qu'il a que c'est Dieu qui a inspiré ce qu'elles con- 
tiennent... et que cette vision est, par conséquent, un effet 
de son imagination. Mais. ce qui fait penser que c'est une 
vraie vision est qu'il n'est point sujet à aucune et n'a jamais 
eu quecelle-ci ». Saint Fincent de Paul, tome i3. p. 127. 
edit. Coste. Paris, Gabalda Lecoffre, 1924- 



L'EXTATIQUE. 85 

Aucune erreur n'est possible sur la réalité de 
l'ensemble des faits racontés dans la Fie de sainte 
Lydwine. Depuis l'époque où le renom de ses souf- 
frances et de ses visions s'était répandu au loin, la 
chambre de la malade était devenue comme une 
place publique où tout se passait au grand jour. 
C'était un mouvement incessant de visiteurs amenés, 
pour la plupart, par une admiration sincère mais 
souvent aussi par une curiosité sceptique et par 
un désir, à peine dissimulé, de surveillance défiante 
et moqueuse. 

Plus nous étudions les documents dé cette his- 
toire, plus la vie de la grande extatique nous appa- 
raît comme remplie d'événements surnaturels, réels 
et indéniables. De son vivant déjà, Lydwîne était 
entrée dans la légende. Non dans une légende, 
synonyme d'irréel et d'inventé, mais dans ce sur- 
croit d'attributions merveilleuses qui soulignent et 
confirment, chez un personnag^e, un riche fonds 
de faits miraculeux incontestables. Devant le nom- 
bre et l'évidence des événements extraordinaires 
les concitoyens et les nombreux visiteurs de la 
Sainte finirent par créer autour de sa personne, une 
véritable atmosphère miraculeuse où les inévitables 
amplifications populaires ne faisaient que broder 
sur toute une trame de faits réels et avérés. 

Quant à Lydwine elle-même, ces faveurs 
extraordinaires ne l'étonnaient plus : elle les atten- 
dait et s'y préparait ; elle souffrait cruellement 
quand Dieu parfois les lui retenait et elle les 



86 SAINTE LYBWINE DE SCHIEDAM. 

savourait avec d'autant plus d'avidité quand II les 
lui rendait. Elles lui étaient devenues comme natu- 
relles et toutes familières. Elles étaient pour la 
pauvre crucifiée la compensation céleste de ses into- 
lérables souffrances, le baume exquis que le Bien- 
aimé appliquait, Lui-même, sur des plaies qui ne 
saignaient que pour des fautes d' autrui. 



CHAPITRE VII 



MAITRE ANDRE 



Parmi les communications les plus célèbres de 
Lydwine avec le monde supérieur, il en est une, 
à laquelle se trouve intimement mêlé le nom du 
curé de Schiedam, maître André, Prémontré de 
l'Abbaye de Mariënweerd. Son arrivée à la cure 
de Sebiedam semble remonter à 1407; Lydwine 
avait alors vingt-sept ans. D'après les historiens 
de la Sainte, c'était un homme égoïste et terre à 
terre. Un jour qu'il avait tué des chapons, pour 
recevoir à dîner les magistrats de la ville, Lydwine 
lui demanda la graisse d'une de ces volailles pour 
la composition des cataplasmes prescrits par Go- 
defroy Sonderdank. L'homme avare la rebuta. Et 
il dut mettre dans le refus tant de sans-gêne, que 
la malade lui répliqua : « Les rats vous les man- 
geront jusqu'au dernier ». Et bientôt Jean Pot 
vint — avec quelque malin plaisir, note Brugman 
— annoncer à Lydwine que la prédiction s'était 
accomplie à la lettre. 



88 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

Quelque temps plus tard, Lydwine s'enhardit à 
lui demander des pommes, d'une espèce qui ne 
croissait que dans le jardin de la cure. Le premier 
mouvement de maître André fut encore de faire 
des difficultés. Mais — continue impitoyablement 
Brugman — le curé se rappelant à temps la précé- 
dente aventure s'exécuta, non tant par charité que 
par crainte d'une nouvelle déconvenue. Sans exa- 
gérer leur importance, ces menus faits laissent 
déjà entrevoir que maître André n'était pas le pas- 
teur que nous aurions aimé rencontrer au chevet 
d'une telle malade. Il trouva le moyen de lui sup- 
primer encore quelques-unes des rares commu- 
nions auxquelles elle était admise, et ^ quand il 
entendait sa confession, il affectait de n'ajouter 
aucune foi aux faveurs extraordinaires dont elle lui 
faisait le récit. Il ne venait la voir que rarement et 
ne prenait même pas la peine de dissimuler le peu 
de cas qu'il faisait de sa personne. Nous préfé- 
rons maintenant laisser la parole à Brugman. 

« Le curé estimait impossible que Lydv\rine pût 
rester en vie sans prendre de nourriture et pendant 
longtemps ce n'est qu'avec répugnance qu'il lui 
portait la sainte communion. Finalement, vers 
i4i3, il conçut le projet de mettre Lydwine à 
l'épreuve et de s'assurer si elle vivait uniquement 
de la grâce de Dieu, comme on le disait autour 
d'elle. Informé de ce dessein, l'ange de Lydwine 
la prévint et n'omit rien pour la préparer à la ten- 
tation. 



MAITRE ANDRÉ. 89 

« Sur cette perspective peu encourageante ar- 
riva la fête de la Nativité de Marie, et Lydwine fit 
demander au curé de lui porter la sainte commu- 
nion. Le curé se hâta de venir. Il entendit la con-< 
fession de la malade mais lui donna, au lieu de la 
sainte Eucharistie, une hostie non consacrée. Il 
croyait que la malade s'en contenterait, mais le 
piège échoua. Lydwine, ne pouvant avaler cette 
hostie, comprit qu'elle n'était pas consacrée et la 
rejeta. A cette vue, le curé, feignant une grande 
indignation, réprimanda avec sévérité la malade, 
lui reprochant d'avoir traité irrespectueuseinent le 
corps de Notre-Seigneur. Mais elle répondit : Mon 
Père, me croyez-vous dénuée de jugement et inca- 
pable de discerner le corps de mon Sauveur d'avec 
du pain ordinaire non consacré? Je puis prendre 
et avaler facilement le corps de Jésus, mais je ne 
puis garder, sans le rendre aussitôt, du pain ordi- 
naire. A ces mots, confus de se voir découvert, le 
curé se leva et s'en retourna à l'église, emportant, 
sans la donner à la malade, la sainte Eucharistie 
qu'il avait aussi sur lui. Lydwine resta dans une 
grande tristesse, parce qu'elle était privée de la 
communion, et parce qu'elle voyait la dureté et le 
manque de foi de son curé ^ . » 

Nous comprenons en effet, combien dût être 
douloureuse pour Lydwine et pour sa piété cette 
épreuve d'un genre tout nouveau. C'est toujours 

I. Prier, ii8 seq. 



90 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

un grand délaissement pour un malade que celui 
qui lui vient du prêtre. Cloué sur son lit, il ne 
peut aller trouver un autre confident de son choix, 
ni se rendre à l'église pour se mêler à l'assemblée 
des fidèles, participer aux sacrements, entendre la 
parole de Dieu. La soufifrance, de quelque nature 
qu'elle soit, perd tant de son amertume dans un 
confessionnal, sur un banc de communion, devant 
un tabernacle. Le malade doit tout attendre, après 
Dieu, de ceux qui daignent venir le voir. Pour des 
infirmes comme Lydwine, la plus pesante des croix 
est précisément cette complète dépendance d'au- 
trui pour avoir quelque part aux secours divins 
que tant de gens bien portants savent apprécier si 
peu. Le réconfort qu'elle avait trouvé dans le cha- 
ritable dévouement de Jean Pot, elle l'avait attendu 
en vain de maître André depuis les quatre ou cinq 
années qu'il occupait la cure de Schiedam. Le 
peu de délicatesse du pasteur, son égoïsme, son 
avarice, la rareté de ses visites ne rétorinaient plus ; 
elle savait que'des situations humbles, coiçme la 
sienne, n'intéressent que médiocreitnent des âmes 
de la trempe de maître André : elle en avait pris 
son parti. Maintenant c'était la suprême douleur ; 
elle se voyait non plus seulement négligée et dé- 
laissée, mais méconnue et soupçonnée par celui-là 
même qui demeurait, malgré tout, aux yeux de 
sa foi simple et ingénue, le représentant du Bon 
Dieu. Maître André boudait; il s'obstinait; iV ne 
revenait plus voir la malade et ne lui portait plus 



MAITRE ANDRÉ. 91 

la sainte communion. Il semble même avoir pris 
ses mesures pour que les autres prêtres eussent à 
passer la maison de Lydwine quand ils portaient 
le Bon Dieu aux malades de la paroisse. Et cet 
état se prolongeait : la communion avec l'hostie 
non consacrée avait eu lieu le 8 septembre et 
l'on était maintenant au début de décembre. Ce 
furent, pour Lydw^ine, trois mois bien douloureux. 
Des heures d'angoisse j le plus terrible de tous 
les supplices; véritable désarroi de l'âme, où, 
désemparée, elle ne sait plus que penser et où elle 
répète le cri du Sauveur en agonie : mon Dieu, 
mon Père, que ce calice passe loin de moi ! Mais, 
comme Jésus, elle reçut, elle aussi, la visite de 
son ange qui vint la consoler et la réconforter. Il 
lui annonça que si le curé, dispensateur infidèle, 
lui avait infligé une grande peine. Dieu Lui-même 
allait se manifester à elle. Nous rendons la parole 
à Brugman : 

« Cette tristesse de Lydveine dura jusqu'à la fête 
de l'Immaculée Conception. Ce jour-là, à rheure 
où se disaient, à l'église, les premières messes, 
l'ange de Lydvsdne lui apparut, remplissant la 
chambre de la malade d'une grande clarté. Il la 
consola avec tendresse et lui annonça, qu'en échange 
de la grande peine que lui avait causée son curé, 
en lui donnant du pain ordinaire pour le corps de 
Notre-Seigneur, elle verrait bientôt, dans sa chair 
et dans son sang le Dieu Sauveur crucifié et mort 
pour elle. A cette même heure se trouvaient encore 



92 SAINTE LYDWINE DÉ SCHIEDAM. 

présentes dans l'appartement voisin, prêtes à par- 
tir, quelques personnes qui étaient venues consulter 
Lydwine et lui demander la guérison d'un jeune 
enfant malade. Quand elles virent cette vive clarté 
dans la chambre, elles crurent a un commencement 
d'incendie et rentrèrent précipitamment pour 
éteindre le feu, mais la malade les rassura et. les 
congédia. 

« Le lundi, avant- veille de saint Thomas — la 
fête tombait cette année un mercredi — il était huit 
ou neuf heures du soir, quand sa chambre fut, de 
nouveau, illuminée d'une grande clarté. Lydwine 
en fut éblouie lorsqu'elle, vaquait, les yeux fermés, 
à ses exercices accoutumés. Aussitôt elle ouvrit les 
yeux et elle aperçut, au pied du . lit, une croix 
semblable, pour la forme et la dimension, à celles 
dont on se sert pour administrer un malade. A cette 
croix se trouvait attaché, en chair et en sang et 
avec cinq plaies, un enfant vivant qu'elle reconnut 
être l'Homme-Dieu, Jésus-Christ, qui a été crucifié 
pour nous. Or pendant que, amoureusement, elle 
lui parlait et le remerciait, elle vit l'apparition mon- 
ter jusqu'au plafond, au-dessus d'elle, comme pour 
s'en aller. Ne pouvant contenir son amour, Lydwine 
s'écria : Seigneur, si réellement c'est vous et si déjà 
vous voulez me quitter, laissez moi, je vous en sup- 
plie, un signe qui me certifie votre visite et qui me 
fasse me souvenir de vous. Aussitôt l'enfant, qui 
faisait semblant de vouloir «'en aller, redescendit 
devant elle et prit la forme d'une hostie un peu 



MAITRE ANDRE. 93 

plus grande que celles qu'on donne aux laïques 
mais plus petite que celles dont usent les prêtres 
pour dire la messe. Cette hostie était entourée 
d'un cercle de rayons très lumineux et elle planait 
devant Lydwine, au pied de son lit, au-dessus du 
linge dont la malade était couverte. Elle avait, 
comme le Christ crucifié, cinq plaies saignantes, 
aux mains, aux pieds et au côté droit. Celle du côté 
portait du sang coagulé de la grandeur d'un petit 
pois. 

(c A cette vue, le cœur de Lydwine se mit à battre 
si violemment que sa poitrine en fut oppressée et 
qu'elle pensa mourir. On appela Catherine, la 
femme de Simon le barbier; elle mit sa main sur 
lapoitrine delà malade pour conjurer l'oppression et 
pour empêcher qu'elle ne succombât sous la violence 
des battements du cœur. D'autres aussi qui étaient 
accourus, virent nettement l'hostie aux cinq plaies 
saignantes; de ce nombre étaient, avant tout, le 
vieux Pierre, père de Lydwine, Guillaume son frère, 
Pétronille sa nièce, ainsi que plusieurs voisines, 
Marguerite, Agathe et Wivina dont les unes virent 
les cinq plaies de l'hostie, d'autres n'en distinguè- 
rent que quatre i. » 

Dans ce récit de Brugman, plein de charme 
et d'onction, Lydwine nous apparaît en ravis- 
sement et au comble du bonheur. Mais, même au 
Thabor elle allait, selon son habitude, goûter 

I. Prior, iig, seq. 



94 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

les amertumes du Calvaire. Quand avait com- 
mencé la céleste apparition, elle avait, tout de 
suite, envoyé son frère Guillaume prévenir le curé. 
Celui-ci était déjà couché, mais il se leva et 
accourut aussitôt. Il fut lui-même témoin de l'ap- 
parition, mais il s'obstina à la méconnaître et à n'y 
voir qu'une illusion diabolique. Ce n'est qu'après 
bien des refus et pour se débarrasser des importu- 
nités de Lydwine qu'il se rendit aux vives instances 
de la malade qui lui demandait cette hostie en 
communion. Quand elle l'eut reçue, elle ne la 
rendit pas, elle qui était incapable de garder la 
moindre goutte d'eau. 

Maître André voulait avoir le dernier mot 
contre l'évidence même. « Le lendemain — con- 
tinue Brugman — à la première messe, le curé 
demanda à tous les fidèles présents de vouloir bien 
dire encore un Pater et un Ave Maria pour^Lydwine, 
afin que la malade, faible de tête et troublée la 
nuit dernière par des illusions diaboliques, restât 
ferme dans ses grandes souffrances. Là-dessus, 
il prit le Saint-Sacrement et, suivi d'une grande 
multitude, il se rendit à la maison de Lydwine. En 
entrant, il ordonna à tous les assistants de se mettre 
à genoux et de dire un Pater et un Ave, en l'hon- 
ijeur de Dieu et pour le salut de la malade. Ensuite 
il leur parla en ces termes : Mes amis, sachez que 
le démon a été ici cette nuit, pour tenter cette 
malade par une hostie non consacrée où Dieu 
n'était pas présent. Pour attester Ja vérité de mes 



&IAITRE ANDRE. 95 

paroles je suis prêt à me laisser brûler vif comme 
je le ferais pour la présence réelle de l'H&mme- 
Dieu dans le Sacrement. Je vais pourtant lui donner 
la sainte communion, afin qu'elle puisse déjouer 
courageusement les ruses du démon et je vous 
demande de vouloir dire encore un Pater et un 
Ave, afin que cette communion profite au salut 
éternel de la malade. Ayant dit cela il s'approcha 
de Lydwine, qui lui répondit doucement : Mon 
Père, vous n'avez pas bien dit : car ce qui est arrivé, 
cette nuit, n'était pas une illusion du démon. Déjà 
avant l'événement, je vous avais informé de tout ce 
que mon ange m'avait prédit, espérant que vous 
auriez moins de peine aie croire. Ne vous ai-je pas 
révélé bien d'autres secrets qui devraient vous con- 
vaincre que la grâce de Dieu opère en moi ? Je vous 
en prie, ne dites plus que j'ai été victime d'une 
tentation ou d'une œuvre diabolique. Le curé per- 
sévéra dans son sentiment j il engagea Lydw^ine à 
tout souffrir avec patience, lui donna la sainte 
communion et s'en retourna à l'église \ » 

Pendant ce temps un gros orage se préparait 
contre le curé de Schiedam. Sauf le démenti res- 
pectueux mais ferme que la Sainte avait opposé 
aux insinuations de maître Andréjj Lydwine n'a- 
vait laissé échapper aucun mot de plainte ni de 
blâme contre le pasteur infidèle. Mais il n'en était 
pas de même du peuple. La clarté qui avait illu- 

I. Prior, 124, seq. 



96 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

miné la chambre de la malade, le récit d'une ap- 
parition céleste et d'une hostie miraculeuse dont 
avaient été témoins ses parents et ses voisins, 
récit qui circulait maintenant de bouche en 
bouche, la visite inopinée et à une heure tardive 
du curé qui, depuis trois, mois, n'avait plus remis 
les pieds chez elle, son retour le lendemain de 
grand matin, mais par-dessus tout, les paroles 
imprudentes prononcées à l'église et à la maison 
de la malade par le prêtre, qui était allé jus- 
qu'à, traiter de folle et de possédée du démon cette 
femme que tout Schiedam vénérait, c'était plus 
qu'il n'en fallait pour intriguer d'abord et exaspérer 
ensuite le sentiment populaire. Le mépris que 
maître André venait d'afficher à l'endroit de Lyd- 
wine, joint sans doute au mécontentement, long- 
temps contenu, qu'avait inspiré l'avarice sordide 
du pasteur, tout cela fit explosion et détermina un 
véritable mouvement populaire contre le curé. Les 
magistrats accoururent. Ils cherchèrent à s'entre- 
mettre et à calmer les esprits en rapportant au 
peuple les explications du curé. D'après lui, la 
malade avait été bel et bien le jouet du démon qui 
lui avait laissé une hostie de maléfice. Le peuple 
protesta, cria au mensonge, opposa à la déclaration 
du prêtre les affirmations contraires de témoins 
dignes de foi. Il le somma de dire ce qu'il avait 
fait de l'hostie miraculeuse. Pris de peur, le curé 
s'embarrassa, se contredit, rétracta une minute 
après ce qu'il avait avancé un instant auparavant. 



MAITRE ANDRE. 97 

L'indignation devint générale; elle prit un carac- 
tère si menaçant que les magistrats, pour préve- 
nir un malheur, durent conseiller à maître André 
de ne plus se montrer en public. Et ils ne réus- 
sirent à calmer la foule, qu'en lui promettant que 
les autorités ecclésiastiques supérieures allaient 
être saisies de l'aflfaire et qu'elles établiraient lés 
responsabilités et les sanctions nécessaires. 

En effet, était-ce à la suite d'un avertissement 
providentiel reçu en songe, comme prétend 
Brugman, ou d'un appel d'urgence, ou simplement 
par pur hasard? toujours est-il que dès le vendredi 
suivant, le Coadjuteur de Frédéric de Blanken- 
heym, Mathias, évêque titulaire de Bidnane, arrivait 
à Schiedam, accompagné de Jean le Clerk, doyen 
du Schieland, et de plusieurs docteurs et ecclé- 
siastiques de distinction. Tout le cortège se 
rendit à la maison de Lydwine avec maître André 
que les historiens représentent comme tout décon- 
tenancé. A l'arrivée de ses supérieurs hiérarchiques 
il avait secrètement fait conjurer la Sainte, pour 
l'amour de Dieu, de vouloir bien excuser son igno- 
rance et de le tirer prudemment du mauvais pas 
où il se trouvait engagé. Lydvdne reçut l'ordre 
de s'expliquer, en toute liberté, sur les événements 
du 'lundi précédent. Elle rappela et confirma les 
faits, comme nous les avons exposés. D'autre part, 
Pierre le père, Guillaume le frère de Lydwine et 
tous, ceux qui avaient été témoins du prodige firent 
leur déposition devant les magistrats que le Goad- 

6 



98 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

juteur avait commis pour ,les entendre. Lydwine 
dans sa déposition avait insisté sur deux points : 
elle avait demandé le secret, tant qu'elle vivrait, 
sur les faveurs que Dieu lui avait faites. Mais elle 
avait surtout fait promettre par les juges que sa 
déposition ne nuirait, en rien, à la réputation et 
à la situation de maître André. Cette dernière 
prière de la Sainte est particulièrement touchante 
et elle prouve, une fois de plus, en faveur de son 
bon cœur et de son inaltérable charité. Mais il est 
probable que la religion des juges était déjà suffi- 
samment éclairée sur la sentence qu'ils avaient à 
porter. Quelle fut-elle? Brugman se contente de 
dire — nous le citons de nouveau textuellement — : 
« L'évêque loua Dieu de l'amour ineffable qu'il 
avait témoigné à Lydwine, en lui donnant ce 
signe, et il consacra, au service des autels, le 
linge sur lequel avait plané l'hostie ^ ». Toutefois 
maître André ne fut pas privé de sa cure. Selon 
toute vraisemblance, son supérieur hiérarchique 
dut lui faire des reproches d'avoir ignoré et mé- 
connu, par sa faute, le grand trésor que Dieu avait 
confié à sa garde. N'aurait-il pas dû se montrer 
plus charitable à son égard, lui qui connaissait, 
mieux que personne, l'obéissance de Lydwine à 
son autorité de prêtre et de pasteur, sa grande 
piété, sa sincérité absolue, la réputation de sain- 
teté dont elle jouissait universellement et les pro- 

I. Prior. iij. 



MAITRE ANDRÉ. 99 

diges que Dieu accomplissait en elle et par elle? 
Maître André — nous le disons à son honneur — 
profita de l'avertissement. Car après le départ de 
Mathias, on constata que le curé de Schiedam 
montrait plus de bonté à l'égard de la sainte malade. 
Dorénavant il lui porta la sainte communion tous 
les quinze jours et cette fidélité — Brugman lui- 
même le remarque — ne se démentit plus jusqu'à 
sa mort. 

Celle-ci semble être arrivée en i4i3. Là peste 
sévissait à Schiedam, et Lydwine, elle aussi, en 
fut atteinte. Maître André était venu lui porter la 
sainte communion et entendait, auparavant, sa 
confession. Comme s'il voulait se mettre en garde 
contre la contagion, il se bouchait les narines et 
la bouche ce qui n'échappa pas à la Sainte. Elle 
l'assura, de la part de Dieu, qu'elle ne serait pour 
personne, occasion de maladie. Mais avec cette 
sainte liberté dont mieux que personne les saints 
ont le secret, elle avertit son confesseur de mettre 
ordre à sa conscience car « il la précéderait au 
tombeau, son heure ne tarderait pas à venir ». 
Maître André le prit en plaisantant ; mais l'année 
n'était pas .finie qu'il fut atteint par le mal. Lyd- 
wine réitéra ses charitables remontrances ; elle lui 
dévoila des injustices commises et pas encore répa- 
rées. D'après Brugman, maître André ne voulut 
pas se rendre à son devoir et mourut impénitent. 

Son successeur à la cure de Schiedam fut Jean 
Engels de Dordrecht. Le nouveau curé mit quel- 



100 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

que temps à vaincre, lui aussi, des hésitations et 
des préjugés à l'endroit d'une malade si extraor- 
dinaire. Mais quand il eut compris la sainteté et 
les voies merveilleuses par lesquelles Dieu menait 
Lydwine, il fut toujours pour elle d'une grande 
bonté. Il lui servait de confesseur et lui portait 
régulièrement la sainte conimuniôn. Toutefois^ 
comme si nul genre d'épreuve ne devait être épar- 
gné à la Sainte, Jean Engels la peina beaucoup par 
le peu de dignité de sa vie privée. L'âme si pure 
de Lydwine en éprouva un indicible chagrin. 
Avec une sainte liberté elle remontra au curé le 
scandale qu'il donnait à son peuple ; elle eut le 
bonheur, après quelque résistance de la part du 
coupable, de le faire pleurer et de lui obtenir le 
repentir et le pardon. Il en arriva de même avec 
un ecclésiastique Pierre de Berst* qui, depuis de 
longues années, se trouvait pris aux filets d'une 
personne de mauvaise réputation. Lydwine, dont 
ce prêtre gérait avec dévouement le modeste avoir, 
réussit non sans peine à lui dessiller les yeux et à 
lui ménager une conversion tardive mais sincère. 
Ayant su par révélation, douze ans après sa mort, 
qu'il avait encore besoin des prières et des suffra- 
ges des vivants, la Sainte voulut hâter, pour le 
pécheur repentant, l'heure des miséricordes di- 
vines au prix d'un surcroît de souffrances persôn- 



I, Brugman écrit tantôt Berst, tantôt Brest. La première 
orthographe est la bonne. 



MAITRE ANDRÉ. 101 

nelles. Et bientôt elle eut la claire vue du bon 
accueil que Dieu avait réservé à sa charité. 

Un autre prêtre était mort la même année que 
Maître André, laissant à Lydwine un souvenir sans 
mélange aucun d'amertume, celui-là. C'était Wé- 
rembold de Gouda, le célèbre prédicateur popu- 
laire, recteur de Sainte-Cécile d'Utrecht. Il était 
revenu une dernière fois à Schiedam dans les pre- 
miers mois de cette année i4i3. Dans la visite 
qu'il fit à Lydwine il lui parla de sa mort qu'il 
sentait proche; peut-être — disait-il — n'attein- 
drait-il pas la fête de Pâques. Lydwine l'assura qu'il 
irait jusqu'à la Pentecôte et sa prédiction s'accom- 
plit à la lettre. La fête devait tomber, cette année, 
le jour de la Saint-Barnabe, 12 juin. La veille, de 
grand matin, quelques sœurs Tertiaires, passant 
chez Lydwine, lui dirent qu'elles allaient voir leur 
père et confesseur dont elles venaient d'apprendre 
la maladie. Lydwine les pressa de partir au plus 
tôt. Quand le soir, elles arrivèrent à Utrecht, elles 
entendirent les cloches de la ville sonner le glas 
du saint prêtre. 



CHAPITRE VTII 

LA BIENFAITRICE DE SON PEUPLE 

On se ferait une bien fausse idée de cette malade, 
transfigurée par des extases, si on se la représen- 
tait repliée désormais sur elle-même et insensible 
aux joies et aux peines de son entourage. Ni les 
ravages de la maladie ni les faveurs extraordinaires 
dont Dieu l'honorait, n'avaient altéré l'exquise 
bonté de son âme ni l'aménité de son commerce. 
Cette martyre, cette extatique restait un cœur 
aimant et dévoué pour tous ceux qui l'appro- 
chaient. 

Elle avait souffert cruellement à la mort de 
Pétronille sa mère arrivée en i4o3; Lydwine, alors 
âgée de vingt-trois ans, était malade depuis huit ans 
et elle était — on se le rappelle — l'unique sœur 
de huit frères. Douce et discrète de caractère, elle 
n'avait causé à sa mère d'autre surcharge que de 
la priver des services qu'une jeune fille bien por- 
tante eût pu rendre dans une famille si nombreuse. 
Depuis le jour surtout où le miracle d'un homme 



104 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDASI. 

arraché à une mort certaine lui avait révélé la 
sainteté de sa fille, Pétronille avait fait vaillamment 
son devoir dans le ménagea Mais en i4o3 elle 
était à bout de forces ; la fièvre . la minait ; elle 
comprit que c'était la fin. Craignant d'avoir été 
inférieure à sa tâche, elle s'en ouvrit à sa fille. « Elle 
redoutait si peu la mort — lui déclara-t-elle — 
qu'elle n'accepterait pas qu'un ver de terre dût 
mourir à sa place. Mais elle suppliait son enfant 
de prier Dieu pour elle et de lui obtenir le pardon 
de ses défaillances. » Lydwine rassura sa mère, elle 
la remercia de ses soins maternels, elle lui de- 
manda pardon de l'excès de travail que lui avait 
causé sa maladie et elle lui promit qu'elle ne l'ou- 
blierait jamais. C'est pour tenir cette promesse, 
qu'à ses autres souffrances, trop dénuées de mé- 
rites, croyait-elle, Lydwine en ajouta une nouvelle 
de sa façon. Depuis ce moment jusqu'à sa mort 
elle ceignit ses reins d'une ceinture de crins de 
cheval qui lui entrait dans les chairs vives et 
qu'elle remplaçait par une autre lorsque, usée et 
corrompue par les humeurs du corps, la précédente 
se rompait ou tombait en morceaux. Quant à Pé- 
tronille, elle mourut, laissant un grand vide dans 
la famille. Lydwine surtout le sentit. Qui put 

1. Thomas a Kempis rend à Pétronille le témoignage 
qu'elle était une femme a de grande probité et vertu, s'ap- 
pliquant constamment à bien gouverner sa maison : magnae 
probitatis et virtutis feminam quae... domum suam honestè 
regere studuit >. edit. Pohl, 6, p. 822. 



LA BIENFAITRICE DE SON PEUPLE. - 105 

jamais remplacer une mère au chevet d'une enfant 
percluse et malheureuse? Par bonheur, Guillaume, 
un des frères de Lydwine, était marié depuis peu 
et sa femme prenait soin du ménage. Si le tempé- 
rament bavard et querelleur de cette belle-sœur 
faisait grandement soufiFrir la malade, toujours si 
douce et si discrète, une charitable voisine, Cathe- 
rine « femme de Simon le barbier », atténuait 
cette croix d'intérieur. Elle témoignait à la malade 
un grand attachement; elle la consolait et la soi- 
gnait au besoin. Pour récompense de sa charité, 
elle eut part plusieurs fois à ses visions. 

Baudouin, un autre frère de Lydwine, faisait 
des études en vue du sacerdoce. Mais il n'eut pas 
la générosité nécessaire; il s'arrêta en chemin 
et n'arriva pas à la prêtrise^. Les six autres frères 
ne reparaissent plus dans l'histoire de la Sainte; 
il est probable que, les uns après les autres, ils 
fondèrent, eux aussi, un foyer et allèrent vivre 
leur vie hors de là maison paternelle. 

Restait le vieux Pierre, père de la malade. Son 
propre père, Jean, «chrétien de mâle vertu, était 
devenu presque nonagénaire. A quarante ahs il 
avait perdu sa femme. Pendant les cinquante ans 
de son veuvage il avait joint à une grande dignité 
de vie une sobriété et une mortification rares ; 
il ne mangeait de la viande que le dimanche au 

I.... Sed expropria negligentia non erat ordinatus, licet 
competenter lilteratus. Prior 84. 



Î06 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

repas de midi et il jeûnait au pain et à l'eau, deux 
jours de la semaine. Pierre, le fils, avait les traits 
et les vertus dp son père. C'était un homme calme, 
pieux, assidu à l'église. Plein de compassion pour 
les s&u£&ances de sa fille, il l'assistait de son mieux. 
Sur lui, plus encore que sur sa femme Pétronille, 
avaient pesé toutes les charges de la famille. D'une 
grande délicatesse, il refusa toujours de toucher 
aux dons que des âmes charitables portaient à sa 
fille : celle-ci, croyait-il, serait plus à même de 
faire l'aumône avec le surplus. Pour faire face à ses 
charges, il avait accepté autrefois l'office de veil- 
leur de nuit; et, dans le rude hiver de i4o8, il eut 
le pied droit gelé. Lors d'une visite que firent, cette 
année-là, à la ville de Schiedam, Guillaume VI 
et Marguerite de Bourgogne, ils s'intéressèrent 
à la position plus que précaire du vieillard. Par 
égard pour sa sainte fille, ils lui offrirent de le 
défrayer désormais de ses dépenses et permirent 
que son office de veilleur de nuit fût dévolu à son 
fils Guillaume. La pension très modique — Pierre 
par discrétion n'en ayant pas voulu accepter d'au- 
tre — fut fidèlement payée les premiers temps. Mais 
Bientôt les échéances se firent de plus en plus loin- 
taines par l'incurie des officiers du Prince, et Pierre 
se trouvait de nouveau aux prises avec les diffi- 
cultés de la vie qu'il ne parvenait pas à cacher 
à sa fille. Celle-ci remarquait, d'autre part, chez 
son père les effets de l'âge et de l'infirmité. H 
arrivait au pauvre homme de tomber et de ne 



LA BIENFAITRICE DE SON PEUPLE. 107 

pouvoir se relever qu'à grand'peine et il rentrait à 
la maison avec des contusions et des blessures. Un 
jour qu'il était sorti, sourd aux remontrances de 
la Sainte, pour aller à vêpres, il tomba dans un 
canal près de Damlaan, Brugman attribue l'accident 
à une agression formelle du démon « irrité contre 
ce bon vieillard si assidu aux offices de l'église »« 
Un paysan, qui vint à passer, put lui porter se- 
cours et se mit en mesure de le ramener chez lui. 
Mais le bruit de l'accident courait déjà la ville, il 
avait consterné Lydwine ; on lui avait annoncé que 
son père s'était noyé. Dieu merci, la nouvelle était 
fausse. Mais chaque fois que, dans la suite, le vieil- 
lard sortait pour aller à l'église, c'était pour sa fille 
une occasion d'inquiétudes et d'angoisses. Et chaque 
année, à la vigile de la Pentecôte^j jour où l'acci- 
dent était arrivé, le souvenir s'en présentait avec 
vivacité au bon cœur de la Sainte. 

La bonté de son âme ne s'arrêtait pas aux: 
membres de la famille. Malgré son indigence, elle 
trouvait le moyen de faire des aumônes. Ce qu'on 
lui apportait ne faisait que passer par ses mains 
pour aller soulager de plus pauvres qu'elle-même. 
Ce fut aussi le sort de quelques bijoux, d'un peu. 
de mobilier, et d'un vase assez précieux que sa 
mère, en mourant, lui avait laissés. Tout fut con- 
verti en espèces pour faire l'aumône aux pauvres. 



I, Cette même date lui rappelait aussi chaque année la. 
mort de Werembold (t4i3). 



108 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

Brugman entre en de touchants détails. Le lundi, 
Lydwine faisait une distribution d'œufs et de pain 
blanc. Un autre jour, c'était du poisson cuit et de 
la bière dont elle avait fait remplir des cruches 
entières. Au commencement de l'automne, elle 
faisait acheter des petits pois et un quartier de 
veau. Pendant l'hiver, habituellement rigoureux à 
Schiedam, elle puisait, deux fois par semaine, 
dans cette provision, en faveur des pauvres. Souvent 
elle accompagnait ces dons en nature d'une pièce 
de monnaie. Elle s'intéressait tout particulièrement 
aux pauvres femmes en couches et, en général, à 
tous les indigents qui se trouvaient cloués, comme 
elle-même, à leur grabat : elle leur faisait porter 
du pain, du beurre, de la bière, parfois même un 
peu de linge ou de la laine. Dieu daignait souli- 
gner le prix qu'il attachait aux bonnes œuvres de 
Xydwine. Dans ses ravissements elle assistait à des 
banquets célestes où figuraient, avec ses aumônes, 
les ustensiles modestes — elle le raconte avec 
naïveté — qui lui servaient à les faire. Mais au 
lieu de bière conservée dans des pots de pierre, 
au lieu de petits pois gardés dans des tonnelets de 
bois, c'étaient maintenant des mets délicieux 
servis dans des plats d'or et d'argent : des vins 
exquis présentés dans des vases de cristal. Et à la 
table, couverte de nappes de soie, elle voyait « assis 
les anges et les saints et à leur tête le Seigneur 
qui présidait » . Dieu rappelait ainsi à sa servante 
que c'est bien Jésus lui-même que l'on sert là-haut 



LÀ BIENFAITRICE DE SON PEUPLE. 109 

quand, par amour pour Lui, on fait l'aumône aux 
pauvres d'ici-bas. 

D'autres fois, Dieu récompensait sa charité par 
de vrais miracles. Un jour, raconte Brugman, elle 
vit entrer chez elle une femme épileptique, qui men- 
diait son pain, de porte en porte, et qui était par- 
tout rebutée à cause du mal dont elle était atteinte. 
La malheureuse, dévorée par une soif ardente, 
demandait à boire. De son lit, Lydwine lui fit signe 
de prendre sur l'étagère une pinte à demi remplie 
de vin. L'étrangère la ^ida tout d'un trait et la 
remit vide à la place où elle l'avait prise. Quand 
vers le soir, brûlée elle-même par la fièvre, 
Lydvïâne pria son père de lui donner le vin, celui- 
ci, en le prenant, s'en versa copieusement sur les 
habits. La veille, il avait remis la pinte à moitié 
vide et sans qu'il fût averti, elle était maintenant 
remplie jusqu'aux bords. C'était un vin exquis qui, 
de longtemps, ne diminua pas, bien que la malade 
dans ces premières années de la maladie, en usât 
encore régulièrement*. Des cas semblables se 
reproduisaient sous des formes diverses. Une année 
Lydwine put assister trente-six familles avec des 
provisions qu'elle avait achetées pour trois ménages 
pauvres. Celui de ses parents qui s'occupait de ses 

t. Brugman place le fait en 1400. Thomas a Kempis en 
141 2. C'est ce dernier qui se trompe. En i4i2, comme nous 
le savons par l'histoire de maître André, la Sainte ne pouvait 
déjà plus avaler la moindre nourriture ou boisson. En 1400 
au contraire^ elle se nourrissait encore quelque peu. 

SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAÎI. 7 



110 SAINTE LYDWJNE DE SCHIEDAM. 

distribuûoiis de viande et de petits pois, constatait 
à son grand étonnemént que les récipients ne se 
vidaient que très lentement. Telle année, après 
Pâques, la provision n'était encore épuisée.que de 
moitié, malgré les aumônes et la consommation 
régulière des gens de la maison. Une autre année, 
Lydvnne, prise au dépourvu, avait dû emprunter 
un jambon à un ami. Celui-ci ne fut pas peu sur- 
pris en rentrant chez lui, de trouver, suspendue à 
la même place, une pièce beaucoup plus grande et 
plus belle que celle qu'il avait prêtée à la Sainte. 

Elle recommandait la charité sous toutes ses 
formes à tous ceux qui venaient la voir, aux prê- 
tres, aux riches, aux ouvriers eux-mêmes. Elle 
engageait les marchands à prélever sur leurs mar- 
chandises la part du pauvre. Un jour, une dame 
lui montre une pièce d'étoflFe dont elle pense pou- 
voir tirer à peine une robe pour elle et pour sa 
fille, La Sainte l'engage à y tailler d'abord une 
soutane pour un prêtre pauvre qu'elle. lui désigne. 
Elle se met à mesurer la pièce et, sous les doigts 
de Lydwine, le dra|) semble se multiplier; il four- 
nit largement les deux robes et l'habit du prêtre 
par-dessus le marché. 

Ses propres besoins n'existaient pas pour .elle ; 
elle ne paraissait préoccupée que de ceux d'autrui. 
Un riche bourgeois des Flandres s'oflfre pour lui 
faire bâtir une maison plus confortable. La Sainte 
remercie avec eâusion. Mais elle déclare à son 
charitable visiteur qu'elle mourra heureuse, si un 



LA BIENFAITRICE DE SON PEUPLE. 111 

hospice pour les pauvres vient remplacer, à sa 
Diort, cette petite maison où elle est coucliée et 
qui lui suflBra bien, à elle, le reste de ses jours. 

Sa charité, toutefois, n'était pas aveugle; elle 
se caractérisait par un véritable esprit de prudence 
et de discernement. Tel jour, au sortir d*une crise 
ie fièvre, elle démasqua une malhonnête femme 
(jui, par ses pleurs et ses mensonges, avait trompé 
le bon cœur de Catherine Simons et soutiré une 
large aumône à son confesseur « trop bon Israé- 
lite », ajoute Brugman. Lydvnne, si compatis- 
sante, si secourable à de ^Tais besoins, se mon- 
trait sévère pour les faux nécessiteux. Elle les 
appelait, sans ménagement, des sépulcres blan- 
îhis, des hypocrites, des voleurs s'engraissant 
ivec les aumônes destinées aux membres souffrants 
lu Sauveur Jésus. 

Nous savons déjà qu'elle revenait souvent de ses 
3xtases, chargée de nouvelles souffrances. Elle les 
ivait demandées spontanément pour soulager 
:juelque grande pitié que Dieu lui avait révélée ou 
pour empêcher, à ses propres dépens, la perte des 
imes. Pour convertir n'importe quel pécheur ou 
iélivrer du purgatoire n'importe quelle âme, elle 
iccepterait volontiers, disait-elle, d'y rester elle- 
nême jusqu'à la fin du monde. Au Carnaval, 
juand elle entendait les cris et les chansons de la 
fue, elle redoublait ses prières pour les pécheurs 
3t s'offrait à Dieu pour souffrir davantage encore. 
Et souvent une nouvelle plaie , une crise plus 



11-2 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. . 

aiguë de douleur servait de réponse aux angoisses 
de sa charité. D'autres fois, ses charitables inter- 
ventions ne semblaient lui demander ni temps, ni 
peine. Un jour, deux soldats vont se battre en 
duel. La mère de l'un d'eux court, tout éplorée, 
prévenir Lydwîne. La Sainte rassure la mère, et 
au même instant les deux fougueux adversaires se 
réconcilient. L'historien nous fait même sourire 
quelque peu, quand dans un langage typique il 
nous montre « leur haine faire place à un baiser 
réciproque ; leur épée à un bon verre pour boire 
ensemble; leurs invectives se changer en paroles 
douces, bref, tout le duel se résoudre en un parfait 
accord des cœurs ^ ». 

Nous savons déjà que Lydwine avait le secret de 
consoler, d'encourager, d'éclairer les âmes. Quel- 
ques années à peine après le commencement de 
sa maladie, on accourait déjà de toutes parts pour 
lui demander conseil ou réconfort ; certains jours, 
la petite maison ne désemplissait pas d'étrangers. 
Il en résultait pour la malade un surcroît de fa- 
tigue et de fièvre. Mais Dieu permit que la famille 
au moins n'en éprouvât jamais de l'embarras. Si les 
horribles plaies de la malade ne causèrent jamais 
de répugnance à ceux qui la soignaient, les allées 
et venues, provoquées par la con6ance qu'inspirait 
la Sainte, ne furent jamais à charge à son entou- 
rage. 

I. ... redactum est odium in osculum, gladius in po- 
culum, rumor in silentium, duellum in pacem. Post. 208. 



LA BIENFAITRICE DE SON PEUPLE. 113 

Dans cette foule de visiteurs se trouvaient des 
personnes de toute condition. Des prêtres et des 
religieux venaient la consulter, se recommander à 
ses prières, tels Werembold de Gouda et Jodocus 
le prieur des Chanoines Réguliers de Brielle ; plu- 
sieurs Franciscains du couvent de la même ville, 
Nicolas Wit, le prieur des Chartreux de Schoon- 
hoven et Jean Busch le célèbre auteur de la 
Chronique de Windesheim. Les personnages 
princiers ne manquèrent pas. Nous avons vu à son 
chevet Guillaume VI de Hollande et Marguerite 
de Bourgogne. A la mort de Guillaume (1417), 
Marguerite dépêcha un exprès à Lydwine pour lui 
demander « si le comte était déjà au ciel? » La 
Sainte dut trouver la question quelque peu singu- 
lière, car elle fit répondre, sans plus de façon, que 
(c si le comte était déjà au Ciel, Dieu la traitait 
elle-même avec bien de la rigueur puisque, après 
vingt-deux ans de souffrances, elle gisait toujours 
sur sa couche de douleurs ». Le frère de Guil- 
laume VI, Jean de Bavière, ancien évêque élu de 
Liège et principal compétiteur de Jacqueline, vînt, 
lui aussi, faire visite à la Sainte et il ne se relira, 
paraîl-il, qu'après avoir entendu quelques bonnes 
vérités \ Quant à Jacqueline elle-même, elle n'in- 

I. Ce Jean de Bavière, fils d'Albert de Bavière et beau- 
frère de Jean -sans-Peur, duc de Bourgogne, avait obtenu la 
principauté ecclésiastique de Liège, quand il n'était encore 
âgé que de dix-huit ans. Il fut plus prince qu'évêquej on le 
nommait l'élu ; en fait d'ordination, il ne reçut jamais que 



114 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

tervient nulle part dans l'histoire de notre Sainte 
et son nom n'est même jamais prononcé par aucun 
des biographes. 

La Sainte devait sans doute sa grande réputation 
à son étrange maladie, à sa vertu, aux dons extra- 
ordinaires que Dieu lui avait départis, mais aussi 
à cette inépuisable charité qui débordait de son 
âme. Elle était devemie, bien que sur un théâtre 
plus modeste, ce qu'avait été autrefois Geneviève 
de Paris, la bienfaitrice de son peuple, l'ange tuté- 
laire de la cité. Sans doute elle a souffert, elle 
aussi, des rieurs et des bavards, des- détracteurs 
et des sceptiques, des importuns surtout et des 
indifférents pour qui ne comptent guère les petites 
gens, les malades de basse condition et tous ceux 
qui passent aux yeux du public pour des bouches 
inutiles, pour des êtres désormais finis. Mais, dans 
l'ensemble, son nom était prononcé avec respect 
au dedans et au dehors de la ville. La conêancé 
du peuple, la reconnaissance de tant de pauvres et 
de malheureux assistés, l'affluence des visiteurs de 



le sous- diaconat. Assiégé dans la ville de MaestricBt par ses 
sujets révoltés et délivré par son beau-frère, Jean-sans-Peur, 
qui infligea aux Liégeois une défaîte sanglante, il justifia par 
sa cruauté le surnom de Jean- sans-Pitié qu'il porte dans 
l'histoire. Après la mort de son frère, Guillaume VI de Hol- 
lande (i4i7)j il se démit de son évêché, épousa la veuve du 
duc de Brabant et alla disputer la possession du comté de 
Hollande et de Zélande, dans une guerre sans merci, qu'il 
soutint jusqu'à sa mort (5 janvier i4a5} contre Finfortunée 
Jacqueline de Bavière, sa nièce. 



LA BIENFAITRICE DE SON PEUPLE. 115 

toute condition, la rumeur publique dans Schie- 
dam et dans tout le comté de Hollande, tout cela 
proclamait bieû haut la place qu'occupait, dans la 
vénération générale, cette pauvre femme toute 
brisée par la maladie et la souffrance. On en eut 
maintes fois les preuves les plus inattendues. Ainsi 
le jour où, dans une réunion d'ivrognes qui la 
chargeaient de toute sorte de calomnies, l'on vit 
tout d'an coup Otger, le plus fameux d'entre eux, 
se lever, morigéner ses compagnons et accepter, 
sans broncher, insultes et coups même, pour 
maintenir intacte, jusque dans une auberge, la 
réputation de sainteté de la malade. Lydwine, qui 
le sut par révélation, fit remercier son défenseur 
inattendu et celui-ci, touché par cette attention de 
la Sainte, renonça à sa passion et sut persévérer. 



CHAPITRE IX 



LES DERNIERES ANNEES 



On a dit avec grâce et avec vérité que « le temps 
paraît long à la douleur qui veille » , Bans la pauvre 
demeure où depuis de longues années souffrait la 
sainte malade de Schiedam, les heures passaient 
monotones et toujours égales à elles-mêmes. Pour 
n'avoir pas à nous répéter sans cesse, nous avons 
groupé quelque peu les maladies de Lydwine, ses 
miracles, ses visions, ses bienfaits. Mais dans la 
réalité, malgré la succession des événements exté- 
rieurs et le va-et-vient des visiteurs, rien ne venait 
modifier pour elle la trame ordinaire de sa vie de 
souffrance. Les jours, les saisons, les années elles- 
mêmes se succédaient sans procurer d'amélioration 
dans son état de maladie. La nuit n'apportait aucun 
repos ni soulagement; en sept années pleines, elle 
avait à peine dormi la valeur de deux nuits. Un 
jour, elle raconta à des franciscains de Brielle qui 
lui faisaient visite, que depuis vingt-trois ans elle 
n'avait plus vu le soleil ni la lune. 



118 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

Depuis longtemps déjà elle ne prenait plus de 
nourriture ni de boisson et jamais, depuis qu'elle 
«tait alitée, elle n'avait plus touché le sol. Toute 
son existence se déroulait sur un fond uniforme 
de souffrance aiguë, d'union avec Dieu et de tou- 
chante sollicitude pour les besoins d'aulrui. Cette 
monotonie dans sa vie peut faire excuser chez ses 
premiers biographes une sobriété désespérante de 
chronologie, parfois même une vraie confusion de 
dates dans les faits ^qu'ils rapportent. Mais elle 
fournit, d'autre part, la meilleure garantie du carac- 
tère héroïque de la sainteté de Lydwine. Car l'hé- 
roïsme — saint Thomas et Benoît XIV nous Fas~ 
surent — s'afl&rme mieux dans la longue continuité 
que dans la sublimité passagère des actes de vertu. - 

En 1423 vint à mourir Guillaume le frère de Lyd- 
wine. Toujours fidèle à son vieux père, dit Brug- 
man, il avait également été très bon et très ser- 
viable pour sa sœur infirme^. Ses enfants Pétronille 
et Baudouin rachetaient par leur dévouement et 
leur attachement à la sainte malade les manques 
d'égards que lui ménageait le tempérament moins 
aimable de leur mère 2. Lydwine avait à ce moment 

1. ... patri veterano fidelis et ipsi virgini plurimum gratus 
€t officiosus fuerat. Post. 23o. 

2. Brugman parle quelque part {Post. iSy) d'un enfant 
malade- que la Sainte guérit par se> prières et à: qui elle ins- 
pira un grand amour de la chasteté qui ne fit que s'accroître, 
quand plus tard il fut entré en religion. La sympathie mani- 
feste avec laquelle Brugman parie de cet enfant, le- mol qu'if 



I.ES DERKÏÉKE& AMÉES. 1Ï9 

quàTante- trois ans; il y avait près de vingt-huit ans 
qu'elle était malade; son martyre durerait encore 
dix années entières. Avant d'en voir le terme, elle 
devait connaître les séparations, les deuils et les 
autres déchirements de cœur par lesquels Keu 
détache ses élus d'un monde qui, malgré tout, les 
charme et les retient. En lui enlevant successive- 
ment ceux qui, jusque-là, avaient fait auprès d'elle 
l'office de bon Cyrénéen, Dieu semblait la traiter 
avec plus de rigueur encore qu'il n'avait fiiit pour 
son propre Fils, a L'Homme de Douîeur, dit Brug- 
man, pendait à la croix, abandonné de son Père, 
mais sa Mère était la, l'enveloppant de toute la 
tendresse de son amour. Lydwine était depuis 
longtemps broyée par la souffrance, mais quoique 
impuissants à la soulager, des cœurs aimants, com 
pâtissants, dévoués, avaient entouré jusque-là son 
lit de douleur; Dieu allait les retirer l'un après 
l'autre et ce fut pour Lydwine une épreuve des 
plus senties 1. » La mort de Guillaume renouvela 
chez elle toute la peine que lui avait causée, vingt 

emploie eii parlant de sa mère <c une certaine femme » , mot 
dont lise sert habituellement pour indiquer fes personnes 
peu sympathiques qui interviennent dans son récit et qui vi- 
serait ici la femme acariâtre de Guillaume, enfin le petit 
détail donné par l'historien qu'on faisait coucher cet enfant 
dans la' chambre même de Lydwine ; tout cela nous incline 
à croire «p'il s'agit dans ce passage de Baudouin ïe neveu 
de prédilection de la Sainte qui fut, avec Pétronille sa sœur, 
le meilleur infirmier de la malade. Nous ignorons pourtant 
ew quel' ordre il est entré et ce qu^il est devenu par la suite. 
I. Post. aSo. 



120 SAlijTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

années auparavant, la mort de Pétronille, sa mère. 
Ame aimante et reconnaissante elle prit à sa charge 
une dette du défunt que ses enfants n'auraient pu 
acquitter. Elle fit réaliser ce qui lui restait de l'hé- 
ritage de sa mère ; le tout pouvait revenir à huit 
livres hollandaises. Elle remit cet argent à Nicolas, 
un autre membre de la famille *, le priant de passer 
chez les créanciers de Guillaume et de les payer. 
Quand Nicolas eût achevé la tournée et rapporté la 
bourse à Lydwine, celle-ci le pria de compter l'ar- 
gent qu'elle pouvait encore contenir. A son grand 
étonnement il y trouva une somme dépassant les 
huit livres du début. Lydwine rendit grâces à Dieu 
et appela désormais cette bourse la « bourse de Jé- 

I. Sans oser l'affirmer avec certitude, nous croyons que 
ce Nicolas était l'aîné des enfants de Guillaume, un vrai neveu, 
par conséquent, de Lydwine et le frère de Pétronille et de 
Baudouin qui sont plus connus dans l'histoire de la Sainte. 
Dans toutes les éditions de Gerlac, le tout premier historien 
de Lydwine, nous lisons au chapitre 21... « daerna sende si 
claes baer neve op een avondstont... après cela elle envoya 
Nicolas son neveu un soir »... Brugman nous montre ce 
neveu, demeurant chez Lydw^ine « qui cum ipsa morabatur » , 
couchant dans la chambre « qui in cella ejus consueverat 
dormire » , dînant chez elle, etc. etc. : toutes choses qui s'ex- 
pliquent très bien dans notre supposition. Thomas a Kempis 
donne les mêmes détails au sujet de Nicolas, Et tous les 
deuxj Brugman comme Kempis, parlent^ au pluriel, non seu- 
lement des enfants « liberi » mais des fils « filii » de Guil- 
laume : V. g. « accidit, ut fratre suo Wilhelmo migrante e 
saeculo, filii ejus, dehitis innumerîs obligati » — (Brugman. 
Posi. 85,) — (f Non tamen ipsa tune temporis lecto utebatur, 
sed filii fratris ejus, obsequio ejus dediti », (Kempis. edit, 
Pohl 6, p. .345). 



LES DERNIÈRES ANNÉES. 12i 

SUS ». Quand dans la suite, des^pauvres lui deman- 
daient l'aumône, elle leur remettait d'abord ce qu'on 
lui avait donné pour son usage personnel, puis elle 
recourait à la « bourse de Jésus » pour compléter ses 
charités. Elle y puisait si largement que chaque 
pauvre croyait en recevoir tout le contenu. Et néan- 
moins la bourse n'était jamais vide; plus de qua- 
rante-huit livres en sortiront ainsi et on la trouva 
encore bien remplie à la mort de la Sainte. 

Le 24 jiiiii i425, fête de saint Jean- Baptiste, 
l'église de Schiedam reçut la consécration solen- 
nelle de Zweder van Cuilenbourg qui, deux années 
auparavant, avait succédé à Frédéric van Blanken- 
heym sur le siège d'Ulrecht. Nous ne savons si cette 
fois Lydwine reçut la visite du grand dignitaire de 
l'Église comme elle avait eu, treize années aupa- 
ravant, celle de Mathias le coadjuteur de Frédéric. 
Il est possible que l'humble Sainte ait réussi à passer 
inaperçue dans cette circonstance dont .ses histo- 
riens ne soufflent mot. Une autre visite, remontant 
à la même époque, les a plus \ivement intéressés. 
A l'automne de cette même année 142 5, le duc de 
Bourgogne, Philippe le Bon, venait disputer le 
comté de Hollande à Jacqueline et à Jean de Bavière, 
l'autre prétendant. Le 10 octobre, fête de saint 
Victor et saint Géréon, il faisait son entrée à Schie- 
dam. Pendant que les habitants le fêtaient dans un 
somptueux repas, quatre soldats Picards^ de la suite 

I. Il n'est pas sûr qu'il s'agisse ici de soldats originaires 



122 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

du prince, dont l'un se donnait pour médecin, 
demandèrent au curé, Jean Engels, dé les conduire 
auprès de cette malade extraordinaire dont on par- 
lait tant. Ils ne furent pas plutôt arrivés chez Lyd- 
wine qu'ils se mirent à l'injurier et a la frapper, 
Jean Engels essaya de les rappeler à leur devoir 
mais ils lui répondirent avec insolence et le chassè- 
rent. Ils s'en prirent ensuite à Pétronille, la nièce 
de Lydwine et sa garde-malade. La jeune fille s'é- 
tait jetée résolument entre sa tante et ses persécu- 
teurs. Mais elle fut rudoyée et jetée à terre avec 
tant de violence qu'elle en resta boiteuse jusqu'à 
sa mort. Les forcenés avaient maintenant beau jeu 
contre Lydwine qui était étendue sur son grabat, 
impuissante à se défendre ni à faire le moindre 
mouvement. Ils lui arrachèrent ses couvertures, 
la frappèrent sans ménagement et lui firent des 
blessures dont les cicatrices paraissaient encore, 
sept ans plus tard, sur son cadavre. Le tout était 
accompagné d'injures grossières et d'imputations 
révoltantes. Ils ne la laissèrent enfin qu'après avoir 
assouvi sur elle une haine sans prétexte et vraiment 
satanique. Le peuple, quand il apprit l'attentat, fut 
consterné; les magistrats furent appelés et quand 
ils eurent constaté le fait, ils voulurent courir au 
port demander le châtiment des coupables au prince 

de la province de Picardie. Nos ancêtres se servaient cou- 
ramment du terme de Picard pour désigner tout troupier 
mercenaire et stipendié comme l'étaient presque tous ceux 
du Moyen âge. 



EE& DERNIÈRES ANNÉES. 123 

qui se rembarquait. Lydwine réussit à les retenir; 
mais elle ne put arrêter la justice divine : le soir 
même du ôrime, un coup de vent jeta Tun des 
soudards dans la Meuse où il se noya ; un autre fut 
frappé d'apoplexie, tous périrent, dans des circons- 
tances tragiques. 

Quant à Lydwine elle rendait grâces à Dieu 
d*avoîr reçu ces affronts. Peu auparavant, dans 
une de ses envolées au ciel, sa couronne lut était 
apparue bellte, sans doute, mais présentant encore 
des ombres, offrant encore ici et là des pierres pré- 
cieuses sans grand éclat. Elle s'en était plainte au 
Bien-Aimé et l'avait conjuré d'achever en elle ses 
desseins d'amour. Ne venait-il pas d'exaucer sa 
prière en lui envoyant cette épreuve qui lui don- 
nait une ressemblance de plus avec le Sauveur 
Jésus bafoué, couvertdecracbats, flagellé, couronné 
d'épines et saturé d'opprobres et d'humiliations. 

A peine se remettait-elle de cette agression ré- 
voltante qu'un nouveau deuil vint affliger son cœur 
si aimant. Cette fois c'était Pierre, son vieux père, 
qui la quittait. Il habitait toujours avec Lydwine et 
avec les enfants de Guillaume, mort depuis deux 
années déjà. Il est probable, quoique les historiens 
n'en disent rien, que le vieillard avait été le témoin 
impuissant de la scène sauvage des Picards. L'effroi 
dont il fut saisi et la compassion qu'il éprouva pour 
sa fille durent hâter sa fin. Il mourut la veille de 
l'Immaculée Conception, y décembre i^tiS. La dou- 
leur de Lydwine faisait peine à voir plus encore qu'à 



124 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

la mort de Guillaume, où elle avait été, dit Brugman, 
comme « stupéfiée » par l'affliction, répétant à 
tout venant qu'elle avait ignoré jusque-là combien 
elle était femme de toutes les fibres de son être. 

Mais la mort qui blessa le plus vivement l'âme 
de Lydwine fut celle de sa nièce Pétronille. Cette 
mort arriva à onze heures du soir, à la fête de saint 
Pontien* (i4 janvier) 1426. La jeune fille, restée 
estropiée depuis qu'elle avait voulu faire à sa tante 
un rempart de son propre corps, avait continué^ 
tout en boitant et en se traînant, à la servir et à la 
soigner. Sa mort, arrivant à un mois de distance de 
celle de son père, donnait à Lydwine l'impression 
que tout s'écroulait autour d'elle. La maison se 
vidait : sa mère, son frère, son père, sa nièce sur- 
tout, ange terrestre qui l'assistait jour et nuit, tous 
disparaissaient, la laissant seule sur son grabat. Elle 
qui, tout récemment encore, venait de se trouver 
femme de toutes les fibres de son être, pleurait et 
se laissait aller à sa douleur. Celle-ci devint telle 
que Dieu Lui-même parut cette fois la trouver exces- 
sive. Il comprend le cœur de l'homme. Il ne ré- 
prouve aucun amour légitime, ni les larmes que 
font verser les deuils. Mais il est aussi un Dieu ja- 
loux, un Dieu qui veut « dominer » dans les eœurs 
d'élite. Pendant huit mois, Il priva Lydwine des 
faveurs célestes auxquelles II l'avait habituée et la 



1. Non pas le pape et martyr (tg novembre), mais le saint 
martyr dont Utrecht gardait les reliques (14 janvier). 



LES DERNIÈRES ANNÉES. 125 

laissa en butte à un insupportable sentiment de 
sécheresse «t de délaissement dont prêtres ni reli- 
gieux ne parvenaient à la distraire. Elle devait en- 
core apprendre, dit Brugman « que si c'est le fait de 
l'ange de vivre dans la chair sans en contracter les 
souillures c'est un spectacle plus sublime encore, un 
vrai don de Dieu, que de passer par toutes les 
épreuves et les afflictions d'ici-bas sans la moindre 
aide ou consolation humaines ». Dieu lui rappelait 
qu'on doit accepter avec plus de résignation, avec joie 
même et grande paix du cœur, les séparations, si 
cruelles soient-elles, mais ménagées elles aussi par 
un ineffable amour. Du fond de sa solitude d'Egypte 
Gérard, le saint ermite, ne trouvait, lui non plus, 
d'autre cause aux aridités spirituelles de Lydwine 
que son excessive sensibilité à la mort de ses pa- 
rents' . 

Huit mois après Pétronille, mourait aussi Jean 
Engels le curé de Schiedam. Nous savons déjà que 
très bon pour Lydwinê, même au temps de ses pro- 
pres faiblesses, il l'était devenu encore plus après 
sa conversion; il ne lui donnait d'autre nom que 
celui de « bonne mère Lydwine ». Se conformant 
à l'usage qu'avait adopté maître André après la visite 
du Coadjuteur d'Utrecht, Jean Engels avait fidèle- 
ment porté la sainte communion à Lydwine tous 
les quinze jours. A partir de 1421 il la lui avait ac- 

I «... quia nimium de morte propinquorum suôrum solebat 
dolere. » (Ketnpis edit Pohl 40/j). Gérard mourut le 12 oc- 
tobre i4î6. (ibid.). 



126 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

cordée plus souvent encore, presque tous les deux 
jours, quand la fièvre de la malade ne mettait pas 
d'obstacle à. ses saintes ardeurs. Il mourut le jour 
de la Nativité de la sainte Vierge (8 septembre) 1426. 
Lydwine apprit, dans une de ses extases, que le re- 
tour de cette âme sacerdotale avait été sincère et 
durable. Elle accepta avec empressement un sur- 
croît de souffrances et put abréger pour ce prêtre, 
qui lui devait son salut, le temps dé l'expiation danis 
les flammes du purgatoire. 

Quelques semaines seulement après la mort de 
Jean Engels, le duc de Bourgogne revenait à Schie- 
dam avec ses Picards, Peu s'en fallut que Lydwine 
n'eut à subir de nouvelles avanies. Le capitaine qui 
commandait à Schiedam, avait reçu l'ordre d'é- 
claircir le cas de Lydwine. Il soumit la Sainte a 
une surveillance des plus étroites et des plus sé- 
vères. Bien qu'elle tournât nettement à l'honneur 
de Lydwine, la défiance ne désarmait pas. On exi- 
geait maintenant du nouveau confesseur de la ma- 
lade un serment sur la vérité des merveilles qui se 
racontaient d'elle. Mais un événement imprévamit 
fin k toutes ces tracasseries. Glbcester, le troisième 
mari de Jacqueline de Bavière, faisait en Angleterre 
de grands préparatifs pour aller faire taloîr ses 
droits sur le comté de Hollande. Philippe de Bour- 
gogne ayant reçu par courrier spécial cette nou- 
velle inquiétante, retira ses troupes et s'embarqua 
dîurgence pour les Flandres, et Ly4wine ne fut 
plus molestée.. 



LES DERNIÈRES ANNÉES. 127 

Ce nouveau confesseur de Lydwine était Jean 
Wouters de Leyde. Était-il, lui aussi, Norbertin, 
curé ou vicaire de la ville, aumônier d*un couvent 
de Sœurs? Aucun des historiens de la Sainte ne 
nous renseigne nettement sur ce point. Mais tous 
le présentent comme un prêtre de science et de 
grande piété. Après les soujOPrances intimes qu'avait 
values à l'âme élevée et si délicate de Lydwine le 
contact avec deux âmes sacerdotales ternies ou dimi- 
nuées, elle goûtait désormais le bonheur de vivre 
sous la conduite d'un vrai prêtre, dévoué et saint 
tout à la fois. En effet, Jean Wouters avait hérité de 
Jean Engels la compassion que celui-ci n'avait cessé 
de témoigner à Lydwine, et de Jean Pot, le pre- 
mier confesseur de la malade, le zèle toujours en 
éveil pour sanctifier cette âme d'élite. Le nouveau 
directeur ne se contenta pas de la rumeur publique, 
ni même des confidences de sa sainte pénitente, 
pour se former un jugement sur les faits extraordi- 
naires qui la concernaient. Brugman nous le montre 
s'introduisant, à la dérobée, dans la chambre de 
la malade, au nioment où elle allait entrer en 
extase et l'observant de son mieux. Lydwine, 
quand elle s'en aperçut, en éprouva de la peine. 
Elle s'en plaignit à son confesseur : « Pourquoi l'é- 
pier ainsi? ne lui avait-elle pas maintes fois déjà 
donné des preuves de sa sincérité absolue »? Nous 
comprenons son étonnementet sa peine. Mais l'his- 
torien ne partage qu'à moitié les regrets de la Sainte. 
Jean Wouters — on s'en souvient — devait devenir, 



128 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

dans la suite, l'un des principaux inspirateurs des 
deux Vîes de Brugman , Sa conduite dans l'incident 
que nous racontons nous garantit la valeur de son 
témoignage. Celui-ci acquiert du fait même de cette 
sage défiance une autorité et un poids que ne sau- 
raient égaler la simplicité et l'enthousiasme de 
beaucoup d'autres admirateurs de Lydwine. Toute 
proportion gardée, c'est le cas de répéter la célèbre 
parole d'un Père de l'Église : « la lenteur à croire 
de l'Apôtre Thomas fut plus profitable aux intérêts 
de notre foi que l'empressement spontané des 
autres disciples ' » . 

C'est Jean Wouters qui admit définitivement 
Lydwine à la communion presque quotidienne et 
qui la soutint avec un dévouement, aussi sincère 
que discret, dans les joies et les épreuves des sept 
dernières années de sa vie. Une de ces épreuves 
faillit faire sombrer la ville entière. Dans le courant 
de 1428, les familiers de Lydwine l'avaient entendue 
murmurer souvent : Dieu va frapper Schiedam ; sa 
colère nous menace. Or le dimanche, 18 juillet, à 
onze heures du soir, un formidable incendie s'alluma 
dans la ville. Il éclata à la suite d'un souper que 
venaient de se donner les pêcheurs de hareng avant 
de reprendre la mer. En quelques heures, comme 
en se jouant parmi les constructions en bois du 
Moyen âge, le fléau réduisait en cendres tout le 

I. « Plus enim nobis Thoraae infidelîtas ad fidem quam 
fides credentium discipulorum profuit... ». S. Gregor. Homil. 
26 in Evang. 



LES DERNIERES ANNEES. 129 

quartier central de la ville, celui où se trouvait la 
maison de la Sainte. Déjà la grande église Saint- 
Jean et le couvent attenant de Sainte-Ursule^ étaient 
atteints par les flammes. Lydwine, à qui personne 
ne songeait dans la consternation générale, était 
incapable de faire le moindre mouvement pour se 
sauver. Elle sentait les flammes s'approcher et la 
chaleur devenir de plus en plus accablante. Mais, 
tout d'un coup, le feu s'arrêta net devant sa maison 
de bois. Le vent avait tourné ; le reste dé la ville 
était sauvé 2. Parmi les nombreux habitants qui 
avaient tout perdu dans l'incendie se trouvait cette 
charitable voisine, la veuve Catherine Simons. Sur 
les instances de Lydwine, elle était partie en pèle- 
rinage à la « douce Madonne » de Bois-le-Duc. A 
son retour, elle ne retrouva que les ruines de sa 
maison et les cendres de son mobilier. Lydwine 
l'accueillit chez elle et, comme récompense de sa 
charité, elle retrouvait chez cette femme le dévoue- 
ment de sa propre mère et de sa nièce Pétronille. 
Catherine, un vrai cœur d'or, se fît de plus en plus 
l'infirmière charitable de la Sainte. Et, jusqu'à la 

1. Le couvent Sainte-Ursule particulièrement atteint, était 
désormais inhabitable. Comme son emplacement, si près de 
l'église ne se prêtait pas bien à une simple reconstruction 
on profita de l'occasion pour le transférer aux confins de la 
ville près de la porte de Kethel. 

2. Une ancienne tradition populaire^ confirmée du reste 
par des faits surprenants, voulait t qu'un incendie n'attei- 
gnît jamais plus d'une maison, dans la ville de sainte Lyd- 
wine ». 



130 SAINTE LYDWiNE DE SCHIEDAM. 

mort de Lydwine, elle resta le témoin providentiel, 
parfois même l'heureuse partenaire des merveilles 
que Dieu opérait dans la grande extatique. 

A la suite de cet incendie, Dieu réservait à la 
Sainte une grande joie. L'image miraculeuse de la 
Sainte Vierge que l'on avait pu sauver à temps de 
l'église en flammes, fut portée par le clergé et le 
peuple à la maison de Lydwine. Prêtres et fidèles 
avaient été d'avis qu'il n'y avait pas dans tout 
Schiedam de lieu plus saint pour déposer provisoi- 
rement un trésor si cher à la ville entière. On s'ima- 
gine le bonheur de la pauvre infirme et les regards 
d'amour par lesquels, elle accueillit la statue si 
aimée. C'est par elle que Marie lui avait souri 
quand, florissante encore de jeunesse et de santé, 
elle venait s'agenouiller devant son image et dire 
bonjour à sa Mère. Et maintenant c'était la Mère 
qui rendait la visite à sa fille et venait lui sourire 
encore, au soir d'une vie toute de souffrance et de 
douleur. Mais chez Lydwine le Thabor était l'ex- 
ception, le Calvaire, la règle. Elle ne garda pas 
longtemps son trésor; on pressait à l'église les 
réparations urgentes, et dès le i8 novembre de 
cette même année (1428) nous retrouvons l'image 
miraculeuse dans l'édifice sacré. 

Ces divers événements, les uns tristes, les autres 
consolants, ne changeaient rien pour Lydwine 
dans sa vie de souffrance. Ses douleurs ne lui lais- 
saient aucun repos et allaient toujours en augmen- 
tant. De la peste de i4i8 elle avait gardé deux 



LES DERNIÈRES ANNÉES. 131 

apostèjmes, l'un à l'aine, l'autre dans la région du 
cœur. Et l'on se rappelle qu'elle en avait demandé 
un troisième à la joue, en l'honneur de la Sainte 
Trinité. Vers i43o, trois ans avant sa mort, un 
quatrième se déclara également à l'aine. Il était 
de nature si maligne, que les chairs entraient en 
putréfaction et se détachaient par morceaux en- 
tiers. 

Il est vrai, tout son entourage redoublait de dé- 
vouement à son égard. Jean Wouters, en bon père, 
multipliait ses visites ; la veuve Simons se dépensait 
à son service avec la tendresse d'une mère. Mais 
plus touchant encore était l'attachement du jeune 
Baudouin, le fils de Guillaume. L'enfant, qui avait 
de dix à onze ans, quittait rarement le chevet de la 
malade. Il couchait dans sa chambre; rassuré par 
ses explications, il ne prenait plus peur maintenant 
des lumières merveilleuses qui parfois inondaient 
l'appartement et, nuit et jour, il prodiguait à sa 
tante avec simplicité et avec amour les preuves de 
sa tendresse . Lydwîne voulut le récompenser comme 
savent le faire les saints ; elle désira pour lui une 
participation passagère à sa croix de malade. Un 
jour, raconte Brugman, que l'enfant avait goûté à 
la bière que la prière de la Sainte avait changée en 
breuvage délicieux, il fut pris de fièvres violentes. 
Elles durèrent du mois de septembre à celui de 
novembre. A la Saint-Martin, grâce aux prières de 
la Sainte, la guérison fut entière, ne laissant k l'en- 
fant que le mérite de sa patience et cette bonté 



13^ SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

d'âme que procure aisément l'expérience person- 
nelle de la souffrance et delà maladie. 

A peine Baudouin fut-il remis, que Jean Wouters 
fut atteint à son tour par la maladie. Une fièvre 
maligne faillit mettre à néant les soins que lui pro- 
diguaient ses sœurs. Mais Lydwine veillait et inter- 
cédait. A un Franciscain qui vint la voir, à quelque 
temps de là, elle ne put, malgré son humilité, 
cacher que Dieu avait accordé à ses supplications 
la vie de son confesseur. Jean Wouters reprenait son 
ministère le premier Dimanche de Carême comme 
Lydwine l'avait prédit expressément à Cécile l'une 
des trois sœurs du saint prêtre. 



CHAPITRE X 

LA MORT, LE CULTE, l'iNFLUENCE 

Pendant que Lydwine semblait ainsi disposer de 
la santé et de la vie de ceux qui lui étaient les plus 
chers, elle se préparait elle-même à la mort. Elle 
avait près de cinquante- trois ans; son existence était 
un vrai miracle. Depuis dix-neuf ans elle ne pre- 
nait plus de nourriture ; elle soufiFrait horriblement 
et recevait néanmoins des visites nombreuses et fa- 
tigantes. Parfois, pris de compassion, son confes- 
seur Jean Wouters et la veuve Catherine Simons 
lui demandaient, quand elle revenait d'une extase, 
si l'heure d>e la délivrance n'allait pas encore son- 
ner? (c Non, non, répondait-elle, le rosier n'est pas 
encore tout en fleurs. » Brugman nous donne la 
clef de la réponse. Dans ses visites au ciel en com- 
pagnie de son ange, celui-ci l'avait souvent fait 
arrêter près d'un rosier, tout petit d'abord, mais 
qui lentement avait grandi et pouvait maintenant 
l'abriter de son ombre. A côté des touffes de fleurs 
écloses, il lui faisait voir nombre de boutons encore 

8 



134 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

fermés; « ce ne serait — lui expliquait-il — que 
lorsque le rosier serait entièrement en fleurs, que 
viendrait pour elle l'heure de la délivrance». 

Or, un matin de janvier i433, Lydwine, au sor- 
tir d'une longue extase, prévenait la question de 
ses confidents et leur dit toute joyeuse : « le ro- 
sier est en fleurs; il ne reste plus un seul bouton 
qui ne soit éclos; sous peu je quitterai la vallée de 
larmes ». Et depuis ce jour, la Sainte préparait 
avec plus de soins encore le moment béni où elle 
prendrait pour de bon son essor vers le ciel ; 
comme sainte Gertrude elle semblait dépérir bien 
plus par le feu d'un véhément amour de Dieu, que 
par l'effet de la maladie^. Dieu l'aidait à sa ma- 
nière à couronner dignement son long martyre. 
« La douleur devint si aiguë — dit Brugman— que, 
trois ou quatre fois dans l'espace d'une heure, 
elle tombait en syncope et restait comme morte. » 
La fièvre faisait rage; des frissons insupportables 
alternaient avec une chaleur excessive; les dents 
claquaient à faire peur. Il y eut même quelques 
crises d'apoplexie et du haut mal. Vers la fête de 
la Purification, la gravelle vint s'ajouter à ses 
autres misères et prit un tel çaractèr^i de malignité 
qu'on s'attendait à la voir mourir à chaque instant. 
Aux rares moments de répit, que lui laissait la 
souffrance, on n'entendait que des soupirs d'ac- 

I. Brev. Rom. i5 Nov. « Flagrantîssimo Dei amore potius 
quam morbo languescens ». 



LA M0RT, LE CULTE, L'INFLUENCE. " 135 

quiescement à la volonté du Bon Dieu. Acquies- 
cement d'autant plus méritoire — ajoute Brugman 
-^ que depuis quelque temps Dieu la laissait de 
nouveau frustrée des communications célestes qui 
l'avaient soutenue jusque-là : elle se trouvait avec 
le Sauveur au jardin de l'agonie; elle gisait là triste, 
déprimée, accablée par une impression insuppor- 
table d'abandon de la part de Dieu. Cette dernière 
épreuve, il est vrai, ne dura pas longtemps. Dieu 
rendit à sa servante les faveurs célestes qui lui per- 
mettaient de supporter toutes ses autres souffrances. 
Le 22 février, dimanche de la Quinquagésime et 
fête de la chaire de Saint-Pierre à Andoche, — 
un prieur, — c'était probablement Nicolas Wit de 
Schoonhoven — se rendit de grand matin chez 
Lydwine, sans doute pour lui apporter la sainte 
communion, à la place de Jean Wouters, encore 
convalescent. Il trouva tout embaumée la chambre 
de la malade ; celle-ci revenait d'une de ces pro- 
menades au ciel. Elle entretint son visiteur des 
choses divines et, lui donnant rendez-vous vers la 
îète de Pâques, elle lui Mssa entendre qu'à cette 
époque elle irait au ciel pour de bon et qu'elle n'au- 
rait plus-besom de ses conseils mais de ses prières. 
La pensée de la mort ne la quittait plus. Quand, 
le saint jour de Pâques, Jean Wouters vint dès 
quatre heures du matin voir la malade, il la trouva 
tout entière à Fidée de sa fin prochaine. Toute la 
nuit — lui racontait-elle — elle avait entendu les 
joyeux alléluia du ciel ; bientôt elle irait les chan- 



136 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

ter à son tour avec les anges et les élus. A cette 
occasion elle dut lui rappeler un fait que le bon 
prêtre raconta plus tard à Brugman. Quatre ou cinq 
années auparavant, la malade avait demandé à 
Dieu comme une faveur, à laquelle elle semblait 
attacher du prix, celle de mourir en pleine con- 
naissance mais absolument seule ^. Le surlendemain, 
mardi de Pâques, à l'heure très matinale où il lui 
apportait la sainte communion, le confesseur se 
trouvant de nouveau au chevet de la malade, elle 
lui demanda, cette fois avec une insistance mar- 
quée, de ne recevoir dans la journée aucune visite ; 
seul le jeune Baudouin resterait près de sa tante. 
Jean Wouters répondit qu'on acquiescerait à son 
désir, et il se retira. 

Bientôt Lydwine entra en extase : cette dernière 
fois elle put boire à longs traits les consolations 
célestes dont elle avait été sevrée depuis quelque 
temps. Quand elle revint à elle, une crise de suf- 
focation la mit à deux doigts de la mort. Puis ce 
furent des vomissements douloureux ;. ils se répé- 
tèrent peut-être vingt fois dans cette journée. Au 

I. Saint Vincent de Paul songeait-il à Lydwine quand, 
Tannée même de sa mort, il écrivit à la Mère BoUain de la 
Visitation : « Notre-Seigneur a voulu finir comme iLa vécu ; 
sa vie ayant été rude et pénible, sa mort a été rigoureuse 
et cruelle, sans mélange d'aucune consolation humaine. C'est 
pour cela que plusieurs ont eu cette dévotion, d'aimer à 
mourir seuls, abandonnés des hommes, dans la confiance 
d'avoir Dieu seul pour les secourir. » Lettredu 29 février 1660. 
Correspondance, tom. 8. p. a52. Edit. Coste. 



LA MORT, LE CULTE, L'INFLUENCE. 137 

dire de Brugman , « le pauvre enfant qui la veillait, 
n'avait que le temps d'aller vider le bassin et de 
le rapporter ». Il était trois heures de l'après-midi, 
l'agonie venait de commencer. A cette heure sainte 
qui lui était si familière, Lydwine paraissait vider la 
lie de ce calice amer qui avait été son lot, Ja vie 
entière. Tout d'un coup sous l'étreinte de la dou- 
leur, elle murmura à Baudouin : « Ah, mon enfant, 
si mon Seigneur voyait combien je souffre. » Ce 
furent les dernières paroles qu'elle prononça. 
Etait-ce, dans son angoisse, le cri du Sauveur en 
croix quand il laissa échapper la plainte : mon 
Dieu, mon Dieu, pourquoi m' avez- vous abandonné? 
Réclamait- elle maintenant l'onction sainte, dont 
son désir de mourir seule ne semble pas avoir 
tenu compte^? Ou bien évoquait-elle, à cet ins- 
tant suprême, le nom du prêtre bon et dévoué 
qu'était Jean Wouters, dont la direction lui 
avait été si salutaire et dont l'absence lui étaib, 
malgré tout, un douloureux sacrifice, maintenant 
qu'il n'était pas là pour la bénir et la réconforter 
dans son dernier combat? C'est, croyons-nous, celte 
troisième supposition, confirmée nettement par 
Brugman 2 et par Thomas a Kempis 3, qui explique 

I . D'une réception de l'Extrême-Onction par le ministère 
de Jésus, relatée par Brugman dans la Fita Posterior^ il 
n'est fait aucune mention dans la Vita Prior. 

1. Dicebat autem hoc de prœdicto D. Joanne, confessore 
suo. Prior. i4i. 

3. Carissime fili, utinam sciret dominus meus Joannes 
quantum nunc gravor. Edit Pohl. 6. p. 437. 



V . ■ 
J5W SAINTE- LYDWINE' DE SGHIEiyAM. 

là dernière paroîe'^de Eydwme mourante. En tous 
les' cars, le jeune Baudouin Fen tendit ainsi. Croyant 
que sa tante appelait son co»fesseur, il courut, au 
pliis' tôt, le chercher. Il le trouva récitant l'office 
dès Morts auprès de la supérieirre des Sœurs,, 
morte le jour précédent. Le bon prêtre accourut 
t^Tït de suite, pend^ant que l'enfant rassemblait la 
fatnifle. Mais c'était trop tard. A peine Baudouin 
était-il sorti de chez sa tante pour appeler au se- 
cours et avant que personne ne fût arrivé, Lydwine, 
seule avec Dieu, comme elle l'avait désiré, venait 
de^ consommer son sacrifice et son long martyre. 
Née, voilà plus de cinquante-trois ans^ au chant 
de la Passion du Sauveur dont mieux que per- 
sonne, ici-bas, elle avait reproduit dans sa vie le 
douloureux mystère, c'e^t en ce mardi de Pâques, 
34 avril 1433, a trois heures de l'après-midi, 
qu'elle entrait dans la joie ineffable de la vie éter- 
nelle, pendant que résonnaient, dans toutes les 
églises de la chrétienté, les Alléluia de la Résur- 
rection du Sauveur. 

Quand Jean Wouters et les parents furent rêve- 
nns de leur premier saisissement, ils remarquèrent, 
que dans la mort de Lydwine comme dans sa vie, 
tout était merveilleux et humainement inexplicable. 
Elle, qui depuis de longues années, avait été dans 
]'impuissance de remuer son bras droit presque 
détaché de son corps, on la trouvait morte, les 
deux bras croisés sur la. poitrine, comme elle l'a- 
vait prédit. Sa ceinture de pénitence, cette ceinturé 



LA MORT, EE CUETEj t'INîFI]lTEN€E. 139 

en crins de cheval, que depuis longtemps elle 
portait autour du corps et que certainement elle 
n*^aurait pu ni dénouer ni briser, se trouvait dé- 
posée ao chevet de son lit, le nœud encore parfai- 
tement intact. 

Jean Wouters, se rappelant un désir que lui 
avait exprimé la Sainte, aurait voulu la faire inhu- 
mer dès le lendemain de son décès. Mais, sur ce 
point, il se heurta à l'opposition inflexible des ma- 
gistrats de la ville. Ils lui défendirent, sous peine 
de prison et de confiscation de ses biens de donner 
suite à cette dernière volonté de la Sainte, qui con- 
trariait, par trop, leur désir de contenter la pieuse 
curiosité de la foule, aussitôt qu'elle apprendrait 
le décès. 

Lydv^ine fut donc exposée sur un petit lit de 
parade dans sa maison. Conformément aux ins-^ 
tractions qu'elle-même avait données à Catherine 
Simons pour son ensevelissement, on l'avait revê- 
tue d'une longue robe de laine qu'elle s'était fait 
faire, à ce dessein, et que serrait à la hauteur de 
la poitrine cette même ceinture en crins, son ins- 
trument favori de pénitence. Sur la tête, elle por- 
tait, en guise de couronne, une banderole en 
parchemin sur laquelle on avait multiplié, d'après 
ses indications, les noms sacrés de Jésus et de 
Marie. 

Au lieu de la pauvre loque humaine, qu'avait 
été Lydwine depuis près de quarante ans, l'on se 
trouvait maintenant en présence d'un corps de 



140 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

toute beauté. Plus de face fendue jusqu'au menton, 
ni de lèvres décharnées : tous ses membres — 
dit Brugman — brillaient du charme de la santé 
et d'une chair virginale * . Plus de plaies ni de tu- 
meurs; tout au plus un soupçon de cicatrices 
aux endroits meurtris par les Picards. Plus de 
traits torturés et contractés par la douleur; les 
ridés elles-mêmes avaient disparu; les traits du 
visage étaient calmes; la couleur, blanc de mar- 
bre ; la figure entière rayonnait de grâce et de ma- 
j esté. « On se croyait — continue Brugman — devant 
un corps glorieux^»; et jamais sur la terre on ne 
vit statue aussi belle que le corps de cette femme 
qui avait passé sa vie sur un grabat en proie à 
toutes les souflFrances. Ce spectacle faisait accourir 
les foules et les émerveillait. Car l'attente des 
magistrats n'avait pas été vaine; à mesure que se 
répandait la nouvelle de la mort, l'affluence du 
peuple n'était plus à contenir ; on accourait par 
tous les chemins, de Rotterdam, de Brielle, de 
Delft, de Leyde, pour contempler, une dernière 
fois, Lydwine décédée. « Les vieillards venaient en 
clochant — dit l'historien — et les enfants, en- 
core trop petits pour voir à leur aise, ne cessaient 
de pleurer que lorsque, soulevés à force de bras, 
ils avaient pu contempler les traits de la Sainte. 

1. ... Gratia sanitatis et decenti carnositate refulgebant 
omnia membra ejiis, Prior. 147. 

2. ... sed ... quasi similitudo hominis glorificati, aiebant 
enim nunquam tam speciosam imaginem vidisse. Prior. 147. 



LA MORT, LE CULTE,. L'INFLUENCE. 141 

Alors seulement ils se laissaient congédier, avec 
une miche de pain blanc », remarque naïvement, 
le naïf historien *. 

Les trois sœurs de Jean Wouters qui veillaient 
la défunte, nuit et jour, ne pouvaient détacher 
leurs regards, de ce cadavre extraordinaire; c'est 
de l'une d'elles, Cécile, que Brugman tient la plu- 
part de ces détails. Mais une vertu sortait de celte 
glorieuse épave de la douleur. Il suffisait qu'une 
femme de vie irrégulière fît toucher son chapelet 
au corps de la Sainte, pour que celui-ci parfit 
aussitôt maculé aux endroits du contact impur. Cet 
incident permit au prieur, Judocus de Brielle, de. 
remontrer au bon peuple de Schiedam, combien il 
serait fâcheux de persister, à l'endroit de leur 
sainte compatriote, dans une vénération qui ris- 
quait de devenir indiscrète. Il supplia ses auditeurs 
de ne point s'opposer plus longtemps aux désirs de 
la sainte Eglise touchant la dépouille, mortelle de 
ses enfants. Le peuple se laissa toucher par l'auto- 
rité et le tact de l'orateur. Le saint religieux fit 
enfermer le cadavre dans un cercueil où il resta 
exposé jusqu'au moment des funérailles. Celles-ci 
eurent lieu le vendredi 17 avril. Après le service 
solennel, on porta le corps au cimetière, contigu à 
l'église paroissiale. Des ouvriers avaient maçonné 
un tombeau couvert d'une voûte et ayant à sa base un 



394. 



I. Dabatur etiam singulis... infanlibus panis unus... Post. 



342' SAINTE LYBWINE' DE S€HIEDAM. 

exhaussement de pierres et de bois. C'est dans 
cette sorte de caveau que fut déposé le cadavre. 
Un des derniers désirs de la Sainte était exaucé : 
jusque dans le tombeau elle évitait tout contact 
avec là terre qu'elle n'avait plus touchée depuis 
pTès de quarante ans. 

Dès l'année qui suivit la mort de Lydwine on 
érigea sur sa tombe une chapelle qui ouvrait sur 
l^église et qui était dédiée à la sainte Trinité. Toute 
l'année, mais surtout le mardi de Pâques^ qui ra- 
menait l'anniversaire liturgique de son décès, on y 
voyait de nombreux fidèles qui venaient prier sur 
son tombeau. Le nom de Lydwine devenait de plus 
en plus populaire dans la ville, beaucoup de parents 
lé donnaient, comme nom de baptême, à leurs 
SHes. Bientôt le bruit se répandait de faits miracu- 
leux dus à son intercession ; Thomas a Kempis, son 
eontemporain, raconte déjà trois guérisons célèbres 
dbnt le récit a été inséré par les Bollandtstes à la 
suite de la VitaPrior de Brugraan' . 

Le principal promoteur d'un mouvement qui fai- 
sait converger vers Lydwine la piété reconnaissante 
de la vilfe était Guillaume Sonderdank, fils du cé- 
lèbre Godefroy Sonderdank et médecin, lui aussi. 
Guillaume avait hérité de son père un vrai culte pour 
ïiydwine, culte tout fait de compassion pendant sa 
vie, d*admiration après sa mort. C'est sur ses ins- 
tances et parce qu'il sut assurer à l'historien la coUa- 

3.'. Act. SS. tom. cit. p. 3o2 seq. 



LA MORT, LE .CULTE, L'INFLUENCE. 3-43 

boralion précieuse de Jean Wouters et d'autres té- 
moins de ses dernières années que Brugman écrivit 
pour la troisième fois la vie de Lydwine : \di V.ita 
Posterior. C'est encore lui qui réalisa le désir, laat 
de:fois exprimé par Lydwine, qu'un hospice pourJes 
malades s'élevât sur l'emplacement de sa modeste 
demeure. L'établissement eut sa chapelle à l'en- 
droit même où se trouvait la chambre de Lydwine. 
En 1461 il fut confié à des Clarisses venues d« 
Harlem et il porta, désormais, le nom gracieux de 
Leliëndaal ou Vallée des Lys. 

C'est encore à l'intercession de Lydwine que 
les habitants de Schiedam attribuèrent l'échec 
d'une tentative de trahison qui faillit, en 1489, 
faire tomber la ville aux mains des bandes de Frans 
de Brederode. L'événement se rattache à la guerre 
que soutenait l'empereur 'Maximilien contre les 
villes révoltées de Flandre et contre le parti des 
Hameçons, pour faire valoir les droits de Marie de 
Bourgogne, sa femme, et de Philippe le Beau, son 
fils, sur la principauté des Pays Bas. Maître de Rot- 
terdam, depuis le 19 novembre i488, le redoutable 
chef des Hameçons, Frans de Brederode, menaçait 
Schiedam. Celle-ci était défendue par une compagnie 
de cavalerie, commandée par le seigneur de Wit- 
tenhorst, et par des renforts d'infanterie envoyés, 
en toute hâte, par les villes de Harlem, Delft, Leyde 
et Amsterdam, restées fidèles à l'einpereur. La di- 
vision régnait entre les cavaliers et les troupes à 
pied. Wittenhorst, d'autre part, un de ces che& 



i44 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

mercenaires toujours prêts à vendre leurs services 
au plus offrant, ne tarda pas à prêter l'oreille aux 
avances de Brederode. La ville devait être livrée, 
par trahison, le i4 février 1489, à neuf heures du 
soir. Mais la sentinelle donna le signal une heure 
trop tôt. Cette erreur donna l'alarme aux soldats 
qui n'étaient pas dans le complot. Après un combat 
acharné, ils réussirent à chasser les traîtres et à 
les poursuivre jusque sous les murs de Rotterdam, 
avant que les soldats de Brederode n'eussent eu le 
temps d'arriver^. Dans leur joie d'avoir échappé 
au danger — les massacres et les pillages de Rot- 
terdam, après sa prise par les Hameçons, en di- 
saient long à ce sujet — les habitants de Schiedam 
décidèrent qu'une procession annuelle au jour an- 
niversaire de l'événement (i4 février) et l'édition 
aux frais de la ville de la dernière P^ie de Lydwine 
par Brugman, la Vita Posterior, témoigneraient 
jusque dans les âges les plus reculés de la reconnais- 



I. La lettre des fabriciens de Schiedam qui est, ea appen- 
dice, à la Fila Posterior de Brugman, donne d'intéressants v. 
détails. Le veilleur infidèle ayant demandé l'heure à un pas- 
sant, avait pris sept heures pour neuf (sevene pour negene) 
trompé par l'assonance des mots. Les conjurés coururent aux 
armes, aux cris de Wittenhorst, Brederode; les soldats fi- 
dèles répondaient : Hollande, Hollande. L'acharnement de 
la lutte nous est peint, avec une harmonie imitative peu ci- 
eéronienne mais très expressive : effectus belli detinebatur, 
bus bas ultro citroque ex eorum mortariolis sagittisve reso- 
nantibus in astris, ut quisque horripilationem consequi vi- 
deretur. Tandem Deo opitulante, HoUandrini victoriam po- 
titi sunt. Act. SS. tom. cit. p. 364. 



LA MORT, LE CULTE, L'INFLUENCE. 145 

sance de tous envers la sainte gardienne de la cité. 

Hélas, moins d'un siècle plus tard, l'ouragan passa 
sur le fief de Lydwine comme sur le reste des Pays- 
Bas. Sous les ordres de Entes de Mentheda, l'un des 
principaux lieutenants du comte de la Marck, les 
Gueux dé la Mer, après s'être emparés de Brielle, se 
rendirent maîtres, sans coup férir, de Schiedam. Ici, 
comme partout ailleurs, ils se montrèrent aussi fa- 
natiques dans leur haine religieuse qu'ils étaient 
braves dans leurs faits militaires. L'hospice de Le- 
liëndaal fut sécularisé ' , l'église Saint-Jean fut pro- 
fanée et aflFectée au culte nouveau. Si Schiedam 
n'eut pas, comme Brielle et Enkhuizen, ses mar- 
tyrs de Gorcum ou d'Alkmaar, c'est parce que la 
conduite du dernier curé de Schiedam, le Norbertin 
Clément Hueckenhorst de Amersfoort, ne semble pas 
l'avoir prédisposé à la grâce du martyre et que les 
prêtres fidèles avaient eu le temps de mettre en sûreté 
leur vie et leur honneur. Quelque temps plus tard, 
un prêtre déjà âgé, Gérard Jacobs, qui s'était caché 
au Béguinage, dont il était le recteur, fut découvert 
par des soldats, maltraité, jeté dans une barque et 
mené à Delft, où il mourut bientôt des suites de ses 
blessures. 

Il ne semble pas qu'en profanant l'église et en 
ruinant de fond en comble la petite chapelle 

I. Une bonne trentaine d'années plus tard (i6o5) les bâ- 
timents transformés de Leliëndaal furent changés en un or- 
phelinat protestant de la rue actuelle « Achterweg », la Bo- 
gaerlslraat des temps anciens. 

SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 9 



im SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

snnexe de la Sainte-Trinité, où reposait la dé- 
|(puille mortelle de Lydwine, les nouveaux venus 
aient violé le sépulcre lui-même \ Ils se contentè- 
rent d'en masquer l'emplacement et de transporter, 
dans un autre endroit de l'église, la pierre sépul- 
crale portant le nom et l'image de la Sainte. Ils 
la firent mettre à l'envers, afin que rien désormais 
ae rappelât à la postérité le souvenir de Lydwine. 
Pendant la trêve de douze ans (1609-1621), à la 
demande des archiducs Albert et Isabelle et au 
prix de bien des peines et de sacrifices d'argent, 
des prêtres et de pieux laïques réussirent à extraire 
les ossements delà Sainte (i5 décembre i6i5), 
et à les faire passer en Belgique 2. Albert et 
Isabelle les répartirent entre plusieurs églises. 
Celle des chanoines de Saint-Wandru de Mons en 
reçut une partie, mais la principale part fut ré- 
servée à la chapelle du palais des archiducs à 



r. Les grands excès caractérisaient surtout les débuts de 
chaque nouvelle conquête des Gueux de Mer. En bon poli- 
tique, Guillaume d'Orange se hâtait, d'ordinaire, d'envoyer 
aux villes conquises des commandants plus modérés. A 
Schiedam ce fut Marnix de Sainte-Aldegonde qui vint exercer 
le pouvoir au nom du prince. 

2. La chose n'alla pas sans peine, ni du côté des proles- 
îants, ni du côté des catholiques qui ne voulaient pas se 
dessaisir de leur trésor, ni du Vicaire apostolique de Hol- 
lande, Philippe Rovenius, qui se croyait lésé dans ses droits. 
Ce n'est qu'à force d'habileté et en s'assurant le concours 
du premier bourgmestre de la ville (Jean van Muylwyk), 
que les envoyés des archiducs purent triompher des obsta- 
cles et s'acquitter de leur mandat. 



LA MORT, LE CULTE, L'INFLUENCE. 147 

Bruxelles d^oh elles passèrent, plus tard, à Saînte- 
Gudule et aa Carmel de la ville. L'archevêque, 
Mathias Hovius, autorisa le culte de Lydwine dans 
les églises de son immense diocèse de Malines. 

Dans les Pays-Bas du Nord, à Schiedam sur- 
tout, les catholiques ne perdirent jamais de vue 
leur sainte compatriote. Mais, pour lui rendre les 
honneurs qui lui étaient dus, il fallut attendre la 
pacification religieuse du pays. Leur noyau se 
maintenait compact, se développait même nor- 
malement. Dans la première moitié du xvn^ siè- 
cle, le Vicaire apostolique de Hollande pouvait 
leur envoyer (1610) un prêtre séculier (Govert 
van Vliet), et quelques années plus tard (1616), les 
Dominicains faisaient leur apparition dans la 
ville. En 1672, quand la Hollande se trouva en 
guerre avec la France et l'Angleterre, les catholi- 
ques, soupçonnés de sympathiser avec l'ennemi, 
virent se multiplier les tracasseries légales qui gê- 
naient leurs mouvements. Mais ils soujffrirent 
davantage encore des troubles jansénistes. La dés- 
obéissance de Godde, favorisée par le pouvoir 
civil, coûta à la Mission de Hollande soixante-dix 
stations qui restèrent, âmes et biens, au pouvoir 
des dissidents. Ce fut le prêtre Tibbel qui 
inaugura, à Schiedam, la série des curés jansé- 
nistes ; les Dominicains, eux, restèrent fidèles à la 
hiérarchie légitime et furent désormais, deux siè- 
cles durant, les seuls pasteurs catholiques delà ville. 
Beaucoup d'ouvriers des provinces catholiques de 



148 -SAINTE LYPWINE DE SCHIEDAM. 

la Westphalie ou du Brabant vinrent chercher à 
Schiedam un travail plus rémunérateur." L'indus- 
trie du genièvre se développait et reléguait au 
second plan la pêche au hareng et la fabrication de 
tout ce qui se rattache à la navigation. Près de 
quatre cents distilleries travaillaient à la fabrica- 
tion du « Schiedam » ; l'appétissante mais dange- 
reuse liqueur confondait désormais son nom avec 
le nom même de la ville; la Schie et les canaux 
étaient remplis de barques qui amenaient les 
grains ou qui emportaient les tonneaux remplis du 
savoureux liquide. Pour moudre ces grains on 
avait vu se multiplier de puissants moulins à vent. 
Leurs grandes ailes formaient une mâture autour 
du vieux clocher de Saint-Jean-Baptiste et donnaient 
à la ville un aspect des plus pittoresques. C'est au 
xviii" siècle que cette industrie du genièvre attei- 
gnit le point culminant d'une prospérité qui n'a 
pu se maintenir au même niveau. 

Sous le règne de Louis-Napoléon la pacification 
religieuse fit son œuvre et la ville de sainte Lydwine 
ne fut pas la dernière à bénéficier de l'esprit nou- 
veau. Parmi ses magistrats dont les rangs leur 
étaient restés fermés jusque-là, l'on vit reparaître 
avec honneur les noms des vieilles familles catho- 
liques de la ville. Successivement se fondaient et 
s'organisaient toutes les œuvres catholiques d'en- 
seignement, de bienfaisance et d'action sociale'. 

I. En i86i surgissait de terre sous le vocable de la Sainte 



LA MORT, LE CULTE, L'INFLUENCE. 149 

Marque plus significative encore de sa foi chré- 
tienne, Schiedam redevint bientôt 'une pépinière 
de vocations sacerdotales et religieuses, et c'est un 
privilège qu'elle garde encore de nos jours avec un 
soin jaloux. 

En 1822, les catholiques construisirent, non 
loin du vieil édifice contemporain de Lydwine mais 
toujours au pouvoir des protestants, une nouvelle 
église Saint-Jean-Baptiste. Trente ans plus tard, 
une seconde paroisse, Notre-Dame -de-la- Visitation, 
était créée dans les quartiers plus nouveaux: de la 
ville et allait devenir le centre principal du culte 
de sainte Lydwine. Chacune de ces deux paroisses 
en a formé une autre : le Saint-Rosaire (1880), 
desservi comme Saint-Jean-Baptiste par les fils de 
Saint-Dominique, et le Sacré-Cœur (1920), dans les 
quartiers rapprochés de la Meuse où se dépense, 
comme à Notre-Dame-de-la-Visitation, le zèle des 
prêtres du diocèse. 

Pour couronner dignement celte œuvre d'expan- 
sion catholique, prêtres et fidèles demandaient 
depuis longtemps pour le culte de sainte Lydwine 
la reconnaissance officielle du Saint-Siège qui lui 
manquait encore. Autrefois déjà, sur les instances 
des Dominicains, des démarches avaient été faites 
dans ce but par M^"* Antonucci, et M^' Belgrâdo, 

l'un des plus grands établissements charitables de la ville, 
« l'Institution Sainte Lydwine ». A la chapelle on voit, 
encastrée dans le mur, la pierre monumentale qui a couvert, 
pendant près de deux siècles, le tombeau de la Sainte. 



i50 SAINTE EYDWINE DE SCHIEDAM. 

les derniers supérieurs de la Mission de Hollande. 
MaiS) ce n'est qu'une vingtaine d'années après le 
rétablissement (i853) de la hiérarchie, que le pro- 
jet entra en pleine voie de réalisation, grâce surtout 
à la persévérante ténacité du curé van Leeuwen. 
Avec l'appui du Saint-Siège et du Cardinal Dès- 
champs de Malines, ce prêtre zélé avait obtenu, en 
iSyi', des Carmélites de Bruxelles, une relique 
insigne de Lydwine pour sa bonne ville de Schiedam. 
Trois années plus tard commençait le procès cano- 
nique. On avait d'abord voulu faire suivre à la 
cause de Lydwine la marche ordinaire d'une béati- 
fication proprement dite. Mais on trouva plus 
expéditive, plus opportune aussi, la ^ocedare de 
la Confirmation d'un Culte immémorial. Le culte de 
la Sainte n'était pas resté limité à la :yille de Schie- 
dam et à la seule église des Pays-Bas. Le nom de 
Lydwine avait toujours été prononcé avec respect 
dans d'autres pays; les éditions et les traductions 
de sa Vie s'étaient multipliées; la peinture avait 
reproduit les scènes les plus intéressantes de son 
histoire ; ses vertus avaient été célébrées à l'envi, 
non seulement par les auteurs les plus en renom de 
Yies des Saints, mais aussi par les Bollandistes, 
par Benoît XIV, par saini Alphonse de Liguori et 
par tant d'autres écrivains dont l'admiration pour 
l'humble vierge de Schiedam empruntait un poids 
singulier à leur science éminente, excluant jusqu'au 
moindre soupçon de vogue sentimentale. 

C'est le 3 novembre 1874? que l'évêquc de Har- 



LA MORT, LE CULTE, L'INFLUENCE. 151 

lem constitua un tribunal ecclésiastique pour con'" 
naître de cette cause dont le curé van Leeuwen 
demeura l'infatigable postulateur, et le professeur 
Jean Smit de Warmond le secrétaire. Après trente- 
sept séances, le tribunal terminait ses travaux en 
1877 et déclarait par sentence du 24 avril, que le 
culte rendu jusqu'ici à la mémoire de Lydwine 
n'avait jamais été interrompu. Dès lors, on pouvait 
introduire la cause à Rome où elle eut dans le 
Cardinal Pitra un protecteur tout dévoué. Après 
bien des vicissitudes le Saint-Siège rendait enfin 
une décision favorable. Le i4 mars 1890, Léon Xlli 
confirmait le décret par lequel la Congrégation des 
Rites reconnaissait aux honneurs rendus de temps 
immémorial à la Bienheureuse Lydwine le carac- 
tère et les privilèges de l'exception prévue par 
Urbain VÏIÏ. Le culte de là Sainte était officielle- 
ment reconnu ; sa fête pourrait désormais être 
célébrée avec Messe et Oflfice propres dans les 
lieux qui en obtiendraient la faculté, et on lui assi- 
gnait, comme date fixe, le i4 avril, jour anniver- 
saire de sa bienheureuse mort en i433. 



* 



Telle est, dans sa simplicité, l'histoire de sainte 
Lydwine de Schiedam, de cette femme douce et 
forte, holocauste vivant pour les fautes d'antrui. 
fleur du ciel, éclose au pays classique des fleurs. 

Son influence dépasse le petit pays et le temps 



152 SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM. 

où elle a vécu. La souffrance est l'apanage universel 
de l'humanité et le besoin d'expiation en est le 
principal motif. Elle est longue la série des faibles- 
ses et des crimes qui déshonorent notre terre. Mais 
longue aussi est la théorie des âmes qui renouvel- 
lent, à leurs dépens, l'action réparatrice d'un Dieu 
Rédempteur. Ces victimes de choix ne sont pas 
toutes couchées ou malades comme Lydwine. Elles 
marchent, elles travaillent, elles peinent de mille 
manières à travers le monde. Héroïques pionniers 
d'une œuvre divine, elles ne semblent avoir reçu, 
elles, du Père de famille d'autre tâche du jour que 
celle de souffrir et de souffrir en souriant et en 
bénissant toujours. Nous les reconnaissons dans 
nombre de nobles cœurs de chaque condition sociale. 
Elles s'en vont par la vie, réconciliant le monde à 
pieu par leur simplicité, dans le devoir, par leur 
patience dans l'épreuve, et paï" leurs mâles vertus. 
Tout prêtre les connaît et les admire dans la belle 
inconscience où Dieu les laisse de la beauté morale 
de leur âme et de la grandeur du rôle qu'elles 
jouent ici-bas. Elles sont vraiment le sel de la terre, 
la rançon de notre héritage, le parfum de notre 
jardin, la gloire de notre race. Dans le nombre de 
ces nobles cœurs, on voit d'ordinaire l'homme 
agir et se dépenser davantage; à la femme semble 
plutôt réservée la mission, plus belle encore, de 
dominer par la douleur. 

Lydwine de Schiedam n'a pas acquis dans l'his- 
toire la célébrité de Claire d'Assise ou de Colette 



LA MORT, LE CULTE, L'INFLUENCE. 153 



« 



de Corbie, de Catherine de Sienne ou de Thérèse 
d'Avila. Mais son apparition fait encore belle 
figure parmi ces âmes d'élite qui se transmettent 
à travers les âges le ministère de la charité et de la 
soufiFrance réparatrice. Ministère sublime, toujours 
nécessaire, tant qu'il y aura des hommes ici-bas, 
mais toujours accompli avec amour et générosité, 
l'histoire est là pour l'attester. 

Le monde n'est pas avant tout un bourbier, 
comme d'aucuns s'obstinent à le dire, ni un théâtre 
où l'on ne verrait qu'injustices et forfaits. Le mal, 
hélas, y est réel, mais le bien abonde, lui aussi, 
et, en définitive, le bien l'emporte sur le mal. 
Arrosé par le sang d'un Dieu Rédempteur, le monde 
reste un champ fertile et il est sans cesse enrichi 
par les actes sublimes d'imitation que le sang divin 
ne manque jamais de susciter. C'est ainsi que les 
Lydwine paraissent 'ici-blas, femmes admirables, 
créatures bienfaisantes, honneur d'un sexe auquel 
appartient la Mère de Dieu et la mère de tout 
homme qui vient à l'existence. 

Et tant que, à l'exemple du Sauveur Jésus, monté 
sur la croix, pour les péchés du monde, d'innom- 
brables âmes, sœurs de Lydwine, seront heureuses 
de prier et de souffrir pour leur prochain, notre 
terre, malgré ses tares et ses laideurs, restera le 
lieu béni où Dieu continue, par les meilleurs d'entre 
ses prédestinés, son œuvre de miséricorde, de 
rédemption et d'amour. 



APPENDICE 



LA MESSE ET l'oFFICE DE SAINTE LYDWINE 



N. B. Sainte Lydwine, ainsi nommée même dan« 
les documents du Saint-Siège [Sancta nuncupata) 
n'a, en rigueur de droit (canons 21 34 et 21 35), 
i que le titre et les prérogatives des Bienheureux 
comme tous les serviteurs de Dieu dont la glorifi- 
cation liturgique s'est faite suivant la procédure de 
la Confirmation d'un Culte immémorial. [Codex Sur., 
can.y lib. IV, tit. 25.) 

Messe : Dïlexisti du Commun des Vierges noa 
Martyres, avec l'Oraison suivante : 

Deus qui Beatam Liduinam Virginem^ admira-^ 
bilis patientiae et caritatîs victimam effècisU : tribue 
quaesumus^ ut ejus exemplo et intercessioney hujus 
vitae aerumnas pro tua voluntate perferentes^ et 
proximis nostris propter te succu?Tentes, aeternm 
gaudia consequi mereamw\ Per Dominum. . 

Evangile : celui des béatitudes (St. Matt., v^ 
1-12), le même que celui de la Toussaint. 



156 APPENDICE. 

Office : du Commun des Vierges non Martyres ; 
avec l'Oraison propre ci-dessus et des Leçons 
propres au deuxième et au troisième Nocturnes. 
Les Leçons du troisième Nocturne sont celles de 
celui du 7 novembre (septième jour dans l'octave 
de la Toussaint) ; elles sont empruntées à St Augus- 
tin : De Sermone Domini in monte : lib. I, cap. iv. 
(Migne, P. L., XXXIV, p. laSS.) Quanta celles du 
deuxième Nocturne qui donnent lé résumé histo- 
rique de la vie de la Sainte, nous les reproduisons 
ici : 

LECTIO IV. 

Liduina Virgo Schiedami in Hollandia nata est 
die Palmarum, ipso tempore quo in oppidi ecclesia 
inter Missae Sacrificium Passio Domini decantaba- 
tur, re quasi jam praesagiente, quam insignis illa 
Christi pro humano génère patientis futura esset 
imitatrix. A prima aetate variis virtùtibus conspicua, 
virginitatem perpetuo custodiendam sibi etîam 
statuit. Quum itaque duodennis, utpote egregiis 
animi corporisque dotibus instructa, a pluribus 
honestate acdivitiis praestantibus, in conjugem pete- 
retur,' coelesti tamen quem elegerat Sponso fidelis 
permansit, Deumque exoravit, ut, ne quispiam 
deinceps conjugium sibi offerret, deformitate potius 
morbisque afficeretur. Voti compos facta est, 
eique quintodecimo aetatis anno, infausto casu, 
dexteri lateris costa confracta est, Mox per reliquum * 



APPENDICE. 157 

vitae tempus, octo nempe et triginta annos, tam 
incredibili morborum et dolorum multîtudine atque 
vi exagitata fuit eosque tam învicto imo lubend. 
animo toleravit, ut humanae miseriae simul et 
heroicae patientîae prodigium aestimaretur. Tota 
enim mente coelestia mysteria, Dominicam prae- 
sertîm Passîonem assidue contemplans, quum vel 
acerbissime cruciaretur, quandoque etiam interna 
consolatione careret, Deo placide gratias agens, 
tribulatîones augeri sibimagis quam minui optabat. 

LECTIO V. 

Animi demissione, obedientia ac mansuetadine 
in exemplum praedita atque Dei amore flagrans, 
eximia etiam proximorum inimicorum, licet et 
persequentium, dilectione refulsit. Pauperes, ipsa 
pauper, de sibi erogatis eleemosynis sustentabat : 
spirîtuali qualicumque ope indigentes, omni quo 
poterat modo adjuvabat, maxime si de homine a 
vitae pravitate convertendo, vel anima e Purgatorio 
exsolvenda ageretur. Variis insuper prodigiis înso- 
litisque gratiis diu jam ante obitum late innotuit. 
Altissimae, înter aiia, contemplationis dono gaudens 
muitoties in extasin rapta, coelestibus saepe appa- 
ritionibus, familiari imprimis Angeli sui societate 
honorata, cordium abscondita perspiciens, prophe- 
lico spiritu absentia et futura revelavit. Plures 
mirabili ejus interventu, corporis anîmaeve sanita- 
tem obtinuerunt. Tandem Dei famula, passionibu»- 



158 APPENDICE. 

et merkîs cumulata, pîissime in coelum migravit, 
decimo octavo calendas Majas anno Dominî mille-* 
simo quadringentesimo tricesimo tertio. Corpus 
integrum et décorum repertum ingenti hominum 
concursu tumulatum ; sepulchrum, sacello desuper 
publiée erecto, atque majori loco ecclesiae con- 
junctô, multis miraculis claruit. 

LECTIO VI. 

Post duo fere saecula, sacello ab acatholicis 
occupato, ob sanctitatis vero et miraculorum famam 
virginis memoria cultuque perdurante, sacrae ejus 
reliquiae Bruxellas translatae et ab Archiepiscopo 
Mechliniensi recognitae sunt. Majorera partem 
Beîgii Gubernatrix, Archiducissa Isabella Carmiliti- 
dum Discalceatarum conventui Bruxellensi tradidit ; 
cujus ordinis et coaventûs moniales, quum deinde 
per duo iterum cum dimidio saecula, pretiosum 
illud depositum fidelissime asservassent et coluis- 
sent, Summus Pontifex Pius Nonus, Ëpiscopî 
Harlemensis rogatu, insignes aliquot Beatae lidui- 
nae reliquias, e praedicto monasterio in Virginis 
natalem urbem, ad parochialem S. Mariae de Visi- 
tatione Ecclesiam deferri concessit. Quo facto 
crescente in dies erga eam devotione, Episcopi 
Harlemensis, cujus precibus ceteri Nederlandiae 
Episcopi una cum Archiepiscopo Mechiiniensi suas 
libentissime preces conjunxerun^ vota suscipiens 
Summus Pontifex Léo decimus tertius Liduinae 



APPENDICE. 15» 

cultum confirmavit, et in ejus honorem Missam 
celebrari et proprium OfEcium recitaripro Neder- 
landîae regno induisit. 

* 

Autrefois l'on chantait à Schiedam et dans 
d'autres ég-lises des Pays-Bas la Séquence suivante 
dont nous empruntons le texte aux Acta sancto^ 
rum^ tom. II, Aprilis, p. 365. 

D'une poésie peu classique elle traduit néan- 
moins avec naïveté et non sans grâces lés senti- 
ments de sainte joie qui devaient animer les foules 
à la fête d'une Sainte dont la naissance et la 
mort s'étaient trouvées si rapprochées de la plus 
grande des solennités de l'année. Anciennement, 
en eflFet, la fête de sainte Lydwine se célébrait, 
non à la date du i4 avril, jour de sa mort, mais 
invariablement au mardi de Pâques qui en 1433 
se trouvait être le i4 avril. Ce fut l'incidence 
liturgique qui prévalut sur la date fixe du mois 
dans le souvenir de la mort de Lydwine et du triom- 
phe qu'avaient été ses funérailles en cette semaine 
de Pâques de i433. C'est encore cette incidence 
liturgique qui donne la clef des réminiscences pas- 
cales par lesquelles commence et finit ce cantique : 



160 APPENDICE. 

SBQUENTIA 
De aima Virgine Lyd^rina. 

Alléluia festival e 
Tempus exigit Paschale, 
Voce, votis, jubilo : 
Benedictione plenus 
Jam refulsit sol serenus, 
Pulso noctis nubilo. 
Coronatur gloria 
Christus pro Victoria, 
Victor victis inferis : 
Deus surgens creditur, 
Honor regni redditur, 
Fitque pax cum Superis. 
Expectatio Mariae 
Gonsolatur ipsam pie 
Tristem hanc inveniens : 
Fit solatium beatis. 
In extremo mundi natis, 
Omnes nos deliniens. 
Gaudent Arcliangeli, 
Fantur et Angeli 
Virgini Lydiae : 
Haeccine Lydia? 
Vernat ut lilia 
Sanctae Gaeciliae? 
Intra cujus cameram 
Senserat Tiburtius 
Rosam odoriferam, 
Stupens vehementius. 
Catharinae virginis 
Juxta natalitia 
Fructum divi seminis 
Metit haec Caecilia. 



APPENDICE. 161 



Lydewidis humilis 
Nata Christo Domino, 
Sanctis extat similis 
Regnans sine termino. 
Mirae patientiae 
Vixit in hoc tempore, 
Nimiae miseriae 
Particeps in corpore. 
Non murmur resonat, 
Non qpierimonia; 
Sed laudem personat 
Devota Lydia 
De data gratîa. 
O vere humilem, 
Quae nunquam déficit; 
Quam Ghristus debilem 
Seipso réfîcit : 
Hinc virgo proficit 
Per se Jésus hanc invisit, 
Consolationem misit; 
Circa lectum hujus sedens, 
Et ab ea non recedens, 
Donec ipsam pasceret : 
Quaestione quadam facta 
De nativitate nacta, 
Opus Verbi încarnati 
Haec adscripsit Trinitati, 
Sic ut quaerens quaereret. 
Radiosi luminis 
Talis doctrix numinis 
Impetret quod poscimus : 
Solem sic inspicere, 
Ne contingat perdere 
Lumen, quod nos cupimus, 
Trinitatem speculari, 
Unitatemque mirari, 



162 APPENDICE. 

Quae consistit in Divinis, 
Quo dîctaminis est finis. 
Vale felix Lydewidis, 
Quam non ligat nexus Stygis; 
Poscas nobis cum Maria 
Ut cantemus Alléluia. Amen 

Du texte latin de ce cantique le Cardinal Pitra 
a donné cet essai (incomplet) de traduction dans 
La Hollande Catholique, Paris, i85o. 

C ' est le j oyeux Alléluia 

Qu'appelle le temps pascal, 

De voix et de cœur réjouissons-nous. 

Plein de bénédictions 

A brillé un soleil pur ; 

Chassant l'ombre nocturne, 

Et couronné de gloire 

Le Christ a triomphé. 

Vainqueur de l'enfer vaincu 

Il se lève, il est Dieu, croyons ! 

Il a repris l'honneur de son trône... 

Il fait régner la paix dans le cœur, 

Et cesser l'attente de sa Mère 

Qu'il console avec amour.... 

Et les archanges se réjouissent 

Et les anges en chœur 

Disent à la Vierge Lydia : 

« Est-ce donc là Lydia? 

Elle est blanche comme les lys 

De sainte Cécile!. 

Cécile en sa demeure 

Fit sentir à Tiburce 

Le parfum de la rose, 

Et le remplit de stupeur. 



APPENDICE. 16a 

Cécile, aux jours où naquit au ciel 

La vierge Catherine, 

Recueillit le fruit 

Que sema la grâce de Dieu. 

L'humble Lydwina, 

Que le Christ fit naître pour lui, 

Est semblable à ses saints 

Et règne à jamais. » 

Exemple étonnant de patience, 

Elle a vécu en nos jours. 

Portant dans son corps 

D'intolérables souffrances. 

On n'entendit ni murmure 

Ni plainte aucune, 

On n'entendit que les chants 

De la pieuse Lydwina 

Adieu, bienheureuse Lydwina, 
Toi que la mort n'a pas retenue captive ; 
Veuille nous obtenir qu'avec Marie 
Nous chantions : Dieu soit loué ! 
Alléluia. Amen. 



Quand, autrefois, la fête de sainte Lydwine se 
célébrait dans la semaine de Pâques, bien avant 
que son culte n'eut été confirmé par Rome, l'on 
chantait la Messe de la Sainte Trinité. Benoît XIV, 
en constatant le fait, y trouvait un argument de 
plus pour se rallier au sentiment des docteurs « qui 
permettaient de chanter, même avec solennité, la 
Messe de la Sainte Trinité au jour de fête des 
Serviteurs de Dieu qui n'étaient pas encore béati- 
fiés ou canonisés » {De Servorum Dei Beatificatione 



164 APPENDICE. 

et Beatorum Canonizatione. In-fol, tom. II. cap.xx. 
n° i6, Basani, 1778). 



* 



Un décret de la Congrégation des Rite's, signé 
par le Cardinal Aloisi-Masella, en date du 24 losi 
1892, a concédé l'Office et la Messe propres de la 
Bienheureuse Lydwine de Schiedam au diocèse de 
Harlem et aux Carmélites de Bruxelles qui ont été, 
depuis si longtemps, les gardiennes de ses saintes 
reliques. 

D'autres Eglises demanderont, peut-être, la 
même faveur au Saint-Siège, s'il est vrai que la 
souffrance demeure le pain quotidien de l'humanité, 
et que Lydwine de Schiedam — ce modeste livre 
en a donné une idée — reste un vrai « prodige de 
misère humaine et d'héroïque patience tout à la 
fois : humanae miseriae simul et heroicae patientiae 
prodigium » (Off. propr. lect. IV). 



BIBLIOGRAPHIE 



Nous renvoyons d'abord le lecteur à notre Cha- 
pitre II : Les Historiens, texte et notes. A quelques 
exceptions près, nous ne mentionnerons pas à 
nouveau les renseignements bibliographiques que 
nous ayons donnés dans ce chapitre et dans le 
courant de l'ouvrage. 

Règle générale, nous ne nommons pas non plus 
les auteurs plus ou moins célèbres de Vies des 
Saints (Surius, Ribadeneira, Giry, etc., etc.). Pour 
savoir ce qu'ils disent de notre Sainte, il suffit de 
se rapporter, dans chaque recueil, à la date du 
i4 avril, le jour de la fête de sainte Lydwine. 

Par contre, nous signalons, avec les sources, quel- 
ques ouvrages dont les matières ont des points de 
contact avec notre Sainte et avec ]e temps où elle a 
vécu. 



166 BIBLIOGRAPHIE. 



A. En latin. 

Brugman. Les diverses éditions des trois rédactions 
de Brugman déjà signalées au chapitre ii ; Les Histo- 
riens. 

Joannes Meerhout. Epigrarrùnata in Vitam virginis 
Xsti Lydwigis. Presque introuvable, Jean Meerhout, né 
à Diest, était contemporain de sainte Lydwine ; il entra 
en 1418 au monastère de Corsendonk des Chanoines 
Réguliers. 

Joannes Gielemans dans son De Novali Sanctorum 
reproduit au Tome II... 2° la Vita venerabilis Xsti 
Lydwigis.... Schiedam quae floruit anno Dni 1433. C'est 
la Vita Prior de Brugman mais augmentée de certains 
détails très intéressants de Gerlac qui ont été relevés 
dans les Analecta Bollandiana de 1895. Tome 14. p. 72. 
seq. 

Thomas a Kempis. Voir pour sa Vita Lydewigis notre 
Chapitre ii : les Historiens, 

Thomas a Kempis. Opéra omnia, edit Pohl. Tome 7. 
Chronica Montis S. Agnetis. in-8°. Fribourg. Herder 
1922. 

Thomas a Kempis. Opéra omnia ad autographa ejus- 
dem emendata opéra et studio Henrici Sommalii S. J. 
in-8°. Antwerpiae. Ex officina typographica Martini 
Nutii. Ad insigne duarum Ciconiarum, 1601. La Vita B. 
Lydwigis occupe au tome 3^ Pars secunda : les pp. 129 
à 186. 

Busch Johannes. Chronicon Windeshemense, edit. 
Éarl Grube, Grand in-S". Halle. Otto Hendel, 1886. 

Gerlac Peters. Ignitum cum Deo coUoquium seu SoLi- 
loquium Gerlaci Peters Daventriensis curante Scutken. 
Coloniae, 1616. — Beaucoup d'éditions (en hollandais, 
français, aUemand, italien, espagnol, etc.) . Don Assemaine 
en adonné en français, une édition soignée : Le Soliloque 
enflammé, in-12. Librairie St-Maximin (Var). 1921. 



BIBLIOGRAPHIE. 167 

Molanus. Natales Sanctorum Belgii. Edition princeps. 
1595. Lovanii. curaverunt Henricus Guyckius et Petrus 
Louwius. 

Acta Sanctorum. Tomus II Aprilis. Die décima qnarta 
Aprilis. De B. Lidwige seu Liduina Virginis. in-folio. 
" edit. princeps. Antuerpiae, apud Michaelem Gnobarum^, 
1675. Voir notre chapitre ii : les Historiens. 

Benedictus XIV. De Servorum Déi Beatiftcatione et 
Beatorum Canonizatione, in-folio, tome III, Basani. 
1778. 

Batavia Sacra. (Van Heussen). Deux volumes in-folio. 
Pars altéra, « Schiedamme » p. 203 seq., Bruxeîlis, Fop- 
pens 1714. 

Neerlandia Catholica (Texte latin et hollandais), in- 
folio, Utrecht, van de Weyer, 1888. 

Acta Originalia Processus Ordinarii (Harlemensis) 
super cultu ab immemoriabili tempore praestito Servae 
Dei Liduinae Virgini Schiedammensi, Sanctae nuncu- 
patae. Grand in-folio, manuscrit, relié. Le dernier folium 
paginé porte « foliuni trecentesimum quadragesimum 
septimum ». Suivent encore une page entière et un 
quart de page qui ne portent pas de pagination numé- 
rotée. Le volume a donc en tout la vïdeur de 349 pages 
manuscrites in-folio. Ce précieux recueil ainsi que toutes 
les autres pièces des archives épiscopales relatives à 
sainte Lydwine furent mis gracieusement à notre dispo- 
sition par S.G. Ms'^ Callier évêque de Harlem. 

Divers documents {imprimés à Rome ou à Schiedam), 
extraits ou compléments de la Causa Harlemensis Con- 
firmationisCultûs S. Liduinuae,y. g : De cultu publico... 
approbando. Libellus supplex... quem Pio IX obtulit 
Gerardus Petrus Wilmer épiscopus HarlemensiSj 1873. 
— Summarium super Dubio. — Positio super Dubio. — 
Animadversiones Promotoris Fidei. — Responsio ad 
Animadversiones, etc. 

Dansl'Appendix Documentôrum qui clôture le Libellus 
supplex il faut remarquer le numéro désigné sous la 
majuscule X : Elenchus praecipuorum auctorum qui de 



168 BIBLIOGRAPHIE. 

B. Liduina scripseriint. Cette liste d'auteurs qui ont écrit 
sur sainte Lydwine est une longue énumération d'écri- 
vains d'importance et d'autorité très inégales. Un certain 
nombre ne se sont occupés de sainte Lydwine qu'en pas- 
sant; certains même n'ont fait que la citer ou la donner 
en exemple de quelque vertu chrétienne. La renommée 
de sa sainteté se dégage avec netteté de tous ces ténioi- 
gnages et c'était le but poursuivi parlespostulateurs de 
la Cause. Mais l'historien, en se rendant à certaines de 
ces références, est parfois déçu dans ses espérances et 
force lui est de revenir avec d'autant plus de confiance 
aux sources proprement dites qui, du reste, y sont con- 
signées à bon endroit. La liste suit l'ordre chronolo- 
gique. 



B. En français. 

Caoult. La Vie admirable de Madame Saincte Lyd- 
wine... mise du latin en français par Walr. Caoult in- 
8°, Douay, Balthasar Bellere, 1600. C'est une adaptation 
de la Vita Prior de Brugman, déjà remaniée par Surius. 
Elle a eu beaucoup d'éditions. 

Michel d'Esne (Evêque de Tournai). La Vie de la très 
saincte et vrayment admirable vierge Lydwine tirée du 
latin de Jean Brugman, in-12°. Douai, Baltasar Bellere, 
1608. Beaucoup d'éditions successives. 

Thiersault Guillaume, Vie de Sainte Lydwine, in-12'> 
Paris, 1637. 

Cardinal Pitra, La Hollande Catholique, in-120, Bi- 
bliothèque nouvelle, Paris, 1850. 

Coudurier. Vie de la Bienheureuse Lydwine, vierge, 
modèle des malades et des infirmes, in-8, Bray. Paris. 
1862. Nouvelle édition en 1899. Paris, Retaux. Elle a été 
traduite en italien et en hollandais, 

Huysmans, Sainte Lydwine de Schiedam, Paris, 
Stock, (puis Pion et Nourrit), 1901. Voir notre chapitre ii : 
les Historiens (vers la fin). 



BIBLIOGRAPHIE. 169 



G. En hollandais. 

Jean Gerlac. Pour les diverses éditions de son : 't 
Leven van Liedwy die Maghet van Scydam, voyez notre 
chapitre n : les Historiens. 

La pièce dite « le Vidimus » door hertogh Jan van 
Beieren gegeeven aan een brief van den Regenten van 
Schiedam contineerende een beschryvinge van een won- 
derlyke ziekte van een maagd te Schiedam die zonder 
eenige spys of drank te nuttigen wonderlyk lang zou 
hebben geleeft. 

C'est le fac-similé, in-4°, vieille écriture, de la ratifi- 
cation par Jean de Bavière (5 août 1421) de la célèbre 
Lettre des magistrats de Schiedam (21 juillet 1421), tra- 
duite en latin dans les Acta Sanctorum tom. II. Aprilis 
p. 305 seq. et commençant par ces mots: « AIImi endeenen 
ygelyken... » dont l'original se trouve aux archives de 
l'Etat à La Haye. Memoriale Johannis ducis de Bavaria, 
1421, fol. 24 et 25. 

Nachtegael Otgier Pieterszoon. Het Leven ende historié 
der saligher maghet Liedwy çan Schiedam, 1505, tôt 
Schiedam. 

Jacobi L. Spieghel der Maeghden... Pars II. Het won- 
derlyk Leven van de eerbaere, dévote ende Heylighe 
maghet Lydwine (Traduction d'après Brugman), petit 
in-S", Anvers, Gnobbaert, 1657. 

Rosweyde Heribert. Het Leven der HH Maeghden... 
de H. Liduina, p. 181 seq. Anvers 1624, in-8°. Beau- 
coup d'éditions. 

Anonyme. Het Leven van de H Maagt Lydwina, 
pp. 289 à 310 dans une traduction du Martyrologium 
Nederlando-Catholicum de Petrus Opmeer. Leiden, 1700, 
in-12°. 

Moll. Johannes Brugman en het godsdienstig leven 
onzer vaderen in de vijftiende eeuw. Tome II. Chap. ii. 
Het leven der Heilige Lidwina van Schiedam, in-8°. Ams- 
terdam. Porlielje, 1854. 

10 



170 BIBLIOGRAPHIE. 

Van Slee. De kloosten^ereeniging van Windesheim, 
în-80. Sijthoff. Leiden, 1874. 

Kosters. Liduina van Schiedam en hare Heiligver- 
klaring. Brochure de 44 pp. (Sans indication de date ni 
de nom d'éditeur) due à un professeur de Igi 'société 
anabaptiste de Schiedam. 

* Meyer Augustin, O. P. ITet Leven dei^ Heiïige Liduina 
door Johannes Brugman (traduction libre de la Vita 
Prior), Nijmegen, 1890, Malmberg. — Deuxième édition, 
avec de précieux appendices, Nymegen, 1895, Malmberg, 
in-8°. 

On trouvera aussi de précieux renseignements sur 
sainte Lydwine et son culte dans d'autres ouvrages de 
Meyer, éminent et savant religieux dominicain, natif de 
Schiedam, archiviste de son ordre, (mort en janvier 1925) : 
p. e, de Paters JDominicanen te Schiedam (1616 à 1916), 
id-8°, Rebers, Schiedam, 1916; de Sint Janskerk te 
Schiedam, ibid., 1924, et dans une contribution appré- 
ciée qu'il a fournie au périodique hollandais : Bydra- 
gen... Haarlem..,,^ tome 21, Kerkelijk Schiedam. voor 
de Hervorming, p. 1, seq. 

Nuyen, Leven van de Maagd Lidewyde, in-8° Ams- 
terdam, Thone, 1923. Nouvelle édition, 1924. (Traduc- 
tion de la Vie de Lydwine de Thomas a Kempis). 

Le même auteur a fourni dans le périodique hollan- 
dais : De Katholiek, (tome II de 1916 et tome II de 1917) 
de très intéressantes études sur les historiens anciens 
ou plus récents de sainte Lydwine. 

Mercator, HetLeven van de H, Lidwina van Schie- 
dam (Traduction de la Vie par Thomas a Kempis), in-8°, 
Amersfoort, Eembode, 1924. 

Kronenburg, Neerlands Heiligen in de Middeleeuwen, 
tome II, p. 156 seq., in-8°, Amsterdam, Bekker, 1899. 

Lips, Levenschets van de Gelukzalige Ludivina van 
Schiedam, in-8°, 1887. (sans nom de lieu et de librairie). 



BIBLIOGRAPHIE. 171 

Anonyme, HetLevenvan de H. Lidwina, patrones van 
Schîedam, in-12o, 's Hertogenbosch, Mosmans, 1891. 

Goudurier, Leven van de Gelukzalige Lidwina (tra- 
duction de la Vie française de cet auteur), ih-8°. S' Gra- 
venhage, ten Hage, 1870. 

Visser, G. Hendrik Mande, Bydrage tôt de kennis 
der Noord-Nederlandsche Mystiek, in-S», S' Gravenhage, 
Martinus Nyhoff 1899. Cf. pour sainte Lydwine, surtout 
p. 26 seq. et p. 57 seq. 

Schmedding, De Regeering van Frederik van Blan- 
henheym, in-S*', Leiden, van Leeuwen, 1899. 

Van Alkemade, Beschryving van de oudheden etc. der 
stad Schiedam, en manuscrit. 

Van der AA. Aardrykskundig Woordenboek der Ne- 
derlanden « Schiedam ». Cet article Schiedam, a été tiré 
à part, in-8°, pp. 59 chez Noorduyn, Gorinchem, 1847. 

Dresch, ïnventaris van de oude kerkelyke Doop-Trouvi' 
en Overlydensregisters te Schiedam [151^-1812), in-8°, 
Schiedam, van Noortwyk, 1917. 

Heeringa, Beschryving van Schiedam, I, grand in- 
folio, Schiedam. Roelants, 1910. 

Vieilles cartes de la ville de Schiedam, surtout celles 
de van Deventer (1550) et de De Gheyn (1598). 

Nous signalons encore : 

Goudurier, Vita délia Beata Lidiiina. Napoli, 1867. 

ScuUy, St Lydwina of Schiedam Virgin. Traduction 
de la Vie par Thomas a Kempis avec une introduction 
originale (pp. 9 à 42), in-8°. London W. Burns andOates, 
1912. 

D"" Gruise, Thomas a Kempis. London, Kegan Paul 
and Co, 1887. 

Posl Frédéric, Die reine Liebe dargestelt in den 
Leben... der seligen Lidivina von Schiedam... Mainz, 
1862, în-8°. 



172 BIBLIOGRAPHIE. 

' Plusieurs des vieilles Vies étaient illustrées d'après 
des peintures rendant les principales scènes de la vie de 
Lydwine et ornant sa chapelle dans la vieille église de 
Saint- Jean. Les plus intéressantes ont été reproduites 
par Dunselman dans la nouvelle chapelle de la Sainte à 
l'église de N.-D. de la Visitation de Sehiedam. 

La vie de sainte Lydwine s'éclaire aussi par maints 
articles de Revues d'information et d'actualité ou de 
Recueils plus spécialistes de recherche et de critique 
historique parmi lesquels nous signalons tout spéciale- 
ment les Analecta Bollandiana. Et par les histoires de 
certaines autres saintes ou personnes vénérables avec 
lesquelles Lydwine a des points de ressemblance : par 
ex. sainte Thérèse, sainte Catherine de Sienne, sainte 
Colette de Gorbie, Catherine Emmerick, Louise Lateau, 
cette dernière d'après les travaux du docteur Lefebvre 
et du professeur Armand Thierry et d'a.près les rapports 
de l'Académie royale de médecine de Belgique. 

Pour l'aspect extatique nous nous contentons de ren- 
. voyer A) à saint Thomas : Somme Théologique, 2da 2dae 
particulièrement aux questions 175 (de Raptu); 179 (de 
divisione vitae per activam et contemplativam) ; 180 (de 
Vita contemplativa) ; i82 (de comparatione vitae activae 
ad contemplativam) et dans la lma-2dae : les questions 
26, 27, et 28 (de Amore) ; B) à sainte Thérèse : Obras 
editadasy anotadas par el P. Silverio, 6 volumes in-8°, 
Burgos 1920, édition critique (moins les lettres) et C) à 
l'excellent : Praxis Theologiae Mysticae de Godinez 
(f 1644) réédité par Watrigant. Paris, Lethielleux, 1918, 
în-8°. 

Les auteurs de Spiritualité sont légion : impossible 
de les énumérer avec un mot, tout court fût-il,, d'appré- 
ciation. Nous conseillons aux lecteurs qui voudraient 
se renseigner sur leur autorité et leurs mérites respectifs 



BIBLIOGRAPHIE. 173 

de se guider par les revues spécialistes : la Vie Spiri- 
tuelle de Saint-Maximin du Var et la Revue d'Ascétique 
et de Mystique de Toulouse. 



10. 



TABLE DES MATIERES 



Pages. 

Chapitre I. — Sainte Lydwine de Schiedam 5 

Chapitbe II. — Ses historiens i5 

Chapitre III. — La jeune fille • 35 

Chapitre IV. — La pauvre malade 45 

Chapitre V. — La thaumaturge 5-j 

Chapitre VI. — L'extatique 67 

Chapitre VII. — Maître André 87 

Chapitre VIII. — La bienfaitrice de son peuple io3 

Chapitre IX. — Les dernières années 117 

Chapitre X, — La mort, le culte, l'influence i33 

Appendice. — La messe et l'office de Sainte Lydwine. i55 

Bibliographie i65 



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tée par M. l'abbé Jules BONHOMME, curé de Saiat-Jean- 
Baptiste, à Paris. 2 vol. in-18 10 fr. 

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